Le Nil est arrivé au Caire. C’est ce jeudi matin, 5 novembre, que la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako doit rendre son verdict dans l’affaire du contrôle des finances publiques, dite affaire Sidi Sosso Diarra, premier Vérificateur général, et de son ancien directeur administratif et financier, Amadou Diop. À quoi faut-il s’attendre ? Pour comprendre le verdict de ce matin, il faut d’abord comprendre que cette affaire est ancienne, très ancienne.
Une vieille affaire qui refait surface
Contrairement à ce que laisse croire l’emballement médiatique des derniers jours, l’affaire Sidi Sosso Diarra n’est pas nouvelle. Elle porte sur la gestion du Bureau du Vérificateur général (BVG) entre 2004 et 2010, soit durant le premier mandat du BVG lui-même.
Nommé le 1er avril 2004 comme premier Végal, l’expert-comptable Sidi Sosso Diarra avait pour mission de bâtir de zéro une institution qui n’avait ni locaux ni personnel. Il restera en poste jusqu’au 31 mars 2011, conduisant 179 missions de vérification qui ont fait sa réputation.
Le dossier qui le rattrape aujourd’hui trouve son origine dans deux rapports d’audit de la Section des comptes de la Cour suprême, couvrant les exercices 2004-2006 et 2007-2010. Ces rapports, exhumés et transmis au Pôle national économique et financier, pointent plusieurs griefs : engagement irrégulier de dépenses, octroi d’avantages financiers indus à du personnel de sécurité, prise en charge d’évacuations sanitaires sans base légale, fractionnement de marchés publics et soupçons de favoritisme.
Mandat de dépôt, pas prise de corps
Y a-t-il eu simple prise de corps ou mandat de dépôt ? La justice a frappé fort et sans ambiguïté.
Le vendredi 30 octobre 2026, Sidi Sosso Diarra et Amadou Diop n’ont pas été placés sous mandat de dépôt à la requête du procureur général Amadoun dit Balobo Guindo. Ils ont simplement été mis sous écrou, vers 21 heures, à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, en vue de leur procès.
Au procès, le ministère public a requis 20 ans de réclusion criminelle contre Sidi Sosso Diarra. L’État malien, constitué partie civile via la Direction générale du contentieux de l’État, réclame 3 077 668 814 F CFA au titre du préjudice, plus 500 millions de dommages-intérêts, soit plus de 3,5 milliards de F CFA au total.
Que faut-il attendre du verdict de ce matin ?
Trois scénarios sont sur la table de la Cour d’appel.
Le premier : une condamnation conforme aux réquisitions. Elle serait un séisme symbolique : celui qui incarnait la lutte contre la corruption serait lui-même condamné pour mauvaise gestion. Elle consacrerait le principe que nul n’est au-dessus de la redevabilité, même le gendarme des finances.
Le deuxième : une condamnation avec circonstances atténuantes ou une disqualification des faits. La défense a plaidé la construction d’une institution dans l’urgence, sans textes stabilisés, et conteste l’intention frauduleuse.
Le troisième : un acquittement ou une relaxe partielle au bénéfice du doute. Peu probable au vu du mandat de dépôt, mais juridiquement possible.
Quel que soit le verdict de ce matin, l’affaire dépasse Sidi Sosso Diarra alerte et appelle à cette question : qui contrôle le contrôleur ? Et jusqu’à quand un rapport de la Section des Comptes de 2017 peut-il rester sans suite avant de se transformer en mandat de dépôt en 2026 ?
Par El Hadj Sambi Assa Touré Timera









