Invité de l’émission Mali Kura Taasira 3 diffusée le vendredi 25 juillet 2025 sur ORTM, le ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, Boubacar DIANE, a salué la progression de la desserte du pays en électricité. « Nous ne promettons pas que la crise prendra fin demain ou après-demain », a-t-il affirmé tout en réitérant son objectif : faire en sorte que les Maliens aient accès à l’électricité 24 heures sur 24.
Le ministre Boubacar DIANE, répondant aux questions des animateurs de Mali Kura Taasira 3, a fait l’état du secteur énergétique de notre pays qui traverse un contexte de de desserte en électricité depuis 2 ans.
Héritier de cette situation, le ministre DIANE, à l’entame de ses propos, a rappelé le rôle central de l’énergie et de l’eau, qu’il a qualifiées de « denrées essentielles » pour le développement et la stabilité socio-économique du Mali.
« Sans énergie, sans eau, le développement n’est pas possible. Donc, ça veut dire que l’énergie est le secteur névralgique de notre économie nationale. Et sans énergie, pas de production. Et sans production, ça veut dire que le taux de chômage va augmenter. C’est évident », a reconnu M. DIANE.
Malgré l’adoption en 2006 d’une politique énergétique nationale, la réalité actuelle reste marquée par une insuffisance de l’offre par rapport à la demande, exacerbée par une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée. Cette politique avait pour objectif global, a-t-il rappelé, d’assurer un développement correct par le biais de la fourniture, l’accès à l’énergie. Si cet objectif n’est pas atteint à ce jour, le secteur se porte mieux, a-t-il évalué, après des mois de grand stress.
En effet, à son arrivée à la tête du département, la crise énergétique atteignait un niveau critique.
Le gouvernement a donc engagé un diagnostic complet du parc de production afin d’identifier les failles, les difficultés. Ce diagnostic, selon le ministre, a permis d’envisager certaines initiatives à commencer « à remettre en état les centrales qui sont à l’arrêt ».
Résultat : « Progressivement, nous avons amélioré, avec cette mesure, la desserte. Ce qui était primordial d’abord, ce qui était nécessaire, et c’est ce qui nous avait été demandé. Je crois qu’au jour d’aujourd’hui, nous sommes au-delà de 6 heures », a révélé le ministre DIANE.
Pour consolider ces acquis, le ministre DIANE a mis l’accent sur l’anticipation de la maintenance des équipements et sur la réhabilitation des grandes centrales telles que Sotuba et Sélingué.
À Sotuba, deux projets majeurs sont en cours : l’extension de la capacité et la remise à niveau des installations existantes.
À Sélingué, sur les quatre groupes, trois sont désormais opérationnels, et un programme est en cours pour réhabiliter le quatrième.
Ces dispositifs seront renforcés par l’apport de la réhabilitation des barrages hydroélectriques, en complément des centrales thermiques, le déploiement massif de panneaux solaires dans les centres isolés, l’interconnexion avec la Guinée pour élargir les sources d’approvisionnement.
Sans doute, est-il convaincu, avec ces différentes actions, l’objectif de la desserte de 24/24 sera atteint, car, poursuit-il « On ne peut pas se contenter seulement de quelques heures de courant. »
Cependant, refuse-t-il, de promettre une échéance : « Je ne pense pas vous dire demain ou après-demain » que la crise énergétique prendra fin parce qu’il faut un investissement massif pour que jamais on ne puisse reconnaître ce genre de situation.
« Cette crise énergétique doit être un mauvais souvenir pour nous. On ne doit plus penser à ça. Mais cela se fera avec des investissements dans le domaine. Il faut assurer le transport, la distribution, maintenir le réseau, renouveler le réseau, étendre le réseau, tout cela. Mais ça, c’est dans le temps. Ça se fera dans le temps. Ça, c’est des investissements à long terme », a déclaré le ministre DIANE.
Exhortant les Maliens à la patience, il a annoncé « Dans les jours à venir, dans les mois à venir, dans les années à venir, nous allons juguler cette crise. »
Abordant la question de la transition vers les énergies renouvelables, le ministre a fait le point sur les centrales solaires, notamment à Safo et Sanankoroba.
« Les travaux de génie civil avancent bien, et nous avons récemment réceptionné les panneaux à Dakar. Une autre équipe a été envoyée en Chine pour contrôler la conformité des équipements aux normes techniques », a-t-il détaillé.
Le ministre a tenu à dissiper les malentendus sur les délais de livraison des chantiers de construction des centrales solaires, dont les premières prières ont été posées il y a plus d’un an, en soulignant : « Il ne suffit pas de poser une première pierre pour obtenir de l’énergie le lendemain. Produire 200 MW de solaire demande du temps, des autorisations, des contrôles, des tests de conformité. »
Quant à l’accès à l’eau, le ministre Boubacar DIANE a rappelé que c’est un droit constitutionnel, inscrit dans la Loi fondamentale du 23 juin 2024. Toutefois, il a reconnu que le réseau de distribution est vétuste, et que plusieurs zones, notamment à Bamako rive droite, souffrent de carences en approvisionnement.
Outre cette difficulté, il y a aussi les problèmes liés à l’électricité. Parfois, la SOMAGEP peut faire plus de 17 heures sur le groupe, a ajouté M. DIANE soulignant qu’au niveau de Bamako, il y a le chantier de construction d’une nouvelle station de traitement, tout comme à Kayes aussi.
« Cela va améliorer aussi considérablement la desserte au niveau de l’eau. Et il y a aussi l’extension des réseaux aussi qui est en cours. Donc, je crois que si ce projet arrive à terme, il y aura une amélioration nette de l’accès à l’eau potable », a-t-il annoncé.
Le contexte est aussi marqué par la polémique autour de la qualité de l’eau de robinet, avec la dégradation des eaux, à travers des activités d’orpaillage illégal qui se font sur le lit du fleuve, très en amont.
« Cette activité pollue nos eaux, nos cours d’eau. Mais ce que je veux faire comprendre aux populations, ce n’est pas visiblement lorsqu’on voit l’eau qui est changée de couleur. Ce n’est pas cette eau qui est bue », rassure le ministre.
Il a expliqué que la couleur de l’eau change quand la SOMAGEP est obligée d’utiliser beaucoup d’intrants pour décanter l’eau. Sinon, insiste-t-il, l’eau qui est envoyée « dans les robinets est une eau traitée, testée » par des laboratoires au sein de ces stations.
PAR SIKOU BAH