Depuis ce samedi 28 février, l’attention du monde est tournée vers la situation au Golfe persique. L’attaque israélo-américaine contre la République islamique d’Iran.

Y a-t-il de quoi être surpris ? Que nenni. Depuis longtemps, l’Iran est sur la liste des guerres ou plutôt des pays dans la visée de Trump et de Netenyahu. Il figurerait en dernier sur une liste établie au Pentagone à l’époque Bush Jr aux USA selon les dires d’un ancien officier de l’armée américaine après la Syrie. Les États-Unis et Israël avaient attaqué précédemment l’Iran du 13 au 24 juin 2025 lors de ce qui a été appelé la guerre de 12 jours. Elle s’est terminée par l’intervention américaine et le bombardement des sites d’enrichissement d’uranium en Iran.

Pour le Sahel, les analystes et experts ne présagent rien de bon. Le Sahel notamment les pays de l’AES (Alliance des États du Sahel) enclavés, pauvres, entièrement dépendants des importations et de la charité internationale s’effondrerait car cette guerre implique la fermeture de plusieurs voies de transport maritime et aérien, au pire, et un ralentissement dans l’approvisionnement au meilleur. Elle entraînera, dans cette région, une inflation insoutenable en hydrocarbures et denrées de première nécessité pour des économies inexistantes comme celles des pays de l’AES et du Mali en particulier.

Les voies d’approvisionnement chez nous sont depuis plusieurs mois entravées au Sud et à l’Ouest par les combattants du JNIM d’Iyad Ag Ghaly et Amadou Barry de Koufa et leurs complices du FLA. Une véritable tragédie humaine dans cette partie du monde déjà accablée par la pauvreté, la conjoncture économique, les attentes sociales insatisfaites et l’insécurité insoutenable. Plus inquiétant encore, c’est l’ostracisme diplomatique et économique qui frappent ces pays en raison de leur option souverainiste qui provoque l’ire de l’impérialisme et du néocolonialisme notamment européen et français.

Depuis l’escalade militaire opposant Israël, les États-Unis et la Iran, un point stratégique concentre toutes les inquiétudes : le détroit d’Ormuz. Étroit couloir maritime entre le Golfe persique et l’océan Indien, il constitue l’une des artères vitales du commerce énergétique mondial. Sa fermeture, annoncée par Téhéran au deuxième jour du conflit, bouleverse déjà les anticipations des marchés. Pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso, Niger – l’onde de choc pourrait être dévastatrice.

Le détroit d’Ormuz : un verrou énergétique mondial

Près d’un cinquième du pétrole mondial transite par ce passage maritime. À cela s’ajoute une part significative du gaz naturel liquéfié exporté vers l’Europe et l’Asie. Toute entrave, même partielle, provoque une flambée immédiate des prix de l’énergie, une hausse des coûts d’assurance maritime et un renchérissement du fret international.

Pour des économies enclavées et dépendantes des importations comme celles du Sahel central, l’effet domino est mécanique : augmentation du prix du carburant, du transport routier, des denrées alimentaires importées, des matériaux de construction et, in fine, du coût de la vie.

Les pays de l’AES ne produisent ni pétrole, ni gaz en quantités significatives capables d’amortir un choc mondial durable. Leur dépendance aux importations via les ports d’Abidjan, Lomé, Cotonou ou Dakar rend leurs chaînes d’approvisionnement particulièrement sensibles aux turbulences maritimes globales.

Si Ormuz reste fermé plusieurs semaines, deux scénarios se dessinent :

-Ralentissement logistique : délais d’acheminement prolongés, pénuries intermittentes, hausse modérée mais persistante des prix.

-Blocage prolongé : flambée spéculative des hydrocarbures, rationnement, tensions sociales accrues.

Dans les deux cas, les budgets publics, déjà contraints, seraient mis à rude épreuve par des subventions énergétiques difficiles à soutenir.

Inflation importée et

fragilité sociale

Pour notre pays, la situation est encore plus préoccupante. Les axes d’approvisionnement sud et ouest sont régulièrement perturbés par l’insécurité, notamment par des groupes affiliés au JNIM et ses alliés séparatistes.

Si à ces contraintes internes s’ajoute une flambée internationale du carburant, le Mali pourrait connaître une inflation cumulative. Une hausse prolongée du prix du gasoil se répercuterait sur le prix du pain, du riz importé, du sucre et des produits manufacturés.

Dans des sociétés où le revenu moyen est faible et où une grande partie de la population vit dans l’économie informelle, l’impact social serait immédiat : érosion du pouvoir d’achat, tension sur les marchés, frustrations urbaines.

Au-delà de l’économie, la guerre du Golfe III redessine les alliances. Les pays de l’AES revendiquent une posture souverainiste affirmée et entretiennent des partenariats alternatifs hors du cadre traditionnel occidental.

Une crise énergétique mondiale pourrait les pousser à renforcer leurs liens avec des partenaires non occidentaux producteurs d’énergie, notamment la Russie ou d’autres États du Moyen-Orient. Mais ces réorientations prennent du temps et nécessitent des capacités financières et logistiques importantes.

L’ostracisme diplomatique évoqué par certains analystes pourrait, dans ce contexte, se traduire par un accès plus restreint aux financements concessionnels ou aux facilités budgétaires internationales, accentuant la pression macroéconomique.

Risques sécuritaires

accrus

L’histoire récente montre qu’une forte inflation couplée à une crise énergétique peut alimenter des contestations sociales. Dans des pays confrontés à des défis sécuritaires persistants, toute dégradation économique devient un multiplicateur d’instabilité.

Une hausse brutale du coût du transport peut paralyser le commerce intérieur, ralentir l’acheminement des vivres vers les zones rurales et complique la logistique militaire. La sécurité et l’économie sont ici intimement liées.

Face à cette perspective, plusieurs pistes émergent :

1. Diversification des sources d’approvisionnement énergétique via des contrats bilatéraux sécurisés.

2. Constitution de stocks stratégiques de carburant pour amortir un choc temporaire.

3. Accélération des projets solaires afin de réduire la dépendance au gasoil pour la production électrique.

4. Coordination régionale renforcée au sein de l’AES pour mutualiser les achats et optimiser la logistique.

Toutefois, ces solutions exigent anticipation, discipline budgétaire et stabilité politique.

Une tragédie annoncée ?

La fermeture du détroit d’Ormuz ne condamne pas mécaniquement le Sahel à l’effondrement. Mais elle agit comme un signal d’alarme brutal de nos fragilités structurelles : dépendance énergétique, enclavement géographique, vulnérabilité logistique et exposition aux chocs externes.

Dans un monde interdépendant, une guerre à des milliers de kilomètres peut faire vaciller les équilibres d’une région déjà éprouvée. L’enjeu pour les pays de l’AES n’est pas seulement de subir l’onde de choc, mais de transformer cette crise en catalyseur d’une stratégie énergétique et économique plus autonome.

Car au-delà des combats au Moyen-Orient, la véritable bataille pour le Sahel se joue sur le terrain de la résilience : capacité à absorber le choc, à protéger les populations les plus vulnérables et à préserver la stabilité sociale.

Si Ormuz reste durablement fermé, le Sahel ne sera pas un acteur du conflit, mais il pourrait en être l’une des victimes silencieuses. Qu’à Dieu ne plaise.

PAR EL HADJ SAMBI TOURE

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