La publication simultanée, ce vendredi 10 juillet 2026, des communiqués officiels de notre pays et de l’Algérie sur la reprise du dialogue marque une étape décisive dans le dégel des relations diplomatiques entre nos deux nations après plus d’un an de vives tensions. Pour le grand public, l’événement s’apparente à une décrispation salutaire. Pourtant, une plongée dans les coulisses de cette diplomatie de salon révèle une réalité bien plus complexe, où la souveraineté retrouvée de notre pays bouscule les ambitions hégémoniques d’Alger. Derrière la poignée de main officielle se cache un jeu d’équilibre asymétrique où les autorités de la transition, fortes de leurs récents succès militaires, imposent désormais un nouveau paradigme géopolitique dans l’espace sahélien.

Alors que l’armée malienne et ses partenaires des FAMa dans la lutte contre le terrorisme infligeaient à la coalition terroriste JNIM-FLA la plus lourde raclée de son existence avec des centaines de morts, l’Algérie voisine décide soudainement de fumer le calumet de la paix avec notre pays. Un timing qui ne doit rien au hasard. Cette même Algérie a longtemps été considérée comme la base de repli des terroristes de tous poils et la base-arrière des séparatistes, qui y ont trouvé gîte et couvert depuis le 14 novembre 2023. Pour sauver ses protégés en réunion secrète dans une localité frontalière, Alger n’a d’ailleurs pas hésité à abattre, le 1ᵉʳ avril 2025, un drone de l’armée de l’air du Mali. Aujourd’hui, face à la puissance de feu de nos forces, le voisin du Nord feint la réconciliation, forçant l’observateur averti à analyser les véritables ressorts de ces communiqués croisés, qui mettent en lumière une volonté mutuelle de normalisation face à une situation sécuritaire régionale critique, tout en observant un mutisme stratégique sur les causes profondes du différend.

Un consensus de pure forme
Le premier point de convergence réside dans le parfait alignement temporel et opérationnel des deux chancelleries. La décision de renvoyer simultanément les ambassadeurs, le Malien, le Général de division Mohamed Amaga Dolo à Alger, et l’Algérien Kamal Retieb à notre pays, démontre une reprise de contact préalable et un accord de réciprocité strict. Sur le plan protocolaire, l’égalité souveraine est respectée. Les deux pays s’accordent officiellement sur la nécessité de réintégrer les « canaux historiques naturels » pour stabiliser leurs relations bilatérales, un aveu implicite que la rupture totale prolongée desservait les deux capitales dans la gestion des crises de proximité.
De plus, les deux déclarations partagent une rhétorique lissée, axée sur la « redynamisation », le « respect mutuel » et les « liens de fraternité ». L’Algérie insiste particulièrement sur les intérêts communs de la région sahélo-saharienne et du continent africain, ce qui converge avec la décision malienne de réouvrir immédiatement son espace aérien aux vols civils et militaires algériens. Ce geste technique de notre pays valide l’idée que la sécurité et l’économie des deux nations sont interdépendantes et impossibles à gérer de manière isolée. Pour notre pays, réouvrir le ciel est une preuve de bonne foi diplomatique, mais c’est aussi un moyen de surveiller les mouvements aériens régionaux. Le consensus s’arrête pourtant là, à la lisière des mots courtois et des procédures administratives de réciprocité.

Les non-dits du dialogue
Si la forme est consensuelle, le fond élude soigneusement les véritables pommes de discorde qui empoisonnent l’axe bilatéral depuis des décennies. Les deux textes passent sous silence les raisons exactes qui avaient mené au rappel de l’ambassadeur algérien le 7 avril 2025. Ce mutisme commode cache la crise de confiance majeure liée à la caducité de l’Accord d’Alger de 2015, précédemment dénoncé par notre pays en raison de son inapplicabilité et de son instrumentalisation, ainsi qu’aux accusations maliennes récurrentes d’ingérence algérienne avec les groupes rebelles du Nord. Alger refuse de reconnaître publiquement la fin de cet accord mort-né, tandis que notre pays avance sans regarder en arrière.
En outre, la question brûlante du soutien transfrontalier aux groupes armés terroristes (GAT) est totalement occultée par les rédacteurs des deux communiqués. Alors que l’armée malienne mène des opérations d’envergure à Anéfis contre des rebelles équipés par des « pays frontaliers », le rôle ambigu de l’Algérie comme médiateur traditionnel ou sanctuaire potentiel pour les dissidents maliens n’est pas évoqué. De même, l’architecture sécuritaire future reste floue. Notre communiqué autorise à nouveau les vols militaires algériens, mais aucun des deux pays ne précise les modalités concrètes de la coopération antiterroriste sur le terrain. Le partage de renseignements, le contrôle des frontières communes et le statut des mouvements signataires de l’ancien accord de paix sont les grands absents de cette reprise du dialogue. En somme, les communiqués rétablissent la diplomatie de salon mais reportent à plus tard la résolution des contentieux géopolitiques réels.
Comme ça, entre voisins, on choisit de tirer un trait sur le présent douloureux, pour méditer sur les liens historiques et envisager de belles perspectives pour l’avenir ? Sauf que cette reprise subite et soudaine de la coopération, sur les carcasses encore fumantes de la logistique des hôtes encombrants de l’autre côté de la frontière, ressemble à s’y méprendre à une équation à deux inconnues, sinon à des équations simultanées dans l’immensité de l’espace sahélien où le Mali refuse désormais de jouer les seconds rôles. Notre souveraineté ne se négocie plus sous les tentes d’Alger.

Alger, hôte des terroristes
La première inconnue du puzzle est l’attitude d’Alger à l’égard des terroristes séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Bénéficieront-ils toujours de la bienveillance de leur parrain, pardon, de leurs hôtes (Jatigi) ? L’attitude de l’Algérie à l’égard de ses protégés impactera durablement sa position et sa crédibilité dans le Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. En effet, on ne peut prétendre lutter contre un mal et héberger sous son toit les acteurs et vecteurs de propagation de ce même mal. L’ambiguïté algérienne doit cesser si ce dialogue se veut sincère.
Sans trop ressasser aux oreilles de notre grand voisin, et sans trop faire appel à sa mémoire défaillante sur la conduite historique du président loyal Ahmed Ben Bella qui respectait les équilibres sahéliens, les autorités de la transition et le peuple malien devraient faire preuve de la plus grande vigilance et d’exigence. La confiance ne se décrète pas par un communiqué, elle se prouve par le démantèlement des bases arrière séparatistes.
Ingérence algérienne dans nos affaires
La narcissique Algérie maintiendra-t-elle toujours comme doctrine et ligne diplomatique intangible que la résolution de la crise sécuritaire dans notre pays doit passer forcément par un tour de table et l’intégration obligatoire des terroristes qui ont pris les armes contre notre patrie ? Le logiciel diplomatique d’Alger semble figé dans le passé. On ne peut vouloir être ami du Mali, coopérer avec le Mali, respecter la souveraineté du Mali et prétendre lui dicter ses solutions, et lui imposer ses points de vue, surtout si celles-ci sont aux antipodes des intérêts supérieurs du peuple malien, conformément à l’article 34 de notre Constitution.
L’Algérie ne peut continuer à affirmer vouloir et devoir soutenir l’intégrité territoriale du Mali et parrainer parallèlement ceux qui œuvrent à la partition du Mali. Cette duplicité morale est inacceptable. On ne peut être avec Allah et trinquer secrètement avec Satan : il y a ceux qui combattent dans le sentier d’Allah et ceux qui sont de la légion du diable, comme nous le rappelle la Sourate Al Imran au verset 13.

Le soutien affiché aux opposants
La seconde inconnue, ou équation complexe dans ce système d’inconnues, est le très problématique cas de l’Imam Dicko. Il est clair que les autorités de la transition n’ont nulle intention de troquer un seul millimètre carré du territoire national pour simplement voir Dicko derrière les barreaux. Mais l’on est en droit et en intelligence de s’interroger : comment normaliser des relations diplomatiques avec un pays qui héberge et déroule le tapis rouge devant le Chef de l’opposition politique numéro un (CFR) au Mali, dont le premier objectif est de renverser la transition, quitte à composer avec le diable, pardon, Satan, incarné par le JNIM ?
Mais alors, quel sera le sort réservé à Mahmoud Dicko, qui aime tant s’afficher avec le président Tebboune et se promener dans ses avions officiels ? Sera-t-il extradé, ou Alger continuera-t-elle de l’utiliser comme une arme de déstabilisation politique contre notre pays ? La réponse à cette question déterminera la sincérité du dégel annoncé.
Les inconnues de l’inconnue
La première inconnue de l’inconnue, c’est le contentieux judiciaire esquivé avec peu de gloire par l’Algérie devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Le gouvernement de la transition a effectivement porté l’affaire devant la CIJ après la destruction d’un drone militaire malien par l’armée algérienne dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Les raisons de notre plainte sont limpides : notre drone se trouvait strictement dans notre espace aérien au moment où il a été détruit ; son abattage constitue une violation flagrante de la souveraineté territoriale de notre pays et du principe international de non-recours à la force.
Toutefois, cette procédure n’a pas véritablement été examinée sur le fond, l’Algérie ayant contesté la compétence de la Cour et refusé de se soumettre à cette procédure internationale. Or, la compétence de la CIJ repose en principe sur le consentement des États concernés. Au nom de la paix et de la fraternité entre les peuples, renoncerions-nous purement et simplement à notre drone ? Ce serait un signal de faiblesse que notre pays ne peut se permettre.
La seconde inconnue de l’Inconnue est le partenariat militaire avec la Russie. L’Algérie maintient une position diplomatique constante : elle s’oppose fermement à l’ingérence d’acteurs de sécurité extérieurs à ses frontières directes. Alger considère que la stabilisation du Sahel doit reposer sur des mécanismes régionaux et redoute l’implantation durable des partenaires des FAMa dans la lutte contre le terrorisme à ses portes.
Face à cette doctrine figée, notre pays réaffirme sa souveraineté absolue. Les autorités de la transition rappellent légitimement que le choix de ses alliances militaires relève de sa stricte compétence nationale. Alors que les accords d’Alger de 2015 s’enlisaient, la coopération stratégique avec ces forces engagées s’est avérée indispensable pour reconquérir le territoire malien et neutraliser les groupes armés terroristes.
Là où la diplomatie algérienne feint de s’inquiéter pour la sécurité régionale, notre pays démontre sur le terrain l’efficacité d’un partenariat pragmatique et décomplexé. Ce déploiement, loin d’être un facteur d’instabilité, constitue le bouclier nécessaire pour restaurer la paix et l’intégrité territoriale, face à un voisin donneur de leçons.
La troisième inconnue de l’Inconnue est le processus de la paix. Les Maliens veulent et aspirent à la paix, mais pas à n’importe quel prix désormais. Le constat est aujourd’hui sans appel : la normalisation des relations politiques entre notre pays et son voisin du nord s’est bel et bien bâtie sur les ruines de la défunte entente de 2015. En enterrant officiellement un texte devenu caduc, obsolète et lourdement instrumentalisé, les autorités de la transition ont courageusement acté la fin définitive d’une tutelle diplomatique déguisée. Cette rupture géopolitique majeure marque ainsi l’avènement d’une ère nouvelle, celle de la nationalisation absolue du processus de paix, désormais orchestrée en interne à travers le Pacte national pour la paix et la réconciliation.
Cette reprise en main souveraine change radicalement la donne régionale. Elle prive directement Alger de son costume historique de médiateur indispensable, un rôle ambigu qui s’apparentait trop souvent à celui d’un dangereux pompier pyromane jouant subtilement avec les équilibres internes maliens. En s’appuyant fermement sur les vaillants partenaires des FAMa dans la lutte contre le terrorisme, notre pays sécurise l’entièreté de ses territoires sans plus jamais dépendre des agendas cachés de ses voisins.
Désormais, le dialogue inter-malien se fait exclusivement entre Maliens, sans aucune interférence. L’Algérie se retrouve marginalisée, définitivement exclue d’un jeu politique qu’elle tentait de contrôler. La paix durable ne se dicte plus depuis l’extérieur ; elle se construit fièrement sur notre propre sol.
Au nom de la fraternité et des liens historiques entre nos deux peuples, ferions-nous passer pour pertes et profits le silence complice et affligeant de l’Algérie suite aux récentes attaques terroristes perpétrées contre notre nation par ses protégés, ceux qu’elle héberge, forme et équipe en vue de la partition de notre pays ? La mémoire de nos martyrs exige justice et clarté.
Pour la fraternité entre nos deux peuples, nous sommes certes appelés à surmonter les rancœurs, à oublier les invectives, les prises de position en soutien ouvertement aux terroristes chaque fois que ceux-ci sont en difficulté, et les injures répétées à notre pays de la part de l’Algérie fraternelle. Mais pardonner ne signifie pas oublier le prix du sang versé.
Face à la perspective, notre système d’équations reste pour l’instant insoluble, en tout cas les deux inconnues fondamentales qui n’ont pas été officiellement lâchées en plein vol par Alger restent entières. Or, elles ne sauraient en aucun cas, dans l’intérêt supérieur du peuple malien, passer à travers les mailles de la diplomatie nouvelle.
Le Mali a le dos large, mais il a aussi une mémoire d’acier. Siraba dala kooni don. Il est un et indivisible, et restera éternel.
À bon entendeur, tant pis.

El Hadj Sambi Assa Touré

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