Le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale, à travers son Centre d’études stratégiques (CES) a organisé une rencontre de haut niveau sur le thème : « La guerre informationnelle : défis et enjeux ». C’était le samedi 18 novembre, en présence de plusieurs membres du gouvernement ; des diplomates et des journalistes maliens et étrangers.
Cinq membres du gouvernement ont pris part à la cérémonie d’ouverture de la rencontre, en l’occurrence le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, le colonel Abdoulaye MAIGA ; le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye DIOP ; le ministre de la Refondation de l’État, chargé des relations avec les Institutions, Ibrahim Ikassa MAIGA et le ministre de la Sécurité et de la protection civile, le général de brigade Daoud Ould Mahammedine.
Aussi, cette conférence organisée par le Centre d’études stratégiques du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a réuni plusieurs cadres et responsables de l’administration, des acteurs de la société civile, des journalistes et responsables d’organisations internationales pour discuter sur le thème de la guerre informationnelle et spécifiquement sur le cas du Sahel en proie à une insécurité où des terroristes menacent la quiétude des populations.
Après la cérémonie d’ouverture, la conférence a été animée par 5 panelistes, en l’occurrence Jules DOMCHE, journaliste et patron de la chaîne Vox Africa ; Gaoussou DRABO, journaliste et ancien ministre de la Communication ; le colonel major Souleymane DEMBELE, directeur général de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) ; Mme Aminata Dramane TRAORE, essayiste et analyste des relations Nord-Sud ; Mme Fatoumata Sidibé DIARRA, avocate cheffe d’entreprise ; le général Mamadou Lamine dit Laurent MARIKO, chef d’Etat-major particulier du président de la Transition.
En effet, le Mali, le Niger et le Burkina Faso paient le prix le plus lourd. Au même moment, des médias européens sont accusés de diffamer les leaders de ces pays ; l’information est pervertie.
L’initiative s’inscrit dans le cadre de la vision des autorités de la transition engagées dans un front important pour lequel le Mali a besoin d’une préparation stratégique tout en réfléchissant sur la meilleure façon de déployer les moyens nécessaires et de travailler avec tous les partenaires.
Souhaitant la bienvenue, le directeur du Centre d’études stratégiques, le général Satigui Moro SIDIBE, a évoqué la récurrence des foyers de tension à travers le monde et la circulation de l’information autour du phénomène qui constituent un défi majeur pour la géopolitique mondiale. Selon lui, les conflits imposés à tort à l’Iran, à l’Irak, à la Syrie, à la Palestine…sont assez illustratifs. La région du Sahel est à son tour fortement impactée, a déclaré le directeur du CES.
« Autant les autorités de la transition font tout pour conquérir l’esprit et le cœur des Maliens, autant des investissements sont faits pour transformer ces populations en arme contre notre pays », a indiqué M. DIOP, affirmant que le Mali est la cible d’attaques informationnelles.
Selon lui, des sommes importantes sont engagées pour faire dérailler ce qui se joue au Mali puisque, explique-t-il, cela a un impact sur ce qui se joue sur le continent.
Malgré la fin officielle de la colonisation, l’Afrique est aujourd’hui le théâtre d’enjeux géopolitiques et géoéconomiques très importants, a souligné le diplomate en chef. Il a déploré que certains pays jouaient la carte de la désinformation pour continuer d’avancer leurs pions sur le continent.
« L’Afrique est un enjeu. Le Mali est un enjeu. Certains seraient même heureux de vider nos pays des populations pour pouvoir prendre nos ressources. La désinformation sert ces desseins pour perpétuer la domination, pour perpétuer des politiques hégémoniques. Et pour arriver à leur fin, Il faut diaboliser, manipuler, déstabiliser les pays », a-t-il expliqué.
Selon lui, le danger de cette approche est de transformer le citoyen en une arme contre sa communauté, son pays, son gouvernement. Mais espère-t-il que cette conférence contribue à changer les mentalités. Cependant, le ministre DIOP que l’information est essentielle dans les relations internationales au motif que c’est un instrument d’influence, de puissance, de positionnement géostratégique, de contrôle et de domination.
Cette désinformation, qui vise à «contrôler les esprits» ne passe pas forcément par les réseaux sociaux, mais peut même s’exprimer à travers des médias classiques, possédant généralement une certaine crédibilité, a averti le ministre DIOP. Il a rappelé à cet effet que des médias d’Etat de certains pays étaient mis à contribution pour amplifier la désinformation sur notre pays.
Kidal est au cœur de la désinformation
Si la désinformation tente de déstabiliser des régimes politiques, elle peut aussi s’attaquer très directement à l’armée, a précisé Abdoulaye DIOP. Selon lui, la reprise par les forces armées maliennes de la localité de Kidal a notamment offert un bel exemple de dénigrement médiatique.
«Une illustration parfaite est ce qui s’est passé à Kidal. Aujourd’hui, les forces armées maliennes contrôlent cette localité, c’est un fait. Mais on a d’abord nié que c’était possible. Ensuite, on a dit que nous ne l’avions pas fait seul. Cela est fait pour dénigrer, diaboliser et prétendre que les forces maliennes ne valent rien. Prétendre qu’elles ne peuvent pas réussir là où les forces internationales ont échoué pendant dix ans, malgré des milliards de dollars versés», a expliqué le ministre, soulignant une tentative de dénigrement qu’il faudrait éviter.
Selon le ministre DIOP, la guerre informationnelle à Kidal est l’œuvre de certains pays hostiles au Mali. C’est pourquoi, a-t-il rappelé, le Mali a suspendu certains médias sans être contre la liberté de presse. Mais, justifie-t-il, les autorités ne peuvent pas rester laxistes face à la déstabilisation entretenue par ces médias. Surtout quand ceux-ci sortent de leur mission pour devenir un instrument de déstabilisation.
« La réalité décrite à Kidal n’est pas celle qui est vraie », a affirmé M. DIOP.
Mise en place d’une véritable Agence de presse
Gaoussou Drabo, journaliste et ancien ministre de la Communication, pense qu’il faut surtout encourager la consolidation des médias de référence. « Chaque fois que le citoyen est confronté à une assertion douteuse, peu crédible ou bien étonnante, qu’il puisse en rechercher la vérification non pas seulement au niveau des sites de rectification mais au niveau des médias de référence », a proposé l’analyste politique. Pour lui, l’avantage de cette stratégie est le fait qu’elle permet de prolonger l’activité du gouvernement. Celui-ci doit, ajoute M. DRABO, pouvoir compter sur des acteurs crédibles et compétents pour entretenir ce qu’il dit notamment dans ses communiqués.
De son côté, Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre et analyste des relations Nord/Sud, appelle plutôt à une insurrection intellectuelle pour déconstruire le narratif de l’Occident sur notre pays et sur notre continent.
Jules DOMCHE, le patron de la chaîne Vox Africa, a révélé que la plupart des fausses nouvelles étaient « fabriquées dans les rédactions qu’on pense les plus crédibles, les plus sérieux ». Et pour gagner la guerre sur le front informationnel, il a conseillé les médias locaux et africains à être le socle de notre stratégie.
Ces médias doivent par conséquent être suffisamment soutenus sur le plan financier, a préconisé M. DOMCHE. Également, dit-il, les dirigeants africains doivent leur accorder la primauté de l’information et les prioriser pour tout besoin de communication.
« Pendant longtemps, plusieurs chefs d’État pensaient que pour exister, il fallait parler à Rfi et autres chaînes étrangères, affaiblissant du coup leurs propres médias », a déploré le journaliste.
Par ailleurs, a-t-il insisté sur le besoin de repenser notre rapport en ce qui concerne la création de l’information en expliquant que ce sont les Agences American Press, AFP et Reuters qui décident de ce qui fait l’information dans le monde.
« 80 à 90% des informations traitées par les médias africains viennent de ces Agences », a affirmé le patron de Vox Africa.
Pour inverser cette tendance, il préconise la mise en place d’une véritable Agence de presse, à l’image de la PANA.
« C’est là que nous pourrons commencer à construire notre propre narratif. Si nous ne le faisons pas, nous n’avons aucune chance de nous en sortir dans cette guerre informationnelle », a exhorté Jules DOMCHE.
PAR SIKOU BAH