L’ancien Premier ministre, Ahmed Mohamed Ag HAMANI, a jeté, samedi dernier, le caillou dans le jardin de la classe politique pour avoir été à l’origine de la crise que le pays traverse aujourd’hui. Il a aussi affirmé que de l’indépendance à nos jours, aucune élection crédible n’a été organisée dans le pays.

L’ancien Premier ministre était le conférencier du thème : « La paix est-elle encore possible au Mali ? Si non, que deviendra le pays ? Si oui, quelle nouvelle stratégie pour la paix ?». Un exercice qui s’est déroulé en présence du ministre Ismaël WAGUE et de plusieurs responsables du pays.
Évoquant les maux auxquels le pays est confronté, le conférencier, dans son speech, ne fait pas de cadeau à la classe présentée comme étant à l’origine des problèmes majeurs de notre pays, à travers notamment le multipartisme tous azimuts.
« Je prends la responsabilité devant l’histoire, cette crise que nous vivons aujourd’hui provient des événements du 26 mars 1991. Depuis cette date, on s’est enfoncé dans une crise interminable qui prend plusieurs formes », a-t-il dénoncé.
Pire, depuis l’indépendance à nos jours, s’il n’y a pas, dans le pays, une élection transparente.
« Il n’y a jamais eu d’élection transparente. Les élections sont faites à partir de l’argent. On achète les consciences des gens. Quand, il y a des élections, chaque responsable politique apporte son soutien financier. A la veille de chaque élection, ils demandent des subventions des partis politiques pour leur campagne », a dénoncé Ag HAMANI.
Or, tous les différents régimes en venant scandent la refondation.
A ce jour, dit-il, on continue avec ce message de refondation auquel il n’y croit plus.
« Refonder le Mali est un long processus. On ne peut pas faire une refondation en deux, trois ans. Il faut l’entreprendre sur plusieurs générations. Une refondation ne se ramène pas à un régime pour se faire quelque chose au soleil », a-t-il déclaré.
Alors que notre pays mène la guerre, à la fois contre les séparatistes et les terroristes, il a appelé les Maliens à l’union sacrée autour de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, la forme républicaine de l’Etat, du respect strict de nos valeurs.
Et cela, sans oublier le sentiment d’appartenir à une nation dont la survie engage notre pleine et entière responsabilité.
Pour lui, cela n’est pas hors de notre portée.
Par ailleurs, il a expliqué que la paix et la sécurité sont, à court terme, le préalable de toute stratégie de défis de l’heure pour amorcer le développement.
« La paix ne saurait être durable parce que décrétée. Elle ne se décrète pas. Pour avoir occulté cette évidence, presque toutes les initiatives de paix au Mali n’ont duré que le temps que vivent les roses », a déclaré l’ancien Premier ministre qui, selon lui, la 1ère atteinte de la cohésion nationale a résulté du lourd passif de rancune, de frustration tenace jusqu’à la haine divisant aujourd’hui les Maliens.
« Les Maliens doivent se convaincre qu’aucune avancée n’est possible dans la voie de la paix, tant que nous n’aurons pas le courage politique et moral d’un sursaut rédempteur pour panser les blessures, les rancœurs accumulées tout au long de notre histoire», a-t-il prévenu, en regrettant que la commission vérité et justice n’avait pas les moyens d’atteindre ses objectifs.
De son avis, l’espace d’interpellation démocratique, tout comme le médiateur de la république, dont les résultats sont mitigés, donnent l’impression que le nouveau Mali est un État de droit sans faire avancer le droit et les libertés fondamentales.
« Cet espace s’apparente à un tribunal pour le gouvernement comme s’il est le seul auteur des déviations que le pays connait», a-t-il critiqué.
Aussi, dans le cadre de la recherche de solutions aux problèmes du pays, Ahmed Mohamed Ag HAMANI, a suggéré la remise en cause de la démocratie issue des événements de mars 1991.
« Je pense que la démocratie fabriquée à l’extérieur et imposée doit être revue», a dénoncé le conférencier.

PAR SIKOU BAH

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