Dans un Mali de foi et de piété, de dynamisme religieux et souvent de passions débordantes et de tous les excès cultuels, le cadre de concertation entre le ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes (MARCC) et les associations et confessions religieuses s’impose comme l’un des rares espaces institutionnels où l’État et les forces morales du pays dialoguent sans intermédiaires pour parvenir à trouver le juste milieu. La 5ᵉ édition, prévue les 10 et 11 février 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), marque une étape décisive dans la consolidation de cet outil stratégique de cohésion nationale.
Un cadre institutionnel de dialogue structurant
Le cadre de concertation est un mécanisme formel de dialogue, de consultation et de coordination, placé sous l’autorité du ministre des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, le Dr Mahamadou Koné. Institué par la Décision n°2021-00042/MAR-SG du 20 août 2021, il répond à une nécessité fondamentale : organiser les relations entre l’État et les acteurs religieux dans un pays où la religion structure profondément la vie sociale, morale et communautaire.
Composé d’environ cent membres, il réunit les associations et confessions religieuses, les services techniques du MARCC et, selon les besoins, des partenaires techniques et financiers. Son fonctionnement régulier (une session ordinaire par trimestre, avec la possibilité de sessions extraordinaires) en fait un instrument de gouvernance préventive, capable d’anticiper les tensions plutôt que de les subir.
L’utilité du cadre de concertation dépasse largement le simple échange institutionnel. Il vise d’abord à consolider la confiance entre l’État et les organisations religieuses, souvent sollicitées comme relais sociaux, médiateurs communautaires ou repères moraux. À travers ce cadre, le MARCC assume pleinement son rôle de chef d’orchestre de la régulation du fait religieux.
Ses objectifs sont multiples :
– renforcer les relations entre confessions et associations religieuses ;
– prévenir et gérer les conflits religieux et tensions sociales ;
– encadrer les prêches, sermons et enseignements religieux ;
– harmoniser la gestion des édifices de culte et des associations confessionnelles ;
– accompagner les pèlerinages et les œuvres caritatives ;
– garantir l’exercice responsable de la liberté religieuse.
En toile de fond, un objectif majeur : faire du religieux un facteur de paix, de cohésion sociale et de stabilité, et non un vecteur de division ou de radicalisation.
Une architecture du dialogue national
Depuis 2021, le cadre de concertation s’est affirmé comme un instrument stratégique de gouvernance sociale, visant à institutionnaliser le dialogue avec les confessions religieuses, prévenir les tensions et mobiliser les leaders religieux comme acteurs clés de la paix, de la cohésion nationale et de la stabilité du Mali. Le cadre de concertation entre le ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes (MARCC) et les associations et confessions religieuses s’est progressivement imposé comme un instrument central de gouvernance sociale et de cohésion nationale au Mali. Quatre éditions majeures en retracent l’évolution.
La première édition, tenue en août–septembre 2021 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), marque l’acte fondateur. Organisée dans un contexte de transition politique sensible, elle visait à instaurer un espace formel et régulier de dialogue entre l’État et les leaders religieux. L’ordre du jour portait essentiellement sur le rôle des confessions dans la stabilité nationale, la prévention des tensions sociales et la contribution des autorités religieuses à l’apaisement du climat sociopolitique.
La deuxième édition, organisée le 9 août 2022, toujours au CICB, s’inscrit dans une logique de consolidation. Elle avait pour objectif principal de renforcer la coopération interconfessionnelle et de prévenir les discours de haine. Les échanges ont porté sur le dialogue interreligieux, la responsabilité morale des leaders religieux et leur rôle dans la promotion du vivre-ensemble.
La troisième édition, tenue les 22 et 23 novembre 2023 au CICB, intervient dans un contexte sécuritaire et social plus exigeant. Elle a mis l’accent sur la paix dans les lieux de culte, la cohabitation pacifique entre communautés religieuses et l’harmonisation des positions face aux défis nationaux.
Enfin, la quatrième édition, organisée le 29 août 2024 à Bamako, a poursuivi l’objectif de pérennisation du dialogue État–confessions. Son ordre du jour a porté sur la citoyenneté, l’unité nationale et la prévention des fractures sociales, confirmant le rôle des confessions religieuses comme acteurs stratégiques de stabilité et de paix durable.
La 5è édition : enjeux et déterminants
La cinquième édition, prévue les 10 et 11 février 2026 au CICB, s’inscrit dans un contexte national et régional particulièrement sensible. L’expansion des discours religieux sur les réseaux sociaux, la persistance de la menace terroriste au Sahel et l’évolution rapide des dynamiques communautaires imposent une mise à jour stratégique du dialogue État–religions.
Les enjeux sont clairs. D’abord, évaluer l’efficacité du cadre lui-même à travers la présentation de l’état de mise en œuvre des recommandations issues de la précédente édition. Cette démarche traduit une volonté de redevabilité institutionnelle, rare mais essentielle dans la gouvernance publique.
Ensuite, la rencontre abordera des thématiques structurantes :
– la loi sur la cybercriminalité, avec un focus sur la prévention des dérives dans l’espace religieux numérique ;
– les dynamiques sécuritaires et les nouveaux modes opératoires des groupes terroristes, en mettant en lumière le rôle crucial des leaders religieux dans la prévention de l’extrémisme violent ;
– le Plan d’Actions Sectoriel du MARCC, inscrit dans le Programme d’Actions Gouvernemental (PAG), affirmant l’alignement du fait religieux sur les priorités nationales ;
– le bilan des actions de la DNARC, notamment le recensement des édifices de culte, la régulation du mariage religieux et la redynamisation de la commission Lune ;
– les activités des grandes faitières religieuses (HCIM, CEM, AGEMPEM), piliers de la structuration confessionnelle du pays.
Cette 5ᵉ édition apparaît comme un moment de clarification stratégique. Elle consacre le MARCC non seulement comme une administration de régulation, mais comme un acteur central de la sécurité humaine et de la paix sociale. En associant étroitement les confessions religieuses à la réflexion sur la cybercriminalité, la sécurité et la gouvernance morale, le ministère affirme une vision moderne : la stabilité ne se construit pas uniquement par la force, mais aussi par l’éthique, le dialogue et la responsabilité collective.
À moyen terme, le cadre de concertation pourrait devenir un véritable observatoire national du fait religieux, capable d’alerter, de conseiller et d’orienter l’action publique. À long terme, il participe à l’émergence d’un modèle malien de gouvernance du religieux, fondé sur la concertation plutôt que la confrontation.
La 5ᵉ édition ne sera donc pas une simple rencontre de plus. Elle s’annonce comme un temps fort de la diplomatie religieuse, où se joue une part essentielle de l’avenir du vivre-ensemble dans notre pays, le Mali-kura que nous aimons.
Barakallahou Fikoum
El Hadj Sambi Assa Touré