Le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, a entamé, ce 20 juillet 2026, sa tournée africaine à Nouakchott qui le conduira ensuite au Nigeria puis en Afrique du Sud. Parmi les sujets abordés, la question migratoire que des pays européens, dont l’Allemagne, comptent régler en s’appuyant sur la Mauritanie.
Par ailleurs, traiter ce phénomène sous le prisme de l’insécurité, c’est avoir, de notre avis, une lecture incomplète, qui néglige les causes structurelles des crises régionales et fait l’impasse sur le rôle central de l’Alliance des États du Sahel.
« Si des États comme le Mali continuent d’être déstabilisés, cela peut bien sûr entraîner de nouveaux flux migratoires vers l’Europe », a déclaré le ministre Allemand rapportée par la Deutsche Welle à Nouakchott. La stabilité sécuritaire dans ce pays est un bon point pour des pays européens de faire de la Mauritanie, un rempart contre la migration. Déjà, depuis des années, le pays bénéficie de soutiens financiers de l’Europe pour freiner cette pratique.
Ainsi, faire de la Mauritanie un pays relativement stable dans un environnement régional chaotique, un partenaire privilégié dont la paix servirait autant à contenir les flux migratoires est une lecture simpliste de la situation.
Dans un Sahel confronté à l’expansion jihadiste, à la fragilité étatique et aux effets du changement climatique, la stabilité mauritanienne constitue effectivement un atout régional. Souligner l’importance de préserver ce « rempart » relève du réalisme géopolitique.
Pourtant, réduire la lutte contre le terrorisme et l’instabilité au Sahel à une logique essentiellement migratoire européenne constitue une lecture incomplète des réalités africaines.
Le terrorisme n’est pas la cause principale des migrations des ressortissants du Sahel vers l’Europe. Il en est souvent la conséquence tragique, parmi d’autres facteurs structurels : chômage massif des jeunes, échec des systèmes éducatifs, gouvernance défaillante, corruption endémique, l’injustice sociale, entre autres. Alors présenter la stabilisation de la Mauritanie comme un moyen premier de contenir les départs vers l’Europe revient à traiter le symptôme en négligeant le mal profond. Un Sahel qui se développe pour ses propres populations serait autrement plus durable.
En faisant de la question migratoire le fil conducteur de son propos, le ministre allemand donne l’image d’une diplomatie qui peine encore à se détacher d’une lecture sécuritaire tournée vers elle-même. On coopère avec le Sahel non pas d’abord parce que ses peuples méritent la paix, mais parce que leur instabilité pourrait, in fine, déranger l’Europe. Cette perspective, aussi ancienne soit-elle dans les relations euro-africaines, s’use à force d’être répétée sans être corrigée.
La migration vers l’Europe n’est qu’une conséquence secondaire de ces crises. La grande majorité des personnes déplacées par l’instabilité sahélienne restent en Afrique : elles se réfugient dans les pays voisins, pas à Calais ou à Lampedusa.
Par ailleurs, aucune mention, dans cette étape mauritanienne, de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) constituée du Mali, du Burkina Faso et du Niger qui sont pour autant l’épicentre des attaques terroristes au Sahel.
Ainsi, vouloir bâtir une stratégie de stabilisation du Sahel en dialoguant avec ses voisins, mais sans l’AES, revient à discuter de l’incendie sans jamais s’adresser à ceux qui sont dans la maison en flamme. Comme dit un adage de chez nous : coiffer quelqu’un en son absence.

PAR SIKOU BAH

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