L« ’Afrique est un continent que je ne veux plus que la France regarde comme un pré-carré ». En prononçant cette phrase ce dimanche 10 mai 2026 au Kenya, à l’occasion du sommet Afrique-France « Africa Forward », Emmanuel MACRON a voulu une nouvelle fois afficher sa volonté de rompre avec les pratiques anciennes de la Françafrique. Depuis son discours de Ouagadougou en 2017, le président français tient le même discours en brandissant un partenariat renouvelé avec l’Afrique fondé sur le respect mutuel, l’investissement et la fin du paternalisme.

Mais 9 ans après cette promesse de rupture, une question demeure. Pourquoi la France est-elle aujourd’hui autant rejetée dans plusieurs pays africains, particulièrement au Sahel ? Il y a un dilemme. Jamais un président français n’a autant parlé de transformation des relations franco-africaines. Pourtant, rarement la défiance envers Paris n’a été aussi forte dans les opinions publiques africaines. Ce fossé entre le discours officiel et la perception des populations résume à lui seul l’échec de la nouvelle approche pensée par Emmanuel MACRON.
Car au-delà des déclarations, les actes posés par la France au Sahel ont souvent produit l’effet inverse de celui recherché.
Le sommet de Pau, organisé en janvier 2020 après la mort de soldats français au Mali, reste l’un des épisodes les plus marquants de cette rupture entre Paris et les sociétés sahéliennes. Officiellement présenté comme une rencontre de clarification stratégique, ce sommet a été vécu par de nombreux Africains comme une convocation humiliante des chefs d’État du Sahel par la France. Dans un contexte de montée du sentiment antifrançais, cette séquence a renforcé l’image d’une puissance française toujours persuadée de pouvoir dicter l’agenda politique et sécuritaire de ses anciennes colonies. Le ton de cette rencontre est une fois de plus la preuve qu’il y a un écart entre les discours et les actes de MACRON. Parce qu’il était inadmissible que seulement deux ans après sa fameuse déclaration de Ouagadougou qu’il se comporte comme le maître des cieux du Sahel.
Ce sentiment de paternalisme a profondément alimenté le rejet populaire de la présence française.
L’autre élément qui a durablement décrédibilisé Paris au Sahel réside dans ce que beaucoup ont perçu comme une politique du « deux poids deux mesures ». En 2021, lorsque le président tchadien Idriss Déby meurt au front et que son fils prend le pouvoir en dehors du cadre constitutionnel, la France apporte immédiatement son soutien aux nouvelles autorités tchadiennes. Quelques semaines plus tard, les autorités françaises dénoncent avec fermeté le second coup d’État militaire au Mali. Lorsqu’on veut des coopérations exemplaires, les principes doivent être universels pour tous les acteurs. En cautionnant un coup d’Etat institutionnel au Tchad, MACRON a piétiné les valeurs que la République française a toujours prônées. Par au-delà de tout cela, Emmanuel MACRON fragilise l’image de son pays à l’international.
Pour une grande partie des opinions publiques sahéliennes, cette différence de traitement a confirmé l’idée que la France défend avant tout ses intérêts stratégiques plutôt que des principes démocratiques constants. La crédibilité du discours français sur la gouvernance et l’État de droit en est sortie fortement fragilisée.
À cela s’ajoute la gestion extrêmement sensible des opérations militaires françaises au Sahel. L’affaire de Bounti au Mali en 2021 demeure emblématique. Après une frappe de la force Barkhane ayant provoqué la mort de civils selon une enquête de la MINUSMA, les autorités françaises ont rejeté les conclusions onusiennes et refusé toute responsabilité. Là encore, beaucoup de Maliens ont vu dans cette posture une absence d’écoute, d’empathie et de considération envers les victimes civiles.
Au Niger également, après la mort de manifestants lors du passage d’un convoi militaire français à Téra en 2021, les réactions françaises ont été perçues comme défensives et peu soucieuses des sensibilités locales.
Ces épisodes ont progressivement nourri un profond ressentiment populaire contre la présence française. Ce rejet ne s’explique pas uniquement par des campagnes informationnelles ou des manipulations extérieures, comme certains responsables occidentaux ont parfois tenté de le faire croire. Il repose aussi sur des frustrations réelles accumulées pendant des années. Il s’agit du sentiment d’ingérence, de manque de résultats sécuritaires, de perception d’arrogance diplomatique et d’absence de dialogue sincère avec les populations.

PAR SIKOU BAH

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