Après avoir levé toute équivoque sur sa volonté de ne plus faire partie d’une Communauté qui s’est dévoyée et s’est mise à la solde de l’impérialisme et du néocolonialisme pour asservir les peuples au lieu d’être là pour les servir, le Mali, à travers son ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye DIOP, a réitéré, le mardi 6 février 2024, ses positions. C’était lors de la traditionnelle rencontre avec le Corps diplomatique et consulaire accrédité dans notre pays au cours de laquelle ces sujets ont été abordés : le processus de paix au Mali dans un contexte de caducité de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, le retrait du Mali de la CEDEAO, le processus de retrait de la MINUSMA et la mise en place de l’Alliance des États du Sahel.
Pour ne laisser d’équivoque sur ces questions d’intérêt national et international, le chef de la diplomatie malienne s’est voulu aussi clair et concis. Voici la retranscription de ses déclarations :
Sur la Fin de l’Accord
‘‘Certains groupes signataires ont décidé depuis un an de ne plus s’associer au processus de paix en quittant la table de discussions. Après ça, nous avons aussi constaté que certains groupes signataires se sont alliés à des groupes terroristes. Ceci est intervenu surtout suite aux actions qui étaient engagées par le gouvernement du Mali conformément à la résolution N°2690 du 30 juin 2023 du Conseil de sécurité pour prendre possession des emprises qui devaient être laissées vacantes par la Minusma.
Dans les échanges avec nos frères, il a toujours été indiqué qu’il n’était pas nécessaire d’aller dans une confrontation militaire autour de ses emprises, parce que nous sommes dans un processus de paix et non un processus de partage de territoire. Malheureusement, il y a eu des attaques meurtrières contre les forces de défense et de sécurité, mais aussi contre les populations civiles, y compris l’attaque du bateau Tombouctou, le 7 septembre qui a été clairement revendiquée.
Tous ces incidents qui se sont passés aussi nous ont confortés dans cette décision qu’il faudra que nous puissions nous parler entre nous, Maliens, pour trouver la solution. Parce qu’au bout du compte, on s’est rendu compte que l’Accord est devenu pratiquement un instrument entre les mains d’autres pour pouvoir soit déstabiliser notre pays, soit entreprendre des initiatives qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt des Maliens.
Chaque accord a eu certainement des avancées et des difficultés. Nous espérons que dans cette approche inclusive, tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion aussi de contribuer aux différents processus de paix pourront être là. Mais ceci n’est possible naturellement que s’il y a un État. Un Etat qui contrôle son territoire, qui a une armée qui puisse assurer la protection des personnes et des biens.
Parce que justement, ce sont les parties du pays qui n’étaient pas sous le contrôle de l’État qui étaient utilisées pour des activités criminelles ou favoriser le terrorisme. Je suis sûr qu’aucun de vos pays n’acceptera, que son pays où une partie de son pays soit prise en otage par un groupe armé. Parce que le Mali nous appartient à tous ; mais aucun Malien n’a plus de droit sur une partie du territoire qu’un autre Malien’’.
Sur le Retrait de la CEDEAO
‘‘Vous savez, ici, c’est d’abord le pays du président Modibo Keïta qui a mis, depuis la première Constitution du Mali, que notre pays est prêt à abandonner tout ou partie de notre souveraineté pour réaliser l’unité africaine. Cet engagement a été constant dans toutes les Constitutions du Mali. Notre génération et la génération qui vient après nous ne seront pas celles qui vont mettre fin à cela. Pour nous, l’idéal panafricain est toujours là. Mais cet idéal était quelquefois travesti, extraverti ou instrumentalisé pour d’autres agendas. Je pense que c’est ce travestissement que nous dénonçons et non l’idéal lui-même.
Toute organisation est d’abord bâtie sur des règles. Parce que s’il n’y a pas de règles, il n’y a pas d’organisation et la survie de l’organisation, c’est de pouvoir travailler dans le cadre des accords. Parce que les textes qu’ils ont, ce sont les textes que nous avons ratifiés qui leur donnent ces pouvoirs. Souvent, nous avons abandonné notre souveraineté pour donner à ces organisations pour faire un certain nombre de travail. Pour le cas du Mali en particulier, je reviendrai au Niger.
On dit que le Mali a été suspendu, oui, nous avons été suspendus. Nous n’avons aucun problème que nous soyons suspendu des instances de l’organisation. On ne s’est jamais plaint parce qu’on sait que cela existe dans les textes. Mais là où cela pose un problème, on est venu on a fermé les frontières du Mali, hermétiquement. On a pris possession de nos avoirs dans les banques partout. Or, ce n’est dans aucun texte malheureusement. Mais, là nous avons commencé à mettre les gens en garde, on dit il faut faire extrêmement attention, parce que là où nos dirigeants sont en train de nous amener, vous prenez des mesures des sanctions qui touchent aux populations. Ces organisations ont été créées pour ces populations. Mais au bout du compte, c’est l’idéal même d’intégration que vous allez vous attaquer parce que les gens ne se sentiront plus ensemble.
Après ça, le cas du Niger est venu. C’était pire encore. Parce que quand on est dans une Union ou dans une communauté, on n’attaque pas les autres membres de la communauté. Mais la CEDEAO n’a même pas la capacité d’attaquer le Niger. C’est évident que c’est les puissances extérieures qui instrumentalisent la CEDEAO pour leur agenda propre. Donc, c’est la collusion de l’organisation ou de certains dirigeants de l’organisation avec des puissances extérieures pour agresser un pays. À partir de ce moment, nous sommes tous en insécurité. C’est pourquoi, le Mali et le Burkina se sont levés pour dire que si vous attaquez le Niger vous nous attaquez aussi.
Je rappelle que nous avions des rapports avant la CEDEAO. Nous allons pouvoir continuer à avoir des rapports après la CEDEAO parce que nos pays sont des pays éternels. Les organisations sont là pour faciliter les choses. C’est nous qui faisons exister les organisations ce n’est pas les organisations qui nous font exister. Malheureusement les actes que ces organisations ont posé les rendent responsables, elles-mêmes, de cette déliquescence du sentiment d’intégration.
Les mesures qu’on prend contre les Etats : suspension des avoirs, tout ça passe. Mais à partir du moment où on commence à sanctionner les populations, cela a un effet durable. Parce que je suis certain que les Nigériens ou les Maliens n’oublieront pas, de sitôt, certaines actions qui ont été entreprises contre eux. En tout cas, même les autres organisations qu’ils n’ont pas quittées encore doivent comprendre que nous serons prêts à nous assumer si elles jouent le même jeu encore’’.
Sur la Minusma et l’AES
‘‘Maintenant pour ce qui concerne la Minusma, je pense que je ne vais pas être très long. Sauf à constater que nous avons pu, les Nations Unies et nous, arriver à concrétiser ce retrait qui est effectif depuis le 31 décembre. Certes, il y a eu des problèmes, il y a eu des difficultés, il y a eu des manquements graves qui ont failli faire perturber tout le processus. Nous avons perdu beaucoup d’hommes dans cet exercice, mais au bout du compte je pense que le retrait s’est effectué. Tous ceux qui avaient prédit que si la Minusma part le lendemain l’État malien va s’écrouler, ils doivent constater que cela ne s’est pas fait. Ce n’est pas fait parce que nous y étions préparés. Il y a eu des sacrifices et des efforts importants de l’État et des populations maliennes pour que cela se fasse. Ce retrait s’est fait en préservant l’intégrité du territoire national et en permettant un déploiement de notre armée et des services sociaux de base sur l’ensemble du territoire national.
Donc, je voudrais vraiment pouvoir constater cela et dire qu’aujourd’hui nous sommes dans une phase de liquidation. Il y a une petite unité qui est sur place ici avec laquelle nous travaillons, dans la phase de liquidation.
Je voudrais vraiment donner l’assurance aux Fonds Agences, Programme et autres structures des Nations Unies, qui sont ici, qu’ils peuvent continuer à faire leur travail et que l’État malien assumera sa responsabilité dans la limite des ressources et des moyens disponibles pour pouvoir assurer leur sécurité, pour continuer à travailler au bénéfice des populations maliennes.
Le dernier point que j’avais abordé, c’était l’Alliance des Etats du Sahel, même si je sais que j’ai un peu touché au sujet quand je parlais de la CEDEAO. Même, s’il ne faut pas opposer les deux. Mais on sait que le 16 septembre, la charte qui crée l’Alliance a été fait dans quel cadre. C’était dans le cadre d’agression armée planifié contre un pays de la région que nous voudrions stopper. Je pense que nous avons pu le faire. Sans doute, pas seul, mais je pense que notre action a certainement été décisive pour que les gens comprennent la gravité de ce qui se préparait.
Une fois qu’on a mis en place ce pacte militaire, on s’est rendu compte que c’était vraiment insuffisant ; il fallait que nous travaillions pour renforcer aussi la dimension du développement économique. C’est pourquoi, les ministres ont proposé ainsi aux chefs d’État de mettre en place une confédération pour que celle-ci soit la première phase pour aller vers une fédération. Dans les semaines à venir, nous attendons un sommet de chefs d’État pour pouvoir matérialiser cette volonté d’aller vers cette nouvelle approche d’une intégration qui soit tournée vers la prise en compte des préoccupations de nos populations et un mécanisme d’intégration qui soit fondé sur la solidarité. Avec la CEDEAO. C’est le problème qu’on a eu. On est dans une organisation où il n’y a pas de solidarité’’.

LA REDACTION

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