La pauvreté continue de peser lourdement sur les conditions de vie des populations africaines. Malgré les efforts déployés dans plusieurs pays pour améliorer le bien-être des citoyens, l’accès à des besoins fondamentaux comme la nourriture, l’eau potable, les soins de santé et les revenus demeure une préoccupation majeure. C’est ce que révèle le dernier Profil panafricain d’Afrobarometer, réalisé sur la base d’enquêtes représentatives menées dans 38 pays africains. Selon ce rapport, six citoyens sur dix vivent dans une situation de pauvreté modérée ou élevée, avec des disparités importantes d’un pays à l’autre.
Les résultats de cette nouvelle étude d’Afrobarometer dressent un tableau préoccupant de la pauvreté vécue sur le continent africain. En moyenne, dans les 38 pays concernés, 60 % des citoyens déclarent être confrontés à des privations récurrentes de biens et de services essentiels. Cette situation témoigne des difficultés persistantes auxquelles sont confrontés des millions de ménages pour satisfaire leurs besoins quotidiens.
Parmi les principales difficultés recensées figure le manque de revenus en espèces. En effet, 79 % des personnes interrogées affirment qu’elles-mêmes ou un membre de leur famille ont manqué d’argent au moins une fois au cours des douze derniers mois. Plus inquiétant encore, 43 % déclarent avoir connu cette situation souvent ou toujours.
Les privations touchent également des domaines essentiels à la santé et au bien-être des populations. Ainsi, 65 % des répondants indiquent avoir dû se passer de médicaments ou de soins médicaux nécessaires. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès à l’eau potable, signalées par 57 % des personnes interrogées, tandis que 58 % déclarent avoir manqué de nourriture. Le manque de combustible pour la cuisson concerne, quant à lui, 52 % des citoyens.
L’évolution de la pauvreté vécue au cours de la dernière décennie constitue également un sujet d’inquiétude. En comparant les données recueillies dans 30 pays lors des enquêtes de 2014-2015 et de 2024-2025, Afrobarometer constate une augmentation de 13 points de pourcentage de la proportion de citoyens confrontés à une pauvreté modérée ou élevée.
Les écarts entre les pays restent toutefois considérables. Alors que les Seychelles enregistrent le taux le plus faible, avec seulement 7 % de citoyens confrontés à une pauvreté modérée ou élevée, le Tchad arrive en tête avec 86 %. Le Gabon figure également parmi les pays les plus touchés, avec une proportion supérieure à huit citoyens sur dix.
Ces chiffres traduisent des réalités socioéconomiques contrastées sur le continent. Ils mettent surtout en évidence la persistance des difficultés d’accès aux ressources nécessaires pour assurer des conditions de vie décentes.
Face à cette situation, de nombreux ménages africains s’appuient sur les mécanismes traditionnels de solidarité pour faire face aux difficultés financières. Le rapport révèle que près de la moitié des personnes interrogées (47 %) ont sollicité l’aide de membres de leur famille au cours de l’année écoulée afin de joindre les deux bouts.
Les réseaux de proximité jouent également un rôle important. Ainsi, 33 % des répondants déclarent avoir eu recours au soutien de leurs amis ou de leurs voisins. Par ailleurs, 12 % ont sollicité l’assistance de groupes religieux, communautaires ou d’organisations caritatives.
Ces résultats montrent que, dans un contexte marqué par la précarité économique, les solidarités familiales et communautaires continuent de constituer un filet de sécurité pour une partie importante des populations africaines.
Au-delà du manque de ressources financières et des privations matérielles, la pauvreté vécue constitue également un obstacle à l’accès aux services publics essentiels. Selon Afrobarometer, les citoyens les plus démunis sont environ deux fois plus susceptibles que les personnes les plus aisées de rencontrer des difficultés pour accéder aux soins de santé, obtenir des documents officiels d’identité ou solliciter l’assistance des forces de l’ordre.
Cette situation met en évidence le lien entre la précarité économique et les inégalités d’accès aux services administratifs et sociaux. Elle souligne également les difficultés supplémentaires auxquelles les populations vulnérables peuvent être confrontées dans leurs relations avec les institutions publiques.
Le rapport s’intéresse également à l’inclusion financière des populations. Sur ce point, les résultats révèlent un écart important entre les citoyens pauvres et les plus aisés en matière de détention de comptes bancaires classiques.
En effet, seuls 40 % des citoyens les plus pauvres disposent d’un compte bancaire, contre 83 % chez les personnes les plus aisées. En revanche, les services de paiement mobile affichent une accessibilité relativement similaire entre les deux catégories. La possession d’un compte de mobile money concerne 69 % des citoyens les plus pauvres contre 71 % des plus riches.
Cette relative démocratisation des services financiers mobiles constitue un indicateur intéressant de l’évolution des pratiques financières en Afrique, où les solutions numériques contribuent progressivement à faciliter certaines transactions et à élargir l’accès aux services financiers.
PAR MODIBO KONÉ









