Dans le cadre du 8 mars, la Fondation femmes d’Afrique et culture, mémorial de Rufisque (FAC-MR) a organisé, ce samedi 30 mars 2024, à son siège à Darsalam, une conférence-débats, placée sous le thème : «Représentativité des femmes à la vie publique et politique : défis, enjeux et perspective ». La principale conférencière était la Professeure Bintou SANANKOUA, ancienne député et directrice. Les débats étaient modérés par l’ancien ministre, Pr Doulaye KONATE.
L’évènement était présidé par le ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Dr. COULIBALY Mariam MAIGA. Celle-ci avait à ses côtés, des anciennes ministres, députées, directrices, etc.
Tout d’abord, après avoir chanté l’hymne de la FAC-MR, la conférencière Bintou SANANKOUA a campé le décor tout en évoquant le thème de la rencontre.
Concernant la représentativité des femmes, au niveau des institutions de la République, Pr SANANKOUA a signalé que le gouvernement actuel compte seulement 6 femmes sur les 28 ministres.
Quant au Conseil national de Transition (CNT), elle a déclaré 42 femmes sur les 147 membres. Au Conseil Constitutionnel, la conférencière a soutenu que les femmes étaient 3 seulement sur les 9 membres. Ce n’est pas tout, au niveau du Conseil économique, social, culturel et environnemental, Bintou SANANKOUA a révélé que les femmes étaient au nombre de 15 personnes sur les 68 membres. Pour le Haut conseil des collectivités territoriales, selon Pr SANANKOUA, les femmes sont au nombre de 5 personnes sur les 56 membres.
A l’autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), selon Bintou SANANKOUA, elles sont 4 femmes sur les 15 membres.
Dans son exposé, honorable SANANKOUA a déploré qu’il n’y ait que seule femme secrétaire générale au niveau des départements ministériels.
Par ailleurs, elle a signalé que les femmes représentaient 15, 4 % des directeurs de service central, et 11% des ambassadeurs. Au niveau des mairies, Bintou SANANKOUA, les conseillères municipales sont au nombre de 2 866 personnes sur un total de 11 196 actuellement.
Ainsi, la conférencière a dénoncé que ces chiffres étaient très peu et loin d’ailleurs même de la parité. Selon elle, cela est dû à la non application de la loi 052.
Rappelant les années 2010, après 50 ans de lutte pour la promotion de la femme, le Pr SANANKOUA a indiqué que les femmes représentaient 20% des membres du gouvernement ; elles étaient 15 députés sur les 147 au niveau du parlement, soit un taux de 9%
Aussi, elles représentaient 6,85% du conseil communal, selon la conférencière.
La Cour suprême était à l’époque dirigée par une femme. Elle a annoncé qu’il y avait 6 femmes sur les 15 dans la section judiciaire, 3 femmes sur les 9 membres de la Cour Constitutionnelle. Les femmes représentaient 8% des membres du Haut Conseil des collectivités territoriales, a déclaré Pr SANANKOUA.
Toutefois, la conférencière a dénoncé que ces chiffres sont insignifiants par rapport aux attentes des femmes, tout en soutenant qu’il y a eu beaucoup de progrès mieux qu’avant.
Selon Pr Bintou SANANKOUA, ce résultat est le fruit du Combat ininterrompu des femmes depuis la période coloniale. Elle a expliqué que la lutte ne n’était pas arrêtée ; mais s’est adaptée au contexte (national, sous régional, géostratégique, géopolitique), à l’évolution du monde et de la société. Aux dires de l’ancienne députée, sous la période coloniale, le combat pour l’émancipation de la femme se ramenait à la lutte contre les pratiques rétrogrades comme les mariages forcé et précoce.
En somme, elle a reconnu que le résultat du combat des femmes la plus avancé de la première République était l’adoption du Code de mariage. Ce code de mariage que les gens regardaient autrement, selon elle, était à l’époque, une véritable résolution des femmes.
Elle a ajouté que ce document enlevait tous les obstacles traditionnels qui maintenaient la femme au bas de l’échelle.
Il y a eu une autre avancée après le coup d’État de 1968. Selon elle, dans un premier temps, tout avait été suspendu après la chute de Modibo KEITA ; mais, il y a eu d’abord la Commission technique et l’Union nationale des femmes du Mali. Aussi, à leur façon, la lutte continuait pour l’émancipation de la femme.
Parmi les avancées, Bintou SANANKOUA a rappelé que le projet de planning familial avait été pris à cœur et qui avait beaucoup aidé les femmes avec leur maternité rapprochée et leurs grossesses non désirées qui mettaient leur santé en danger.
A cela s’ajoute selon elle, la création des centres pour récupérer les filles qui ont échoué au DEF en leur apprenant un médicament.
Elle a également parlé de l’implantation des moulins dans les villages pour diminuer les travaux physiques des femmes.
La conférencière, dans son exposé, a reconnu que toutes les femmes, à leur étape historique, avaient amené leur pierre dans la libération de la femme dans notre pays.
S’agissant des défis, Professeur Bintou SANANKOUA a insisté sur la représentativité des femmes de la vie publique étaient liés à la perception. Elle a affirmé qu’il faudrait une perception positive pour qu’une importance soit accordée à la femme dans la vie publique et politique. Or, selon Pr SANANKOUA, cette perception positive doit se référer à nos traditions pour la rendre possible.
Contrairement à beaucoup observateurs qui pensent que les traditions rabaissent la femme ; elle a expliqué que dans nos traditions, la femme est extrêmement importante.
D’ailleurs, dit-elle, elle est le pilier de la société même si elle n’apparaît pas publiquement.
Dans son exposé, la conférencière a également parlé de défis de la bataille de la représentation de la femme dans les esprits. Il y a aussi parmi les défis, les pesanteurs sociales. Le défi majeur, c’est le non-respect des textes.
Quant aux enjeux, Bintou SANANKOUA a fait savoir que l’enjeu majeur, c’était d’emporter la légitimité d’une présence valorisée dans l’espace publique.
« Il faut des femmes compétentes dans l’espace publique. Mais, il faut aussi une masse critique de compétences. Parce que, Si la masse critique n’est pas là, la personne ne peut pas amener le changement de comportement dans tous les secteurs du savoir (technique, scientifique, artistique, culturel…) », a-t-elle déclaré.
Enfin, évoquant les perspectives, Honorable Bintou SANANKOUA a signalé qu’un pays, pour se développer, a besoin de l’ensemble de ses populations. Elle a soutenu que les nécessités de production économique ont beaucoup valorisé une meilleure utilisation de la femme dans l’espace publique.
Par SABA BALLO