En confirmant la condamnation prononcée en première instance par le Tribunal du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, la Cour d’Appel de Bamako a définitivement débouté, ce lundi 9 février, l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Verdict maintenu : deux ans de prison dont un an ferme, 500 000 F CFA d’amende et un franc symbolique à verser à l’État, partie civile. Moussa Mara restera donc en détention jusqu’à l’exécution complète de sa peine, prévue pour juillet prochain.
Les faits sont connus. Le 4 juillet 2025, sur le réseau social X, Moussa Mara publie un message de solidarité à l’endroit de plusieurs figures publiques incarcérées ou poursuivies : Ras Bath, Clément Dembélé, Rose “La Vie Chère”, Issa Kaou N’Djim, entre autres. Le message conclut aussi ces mots : « Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître. Nous nous battrons par tous les moyens pour que cela arrive, et le plus tôt possible.»
Cette phrase est considérée par certains celle de trop.
Pour ce tweet, l’ancien chef du gouvernement est poursuivi et condamné pour “opposition à l’autorité légitime”, “incitation au trouble à l’ordre public”, “diffusion de fausses informations” et “atteinte au crédit de l’État”.
Des qualifications jugées lourdes par ses partisans, sont appliquées à une prise de parole politique qui, soutiennent-ils, s’inscrit dans le registre classique de l’expression d’opinion et de la solidarité citoyenne.
L’incarcération de Moussa Mara, intervenue le 1er août 2025 (soit 191 jours de prison à ce lundi), a marqué un tournant. Ancien Premier ministre, ancien maire, figure politique connue pour son discours républicain et sa constance institutionnelle, il n’est ni un agitateur clandestin ni un acteur de l’ombre. Son crime, aux yeux de beaucoup, est d’avoir parlé, écrit, assumé une parole dissidente dans un contexte de forte crispation politique.
En confirmant le verdict de première instance, la Cour d’Appel a certes appliqué le droit tel qu’interprété par les juridictions. Mais elle laisse aussi derrière elle un malaise profond : celui d’une justice perçue comme sévère à l’égard de la parole critique, et d’un climat où l’expression politique est progressivement judiciarisée.
Moussa Mara, aujourd’hui détenu, devient malgré lui un symbole. Le symbole d’une génération politique confrontée à un espace d’expression rétréci. Le symbole d’un débat public sous surveillance. Et, paradoxalement, le symbole d’une parole qui, même derrière les barreaux, continue de poser une question essentielle : peut-on construire un Mali fort et apaisé sans accepter la pluralité des voix ?

El Hadj Sambi Touré

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