Le premier forum des ministres chargé d’action humanitaire de l’AES s’est tenu du 7 au 9 août au Centre international de conférences de Bamako (CICB), sur le thème « Politiques humanitaires et mécanismes de financement dans l’espace AES : Enjeux, Défis et Perspectives ».
Réunissant des délégations ministérielles du Burkina Faso, du Mali et du Niger, mais aussi des pays voisins et amis tels que la Mauritanie, le Tchad et le Togo, ainsi que des organisations internationales et de la société civile, cette rencontre portait sur le thème : « Politiques humanitaires et mécanismes de financement dans l’espace AES : Enjeux, Défis et Perspectives ».
Après les mots de bienvenue de l’élue de la commune III, le Coordonnateur humanitaire ad intérim des Nations Unies au Mali, Khassim DIAGNE, saluant l’initiative de ce forum, a indiqué qu’il offre l’occasion de discuter des opportunités pour une aide humanitaire plus efficace, à travers une approche collective et mieux coordonnée, dans un contexte où les défis humanitaires sont de plus en plus liés à des dynamiques régionales.
« Le caractère transfrontalier des défis, qu’il s’agisse du terrorisme, des trafics ou des migrations non contrôlées, nous intime de construire une réponse qui dépasse le cadre individuel des Etats », a affirmé le responsable humanitaire, soutenant que de la protection du corridor d’approvisionnement du Togo, à l’accueil des migrants en Mauritanie, en passant par la crise du bassin du lac Tchad, le renforcement de la coopération régionale s’impose.
Pour ce faire, plusieurs dimensions clés se situent au cœur de la réponse humanitaire et devraient impérativement être prises en considération.
A cet effet, M. DIAGNE a affirmé « la paix est la condition préalable de toute action durable aux problèmes humanitaires ». Sans elle, a-t-il martelé, « il ne peut y avoir ni assistance efficace, ni résilience, ni espoir quelconque pour les populations ».
Ensuite, il a indiqué que la protection des populations civiles doit être au centre des priorités de l’action humanitaire, notamment « des femmes et des enfants et de leur dignité », ainsi que la sécurité des travailleurs humanitaires.
« Je tiens à souligner l’importance du respect du droit international humanitaire et d’assurer la sécurité des acteurs humanitaires en tant qu’éléments essentiels de la réponse », a-t-il rappelé avant de rendre hommage aux travailleurs humanitaires victimes d’attaques, évoquant le cas de l’humanitaire…
Pour le coordinateur, la réponse humanitaire doit sortir du « cycle répétitif de l’urgence » en investissant « dans les systèmes d’alerte précoce et de préparation aux crises comme partie intégrante de la réponse ».
Par ailleurs, face à la réduction drastique des financements humanitaires, il a conseillé à « explorer de nouvelles perspectives et diversifier notre système de financement, à travers un engagement accru avec le secteur privé, la diaspora et les partenaires non traditionnels ».
Le Coordonnateur humanitaire ad intérim des Nations Unies au Mali a également souligné la nécessaire intégration des plans humanitaires aux stratégies nationales, en veillant à leur alignement avec les priorités et les dispositifs mis en place par les États, qui restent les premiers acteurs de la réponse.
Le ministre de la Justice, Mamadou KASSOGUE, pour sa part, a indiqué ce forum est perçu comme une opportunité unique de partager les expériences et d’identifier les meilleures solutions.
L’objectif est de «définir les grandes lignes et la feuille de route d’une action humanitaire sous-régionale basée sur nos priorités, nos réalités, et sur l’intérêt suprême de nos populations,» a précisé le ministre.
Alors que les besoins humanitaires augmentent, les financements se font de plus en plus rares, le ministre KASSOGUE a déclaré qu’en 2024, au Mali, seule la moitié des personnes dans le besoin a pu être assistée faute de fonds suffisants, une situation similaire au Burkina Faso et au Niger.
« Depuis plus d’une décennie, les conflits armés, les déplacements forcés, l’insécurité alimentaire et les effets du changement climatique se combinent, fragilisant chaque jour nos communautés », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’agir de manière concertée.
« Il est de notre responsabilité, en tant que Gouvernements et partenaires humanitaires, de bâtir des passerelles entre urgence et développement, entre assistance et coopération, entre humanité et dignité », a affirmé M. KASSOGUE, tout en appréciant les efforts des organisations humanitaires pour fournir une assistance vitale aux populations affectées.
Cependant, les difficultés d’accès à certaines zones touchées, le manque de ressources financières et humaines et l’accès humanitaire limitent considérablement l’efficacité des interventions, a-t-il relevé.
« Nous demandons ainsi aux partenaires techniques et financiers de respecter ce choix souverain, de ne pas isoler l’AES, et de soutenir nos efforts humanitaires dans une logique de neutralité, d’humanité, de souveraineté et de solidarité. Nous voulons construire avec vous des relations de partenariats ancrées dans des objectifs de réponse humanitaire efficace », a-t-il plaidé.
À l’issue des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées notamment la mise en place d’un cadre de concertation renforçant la coordination humanitaire régionale, la diversification des sources de financement, en sollicitant notamment les secteurs privés et les diasporas, la promotion de solutions durables pour les communautés hôtes, les personnes déplacées internes (PDI) et les réfugiés.

PAR SIKOU BAH

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