Les populations de N’Toubana dans le cercle de Kati ont animé, ce samedi 30 mars 2024, un point de presse consacré à la problématique de l’usurpation des 356 hectares de terres dans leur localité par les sociétés immobilières avec la complicité des services du domaine de Kati. Ce point de presse était animé par le Chef de village, Jean Paul COULIBALY, qui avait à ses côtés tous ses conseillers, ainsi que son porte-parole, Boubacar COULIBALY, dit Siriki Boua.
L’objectif de cette rencontre avec les hommes de médias était, selon le patriarche, d’alerter l’opinion nationale en générale, et les plus hautes autorités en particulier, sur cette situation qui menace sérieusement l’existence de ce village situé à quelques 2 Km de la ville de Kati.
«Mes prédécesseurs et moi n’avons jamais été consultés pour l’attribution de ces titres», a déploré le Chef du village, Jean Paul COULIBALY.
«Je ne suis pas opposé à la loi ou à l’administration, mais tout simplement je demande qu’un audit soit réalisé afin de connaître les vrais et les faux titres pour avoir une idée claire sur le devenir de mon village», a-t-il poursuivi.
Faisant la genèse de cette crise foncière, Boua COULIBALY a rappelé que depuis 2005, les services du domaine de Kati avaient pris les terres de N’Toubana en les érigeant en réserve foncière de Kati. Par la suite, dit-il, ils les ont cédés à des agences immobilières qui veulent aujourd’hui déposséder les populations de leurs terres ancestrales.
De sa version des faits, il ressort que le village est engagé aujourd’hui dans un bras de fer avec plusieurs sociétés immobilières dont : Kindy immobilière (66 ha 13 a 63 ca) ; Maliba immobilière 33 ha 68 a 90 ca) ; Banga immobilière (83 ha 21 a 34ca) ; Cité des magistrats 13 ha 03 a 02 ca) ; SEMA sa 40 ha 73 a 21 ca) ; Cités des Malaisiens (11 ha 42 a 12 ca) ; Koné immobilière 68 ha 97 a 15 ca) ; GUETANA immobilière(10 ha 51 a 29 ca ; Inconnu (24 ha 31 a 98 ca) ; Mamadou Traoré 04 ha 54 a 83 ca).
Au total, 356 hectares 57 ares et 47 centiares font l’objet de litige entre les populations de N’Toubana et les agences immobilières.
Dans son intervention, Boua COULIBALY a souligné que la loi de 2020 dit clairement qu’avant l’attribution de n’importe quel titre foncier, les chefs de village doivent donner leur avis, sinon le cas contraire, le titre est considéré comme non valable. Ce qui, dit-il, n’a pas été le cas à N’Toubana.
Selon lui, la pression foncière est telle que les lieux de culte et même les cimetières de N’Toubana sont appelés à disparaître en plus des champs de culture.
«Ici à N’Toubana, nous vivons des cultures maraîchères et des travaux champêtres. Aujourd’hui notre existence est plus que jamais menacée par la présence de ces différentes sociétés», a fait savoir Siriki Boua, porte-parole du Chef de village.
«Avec une population essentiellement jeune nous nous posons la question de savoir où irons-nous dans l’avenir parce que ne disposant plus de terres pour construire les maisons pour nos enfants ou pour cultiver afin de pouvoir nourrir nos familles», a-t-il alerté.
Ces derniers temps, a-t-il fait savoir, la pression est montée d’un cran avec l’arrivée de nouveaux acquéreurs se présentant comme étant des structures chargées de la réalisation de logements sociaux.
«Comment comprendre que nous sommes victimes des convocations et des sois transmis de la justice par des sociétés ou des personnes qui n’ont jamais travaillé avec nous sur la délivrance de leurs titres», a décrié Boua COULIBALY.
Quand les populations ont constaté l’usurpation de leur terre, le village, dit-il, a engagé un géomètre pour faire l’état des lieux. C’est ainsi que sous le régime IBK, la visite du ministre des domaines (ndlr Mohamed Ali Bathily) sur le site litigieux a permis de savoir que le domaine n’avait pas consulté les populations avant d’émettre les titres fonciers.
Selon lui, tous les services techniques de l’Etat ainsi que les administrations judiciaires sont informés aujourd’hui de ce litige foncier qui dure depuis plus de 10 ans.
«Notre dossier a déjà passé trois fois à l’EID sans succès. Tout récemment, nous avons informé les services de la présidence, du CNT de ce dossier», a-t-il précisé.
A ce niveau, il a invité le président de la transition, le Colonel Assimi GOÏTA, à s’impliquer particulièrement dans ce dossier pour mettre les populations de N’Toubana dans leur droits.
«Nous souffrons ici des titres illégaux dont les détenteurs veulent nous exproprier de nos terres», a-t-il insisté.
Le Chef du Gouvernement, le Dr Choguel Kokalla MAIGA, est associé à cet appel.
«Nous prions les autorités de nous mettre dans nos droits. Les agences immobilières sont en train de nous dicter leurs lois. Nous sommes en passe de devenir des étrangers ici sur les terres de nos ancêtres », s’est-il lamenté.
Par Abdoulaye OUATTARA