A travers le sommet « Africa Forward » organisé à Nairobi les 11 et 12 mai, Emmanuel MACRON tente de projeter une nouvelle image de la France en Afrique. Le président français affirme, ce dimanche 10 mai, vouloir rompre définitivement avec la logique du « pré carré » hérité de la Françafrique et construire un partenariat basé sur l’investissement, l’innovation et la coopération économique. Mais derrière ce discours aux accents rénovateurs se cache une réalité bien plus complexe : celle d’une France dont l’influence politique, diplomatique et militaire est aujourd’hui profondément contestée sur le continent africain, particulièrement au Sahel.
En déclarant que « l’Afrique est un tout » et qu’il faut désormais regarder le continent « totalement différemment », Emmanuel MACRON cherche avant tout à repositionner son pays dans un espace africain où la défiance envers l’ancienne puissance coloniale n’a jamais été aussi forte. Ce sommet organisé pour la première fois dans un pays anglophone n’est pas anodin. Il traduit une volonté manifeste de la France de déplacer son centre de gravité diplomatique vers des pays où son image demeure moins dégradée que dans plusieurs anciennes colonies francophones.
Le rejet de la présence française au Sahel
Car au Sahel, la rupture est désormais profonde. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les autorités issues des transitions ont clairement acté leur divorce avec la France. Le départ des troupes françaises, la dénonciation des accords militaires et la remise en cause des mécanismes traditionnels de coopération témoignent d’un basculement historique. Dans ces pays, une grande partie de l’opinion publique accuse désormais la France non seulement d’avoir entretenu des rapports néocoloniaux, mais aussi d’avoir joué un rôle ambigu dans la persistance de l’insécurité et du terrorisme.
L’on se rappelle des accusations, en septembre 2022, du gouvernement de la transition contre la France pour complicité avec les terroristes en vue de la déstabilisation du Mali. Dans une note, le gouvernement de la transition, accuse les autorités françaises de « violations intempestives de notre espace aérien, en plus de cela, elles ont fourni des renseignements et des armes à des groupes terroristes.»
Pour les autorités de notre pays, cette attitude des autorités françaises est grave et de la part d’un pays membre du Conseil de sécurité des Nations Unies pour justifier l’introduction d’une plainte contre la France avec toutes les preuves à l’appui.
« Nous avons encore d’autres preuves qui seront présentées à la suite de cette session spéciale du conseil de sécurité des Nations Unies, que la communauté internationale et le monde découvrent comment un état membre du Conseil de sécurité se comporte », avait-il fait savoir le gouvernement.
Ces accusations, régulièrement relayées dans les discours politiques et populaires, ont profondément détérioré l’image de la France dans l’espace sahélien. Pour beaucoup de citoyens de l’Alliance des États du Sahel (AES), Paris aurait davantage défendu ses intérêts géostratégiques et économiques que la stabilité réelle de la région. La présence militaire française, autrefois présentée comme indispensable à la lutte antiterroriste, est progressivement devenue synonyme d’ingérence et d’échec sécuritaire.
A cet effet, le déploiement des opérations militaires françaises au Mali n’a permis de contenir l’insécurité au nord du pays. Bien au contre, après des années d’opération, le fléau s’est répandit au Pays dogon, devenant à l’époque l’épicentre de la violence. Après 8 ans d’engagement, la mission militaire au Mali ne répondait plus aux objectifs assignés.
Une France en quête de crédibilité
Dans ce contexte de frustration et d’échec d’initiative française au Sahel, le discours de MACRON sur la fin des pratiques paternalistes apparaît pour certains observateurs comme une tentative tardive de reconquête diplomatique. Car malgré les déclarations répétées sur le « partenariat renouvelé », de nombreux Africains estiment que la France peine encore à abandonner certains réflexes hérités de son passé colonial.
Cependant, cette stratégie soulève plusieurs interrogations. La France peut-elle réellement reconstruire sa crédibilité en Afrique sans un véritable examen critique de son rôle passé sur le continent ? Peut-elle convaincre des partenaires africains qui réclament désormais davantage de souveraineté, d’équilibre et de respect mutuel dans les relations internationales ?
Pour plusieurs analystes africains, le problème dépasse aujourd’hui la simple question du discours. Ce qui est remis en cause, c’est l’ensemble du modèle d’influence français en Afrique. Pendant des décennies, Paris a bâti sa présence sur des réseaux politiques, militaires et économiques étroitement liés aux régimes francophones. Or, cette architecture s’effondre progressivement sous l’effet de la montée du souverainisme africain, du rejet populaire de la Françafrique et de l’émergence de nouveaux partenaires internationaux comme la Russie, la Chine, la Turquie ou encore les pays du Golfe.
Dans tous les cas, pour Emmanuel MACRON, il s’agit de démontrer que la France peut encore être un partenaire crédible et attractif pour l’Afrique. Mais pour une partie croissante de l’opinion africaine, notamment au Sahel, les déclarations de rupture ne suffisent plus. Les populations attendent désormais des actes concrets, une coopération débarrassée de toute logique de domination et une reconnaissance claire des erreurs du passé.
Dans les capitales sahéliennes, beaucoup considèrent déjà que la page française est tournée. L’Alliance des États du Sahel, portée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, revendique désormais une nouvelle orientation géopolitique fondée sur la souveraineté et la diversification des partenariats. Dans cette dynamique, le sommet de Nairobi apparaît autant comme une tentative de repositionnement stratégique de la France que comme l’aveu implicite d’un recul de son influence traditionnelle en Afrique francophone.
PAR SIKOU BAH