La présentation des vœux du Conseil national de la jeunesse (CNJ) au chef de l’État, le 16 février 2026 au Palais de Koulouba, a dépassé le simple cadre protocolaire pour s’imposer comme un moment politique majeur de la Transition. En recevant officiellement la jeunesse organisée, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a posé un acte fort : reconnaître la centralité stratégique de la jeunesse dans le projet Mali Kura et inscrire son rôle au cœur de la refondation nationale.
Ce rendez-vous institutionnel, qualifié de « première qui ne doit pas être une parenthèse », marque une évolution dans la relation entre l’État et la jeunesse. Il ne s’agissait pas uniquement d’entendre des vœux de Nouvel An, mais de donner une direction, d’énoncer une vision et de fixer un cap. La réponse présidentielle, dense et articulée, s’est voulue à la fois pédagogique, mobilisatrice et exigeante.
« La relève ne se décrète pas, elle se prépare. » Cette formule, placée en ouverture, résume la philosophie de l’intervention. Le Chef de l’État refuse toute approche incantatoire de la question générationnelle. La jeunesse n’est pas perçue comme une réserve abstraite d’énergie, mais comme un capital humain à former, à encadrer et à responsabiliser. À travers cette déclaration, il établit un principe fondamental : l’avenir du Mali dépendra de la qualité de sa préparation collective.
Le discours présidentiel met en avant plusieurs axes d’action déjà engagés. Le renforcement du Programme national d’éducation aux valeurs vise à consolider les fondements civiques de la nation. Il s’agit de former des citoyens respectueux des symboles de la République, attachés au vivre-ensemble et conscients de leurs devoirs. Dans un contexte marqué par des fractures sociales et des tentatives de déstabilisation, cette orientation apparaît comme un levier de cohésion.
La relance et la consolidation du Service national des jeunes constituent un autre pilier. Discipline, sens du devoir, esprit de service : ces notions structurent la vision présidentielle d’une jeunesse actrice et non spectatrice. L’objectif affiché est clair : forger un esprit national capable de transcender les clivages et de soutenir l’effort de reconstruction.
L’investissement dans les infrastructures éducatives occupe également une place centrale. Réhabilitation des salles de classe, modernisation des établissements, développement de l’enseignement technique et professionnel, digitalisation du système éducatif : autant de mesures destinées à améliorer durablement les conditions d’apprentissage. En liant éducation et compétitivité, le Chef de l’État inscrit son action dans une logique de transformation structurelle.
La proclamation de la période 2026-2027 comme année de l’éducation et de la culture représente l’acte politique majeur du discours. Ce choix, présenté comme un acte de souveraineté, affirme que le Mali entend se reconstruire par le savoir et la compétence. L’éducation est érigée en sentier prioritaire de la nation, capable de former un citoyen nouveau et de préparer une relève qualifiée. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033, confirmant la volonté d’inscrire l’action publique dans la durée.
Le Président ne s’est pas limité aux enjeux académiques. Il a évoqué la promotion du sport et la réhabilitation d’infrastructures d’épanouissement, considérant ces espaces comme des outils de discipline et d’unité. Il a également souligné les mécanismes de soutien à l’insertion et à l’entrepreneuriat, insistant sur la valorisation de l’initiative et du mérite. À travers ces mesures, la jeunesse est appelée à devenir moteur économique et social.
La dimension sécuritaire et informationnelle n’a pas été occultée. Le Chef de l’État a rappelé que les menaces actuelles dépassent le champ militaire. Les manipulations, les rumeurs et les campagnes de désinformation sont identifiées comme des instruments visant à fragiliser le moral collectif. En exhortant les jeunes à devenir « sentinelles de la vérité », il confère à la jeunesse un rôle actif dans la défense de la souveraineté nationale.
L’appel à l’union et à la discipline traverse l’ensemble du discours. « La réussite de la transition passe par celle de la jeunesse », a affirmé le Président. Cette articulation place la jeunesse au cœur du processus politique. Elle implique cependant une responsabilité réciproque : l’État doit créer des conditions favorables, la jeunesse doit répondre par l’engagement et la rigueur.
Les préoccupations exprimées par le CNJ, notamment l’opérationnalisation du fonds spécial et l’adaptation du cadre institutionnel, ont été accueillies avec attention. Le Chef de l’État a reconnu la légitimité de ces aspirations, promettant un examen dans le respect des principes de bonne gouvernance. Ce dialogue ouvre la voie à une relation plus structurée entre l’État et les organisations de jeunesse.
Au-delà des annonces, l’efficacité de cette vision dépendra de sa traduction concrète. Les investissements éducatifs devront produire des résultats mesurables en matière d’accès, de qualité et d’insertion professionnelle. Les mécanismes de financement devront être transparents et accessibles. La promotion des valeurs devra s’accompagner d’exemplarité institutionnelle.
La portée symbolique de cette rencontre est indéniable. En affirmant que « investir dans la jeunesse, c’est investir dans l’avenir du Mali », le Président trace une ligne claire : la souveraineté ne se limite pas aux choix diplomatiques ou militaires ; elle se construit aussi par la formation et l’émancipation des générations montantes.
L’intervention se conclut sur une note d’espérance et de détermination. Face aux épreuves, le Chef de l’État appelle à la confiance et à la persévérance. La jeunesse est invitée à préserver l’élan patriotique et à transformer l’énergie en action constructive.
Cette prise de parole à Koulouba apparaît ainsi comme un jalon important de la Transition. Elle dessine un pacte implicite entre l’État et sa jeunesse : ambition partagée, responsabilité assumée, cap maintenu. Si les engagements annoncés trouvent une traduction tangible, l’année 2026 pourrait marquer une consolidation décisive de la dynamique Mali Kura.
« Ma Vision d’avenir » ne se limite pas à un slogan. Elle se présente comme un programme exigeant, fondé sur la conviction que la renaissance du Mali passera par la préparation, l’encadrement et l’engagement conscient de sa jeunesse. Entre ambition nationale et responsabilité générationnelle, le message de Koulouba trace une trajectoire : celle d’un peuple qui choisit de se reconstruire par le savoir, la discipline et l’unité.
PAR EL HADJ SAMBI TOURE