Le retour d’un périple périlleux qui l’a mené de l’ombre des cellules terroristes aux plateaux de Bamako, le Directeur régional de l’ORTM Kidal, Sidi Elmedi Ag Albaka, a brisé le silence ce dimanche 10 mai 2026. Entre logistique transfrontalière, alliances contre-nature et stratégie de partition, son récit déconstruit la narration officielle de la chute de Kidal et lève le voile sur une machination dépassant les frontières maliennes.
Selon Sidi Elmedi Ag Albaka, l’attaque du 25 avril n’était pas une simple incursion, mais une opération d’envergure coordonnée. « Le 25 avril 2026, très tôt, nous avons été réveillés par des échanges de tirs. Après 2h, nous avons constaté la présence des groupes armés terroristes et séparatistes à l’intérieur de la ville », confie-t-il.
Une stratégie de « Somalisation »
Ce que les services de renseignement commençaient à soupçonner, le directeur de l’ORTM le confirme avec une précision chirurgicale : la ville a été submergée par une masse critique de combattants. Il évoque le chiffre vertigineux de 12 000 hommes mobilisés. Plus révélateur encore, cette force n’avait rien de local. « Ce sont des combattants venus du Tchad, du Soudan, du côté du Polisario, de l’Algérie pour aider les groupes armés terroristes et séparatistes du nord du Mali à déstabiliser le pays ». Cette citation place Kidal au centre d’une coalition hétéroclite où le terrorisme de circonstance rencontre des intérêts géopolitiques régionaux.
L’analyse des déclarations d’Ag Albaka révèle une trame bien plus sombre que la seule prise d’une ville. Il décrit une manœuvre d’asphyxie nationale. Les attaques simultanées sur Kati, Bamako, Sévaré et Gao n’étaient, selon lui, que des verrous stratégiques destinés à isoler le Nord. L’objectif ? « Empêcher un éventuel renfort à Kidal » et, à terme, « faire du Mali une sorte de Somalie ».
L’investigation met ici en lumière une « branche politique » et médiatique agissant en synergie avec les kalachnikovs sur le terrain. Ag Albaka n’hésite pas à pointer du doigt des figures de l’ombre : « J’ai entendu le nom d’un imam connu à Badalabougou logé en Algérie… un politicien malien qui s’est affiché avec des prisonniers aux mains du JNIM ». Ces révélations suggèrent l’existence d’une « cinquième colonne » destinée à orchestrer le chaos de l’intérieur, pendant que les forces extérieures s’occupent du front militaire.
La captivité d’un confrère patriote
Le récit personnel du directeur de l’ORTM est un document rare sur les méthodes de la coalition terroriste. Arrêté devant ses enfants à 16h, il décrit une volonté délibérée de briser les symboles de l’État. La scène du « verre de thé » est à cet égard glaçante : « Bois-le parce que ça sera ta dernière consommation ».
C’est ici que l’investigation révèle un aspect crucial de la situation à Kidal : la résilience des structures sociales traditionnelles. Sa survie et son exfiltration n’ont été possibles que grâce à l’implication de la communauté et du maire de Kidal. « Ma famille a informé notre communauté, des personnes ressources se sont impliquées… nous avons pu avoir un compromis pour me laisser chez le maire ». Ce passage montre que, malgré l’occupation, les liens sociaux ancestraux restent un rempart contre la barbarie totale.
Pourquoi une telle fureur contre le Mali en ce printemps 2026 ? Sidi Elmedi Ag Albaka lie directement l’agression sécuritaire aux choix diplomatiques audacieux de Bamako. Il cite notamment la reconnaissance par le Mali de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, un acte perçu comme une « pilule amère » par certains voisins et puissances occidentales.
« La politique française n’arrive pas à admettre encore son échec, le départ des forces onusiennes. Nous payons la facture de ces fortes décisions », assène-t-il. L’analyse globale de ses propos suggère que Kidal est devenue le théâtre d’une vengeance géopolitique où l’Algérie, la France et l’Ukraine (via des mercenaires cités par d’autres sources du journal) tenteraient de reprendre la main sur une zone qui leur échappe.
La vérité des chiffres
Contre les rumeurs de débâcle totale, Ag Albaka oppose une réalité de terrain documentée. Il affirme que les Forces armées maliennes (FAMa) maintiennent une présence vitale. « Les forces de défense et de sécurité maliennes contrôlent à 100 % le cercle d’Adelhoc et celui d’Anéfif ». En précisant qu’Adelhoc ne se trouve qu’à 150 km de Kidal, il redonne une profondeur stratégique à la contre-offensive en cours, balayant l’idée d’une région totalement perdue.
La trame finale de l’intervention d’Ag Albaka est un plaidoyer pour l’unité. Conscient que l’ennemi mise sur la guerre civile, il lance un appel vibrant à la vigilance. Sa mise en garde contre l’amalgame est le point d’orgue de son témoignage : « La politique des ennemis du Mali aujourd’hui, c’est de nous diviser, d’essayer d’indexer les Touaregs, les Arabes, les Peuls, les Dogons… Non, le terrorisme ne porte pas une couleur, il ne porte pas une communauté ».
Cet appel est une réponse directe au plan de « Somalisation » évoqué plus tôt. En demandant aux Maliens de rester « main dans la main pour l’honneur du pays », il transforme son expérience traumatique en un acte politique fondateur.
Les révélations de Sidi Elmedi Ag Albaka ne sont pas seulement le récit d’une évasion miraculeuse. Elles constituent une pièce à conviction majeure dans la compréhension du conflit malien actuel. Elles confirment que le Mali ne fait pas face à une rébellion interne, mais à une invasion hybride, orchestrée par des puissances étrangères et exécutée par une légion de mercenaires internationaux.
L’exfiltration du directeur via le Niger, avec le soutien des autorités de l’AES (Alliance des États du Sahel), démontre enfin que la réponse à ce complot international est désormais régionale. Kidal est peut-être momentanément blessée, mais comme le souligne Ag Albaka, la foi en la mission et en la patrie reste, elle, intacte.