Après plusieurs jours d’audiences marqués par des témoignages contradictoires, le ministère public a demandé hier mardi à la Cour de retenir le Colonel-Major Kassoum GOÏTA et certains coaccusés dans les liens de l’accusation. Dans sa plaidoirie, il a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle contre les inculpés dans l’affaire de tentative de coup d’Etat en 2021.

Ce mardi 21 juillet, les interventions ont été marquées par celle du Contentieux de l’État et le réquisitoire du ministère public. Après avoir étalé ses arguments, le ministère public, Koké COULIBALY, a demandé à ce que Kassoum GOITA et certains de ses coaccusés soient retenus dans les liens de l’accusation. Il s’agit de l’adjudant-chef Abdoulaye BALLO ; du sieur Sandi Ahmed SALOUM ; du féticheur Issa SAMAKÉ dit « Djoss » et du Dr Kalilou DOUMBIA.
Par ailleurs, il a demandé l’acquittement pour le commissaire principal de police Moustapha DIAKITÉ dont l’implication se limite à son lien amical avec Sandi Ahmed SALOUM.
Le représentant du Contentieux de l’État, Mahamadou Tibo KEITA, a réclamé le payement d’un franc symbolique pour «préjudices moraux» subis.
Après l’intervention de ces derniers, l’audience a été suspendue en attendant la plaidoirie des avocats de la défense.
Auparavant, la sixième journée d’audience du procès relatif à une tentative de complot contre le gouvernement et complicité, tenue le lundi 20 juillet 2026, a été marquée par l’audition du principal témoin de l’accusation, Soumaïla BAGAYOKO. Son témoignage a donné lieu à un véritable choc des versions entre l’accusation, les prévenus et le Contentieux de l’État.

Le choc des arguments devant la Cour
Militaire de son étét, Soumaïla BAGAYOKO a expliqué à la Cour être le neveu d’Issa SAMAKÉ, présenté dans le dossier comme un géomancien résidant à Faragouaran, dans la région de Bougouni. À la barre, il a déclaré que son oncle l’avait contacté alors qu’il était en poste à Nara pour lui parler d’un projet de renversement du régime en place.
Selon le témoin, Issa SAMAKÉ a parlé avec lui d’un projet lié au retour de l’ancien Président de la Transition, Bah N’DAW, tout en lui demandant s’il pouvait mobiliser des personnes susceptibles d’y participer.
Soumaïla BAGAYOKO a indiqué avoir rencontré une seule fois une personne qu’il identifie comme le Colonel-Major Kassoum GOITA. D’après lui, cette rencontre s’est déroulée de nuit, à Sotuba, à bord d’un véhicule, après plusieurs échanges téléphoniques avec un intermédiaire. Il affirme que l’officier lui aurait posé plusieurs questions sur son parcours, ses relations et ses compétences, avant d’évoquer une éventuelle nomination au G5 Sahel en cas de réussite du coup d’État. Il a précisé toutefois que cette proposition venait de lui-même. Le témoin a néanmoins reconnu ne pas être en mesure d’identifier avec certitude ni la voix ni le visage du Colonel-Major parce que la rencontre ayant été unique et nocturne.
Les déclarations du témoin ont été fermement contestées par les principaux accusés.
Issa SAMAKÉ, surnommé « Djoss », a rejeté toute implication dans un quelconque projet de déstabilisation. Tout en reconnaissant son lien de parenté avec Soumaïla BAGAYOKO, il a déclaré n’avoir jamais évoqué avec lui un projet de coup d’État ni réalisé de sacrifices mystiques dans ce sens.
Le Colonel-Major Kassoum GOITA a, pour sa part, catégoriquement nié avoir rencontré ou échangé avec le témoin. « Je n’ai jamais parlé avec Soumaïla BAGAYOKO. Je ne l’ai jamais rencontré et je ne lui ai jamais parlé au téléphone. Peut-être que quelqu’un d’autre s’est fait passer pour moi », a-t-il soutenu devant la Cour. Il a également affirmé que les déclarations du témoin auraient été préparées dans le but de justifier son arrestation.
Le Colonel-Major Kassoum GOITA a également expliqué qu’après l’arrestation du Président Bah N’DAW et du Premier ministre, suivie de la démission du Chef de l’État, il avait appris qu’il était recherché pour un prétendu recrutement de mercenaires destiné à déstabiliser le pays. Face à ces accusations qu’il juge infondées, il affirme avoir choisi la clandestinité.

PAR MODIBO KONÉ

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