Selon une étude de ‘‘Nature Food’’ de mai qui le classe à la tête du peloton des pays africain, le Mali illustre le potentiel de l’Afrique à devenir un pilier de l’autosuffisance alimentaire mondiale. En investissant dans des infrastructures comme l’irrigation et le stockage, et en facilitant l’accès aux technologies agricoles, le Mali pourrait non seulement consolider ses acquis, mais aussi réduire sa dépendance aux importations. Comment concilier ces performances avec le déficit alimentaire pharaonique déclaré par l’Etat et l’appel à la solidarité internationale pour plus de 450 milliards de besoins à combler ?
La résilience agricole d’un pays
Les données de Nature Food ne sont pas une production de communication politique, mais le résultat d’une étude scientifique internationale. Elles établissent que notre pays fait partie des 8 pays africains classés dans le top 50 mondial en autosuffisance alimentaire, grâce à ses productions de base (céréales traditionnelles, féculents, fruits).
Cela le place en tête des pays africains dans ce domaine, devant le Niger (29e), le Cameroun (30e), le Sénégal (31e), le Soudan du Sud (34e), la Tunisie (39e), le Malawi (43e) et le Maroc (50e). Concrètement, le Mali produit 107 % de ses besoins en fruits et 236 % en féculents (comme le mil, le sorgho et le manioc), illustrant une agriculture de subsistance robuste et adaptée aux réalités locales.
Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard, mais d’une résilience historique face aux chocs climatiques et aux contraintes sahéliennes, soutenue par des pratiques agricoles traditionnelles qui ont été préservées et renforcées sous la transition militaire.
Loin d’un pays «arriéré», cela positionne le Mali comme un modèle africain de souveraineté alimentaire, capable de nourrir sa population sans dépendre massivement des importations, contrairement à de nombreux États dits «stables» en Afrique subsaharienne.
Cela démontre que, loin d’être un pays « incapable » de nourrir sa population, le Mali possède des ressources agricoles solides et une capacité de résilience remarquable malgré un contexte politique et sécuritaire difficile.
Dépasser la caricature du « pays arriéré »
Qualifier le Mali d’« arriéré » nie la réalité de son savoir-faire agricole endogène, basé sur des cultures adaptées au climat sahélien (mil, sorgho, manioc) et sur la gestion communautaire des terres.
L’image véhiculée d’un pays « affamé et sous perfusion internationale » est une simplification qui occulte : les excédents réels dans certaines filières (féculents à 236 % des besoins) ; l’autonomie acquise dans des produits clés de consommation locale ; et la capacité de résistance face aux crises mondiales (hausse des prix du blé, du riz importé).
La contradiction est donc claire : les données scientifiques invalident le stéréotype misérabiliste.
Cette performance contredit directement l’idée d’un Mali paralysé par un «joug autoritaire». Sous la direction de l’armée, le pays a maintenu et même amplifié ses excédents agricoles, malgré les sanctions régionales (comme celles de la CEDEAO en 2022) et les tensions sécuritaires avec les groupes jihadistes.
Les autorités de la transition ont priorisé l’agriculture comme pilier de la souveraineté, en investissant dans des cultures de base et en promouvant une économie plus autonome, alignée sur les aspirations panafricaines.
Cela démontre que la gouvernance militaire, souvent critiquée pour son autoritarisme, peut générer des résultats concrets en matière de développement, en se focalisant sur les besoins essentiels plutôt que sur des modèles importés. Par exemple, alors que des narratifs pessimistes évoquent une régression économique, ces données montrent un potentiel pour transformer l’agriculture en moteur de croissance, avec des excédents exportables qui pourraient réduire la dépendance aux aides étrangères.
Relativiser les déficits alimentaires déclarés
Il faut comprendre que les déficits officiellement déclarés par l’État malien concernent surtout : des produits spécifiques (viande, lait, huile, riz importé, blé) ; des régions vulnérables (zones rurales frappées par l’insécurité, déplacés internes, zones sahéliennes en sécheresse) ; et des périodes ponctuelles (mauvaises campagnes agricoles dues au climat ou à l’instabilité sécuritaire).
Ces déficits ne contredisent donc pas l’autosuffisance relative mesurée globalement, mais révèlent une inégale répartition des surplus et un manque d’infrastructures de stockage, de transformation et de distribution.
En d’autres termes : notre pays produit assez pour être classé parmi les leaders africains, mais il n’arrive pas encore à transformer et redistribuer efficacement ses ressources.
L’appel à la solidarité internationale est un paradoxe apparent, mais explicable. En effet, l’appel de l’État malien à la solidarité internationale ne signifie pas que le pays est incapable de nourrir sa population dans l’absolu.
Ce dont il s’agit est une demande de soutien d’urgence face à des crises localisées (déplacés internes, zones en insécurité, sécheresse) et la reconnaissance que l’autosuffisance globale ne se traduit pas encore en sécurité alimentaire pour tous. Il n’y a donc pas contradiction, mais plutôt complémentarité : le Mali est globalement autosuffisant en production, mais reste fragile dans sa gestion logistique et sociale de la sécurité alimentaire.
Reconnaître le potentiel agricole et mobiliser des ressources
Pour mettre ces constats positifs en parallèle avec les déficits alimentaires officiellement déclarés par les autorités de la transition et les appels à la solidarité internationale, il faut souligner que l’autosuffisance mesurée par l’étude porte sur la production brute par rapport aux besoins nationaux en certaines catégories alimentaires (fruits et féculents), mais n’intègre pas l’ensemble des défis structurels, distributifs et conjoncturels qui génèrent des vulnérabilités.
Les excédents en cultures de base coexistent avec des faiblesses spécifiques, comme les déficits en viande et produits laitiers dus à un manque d’investissements en élevage intensif et infrastructures de transformation, aggravés par des chocs climatiques (sécheresses récurrentes) et des conflits armés, disruptant les chaînes d’approvisionnement.
Ainsi, malgré une production robuste, l’accès alimentaire reste inégal : en 2025, le gouvernement de transition, à travers le Commissariat à la Sécurité Alimentaire, a tablé sur 462 milliards CFA pour répondre à l’insécurité alimentaire affectant environ 1,47 million de personnes, avec des appels à l’aide humanitaire pour combler les gaps en nutrition d’urgence.
Le Plan de Réponse Humanitaire 2025 estime que 6,4 millions de personnes (27,7 % de la population) nécessitent une assistance, avec des appels à la solidarité internationale pour financer des interventions ciblées en nutrition, agriculture résiliente et gestion de l’eau, face à des coupes budgétaires des donateurs.
Ces déclarations officielles ne nient pas le potentiel agricole, mais visent à mobiliser des ressources pour transformer les excédents en sécurité durable, en investissant dans l’irrigation, le stockage et la diversification (e.g., élevage).
En somme, les constats positifs révèlent un fondement solide pour l’autonomie, tandis que les appels à l’aide adressent les vulnérabilités transitoires, renforçant une stratégie hybride où production locale et soutien international se complètent pour un développement inclusif.
Transformer un constat scientifique en réponse stratégique
Face aux narratifs pessimistes, la meilleure réponse n’est pas de nier les difficultés, mais de mettre en avant : nos acquis à travers un Mali qui nourrit déjà largement sa population par ses propres moyens ; nos défis ciblés (viande, lait, infrastructures, irrigation) ; notre trajectoire qui est de transformer l’autosuffisance relative en véritable sécurité alimentaire, avec à la clé un moteur de développement économique national.
Ainsi, loin d’être un « pays en ruine », notre pays apparaît comme un laboratoire africain de résilience agricole, en avance sur plusieurs de ses voisins.
Les narratifs pessimistes occultent une réalité objective : le Mali fait partie des rares pays africains capables de couvrir une grande partie de ses besoins alimentaires par sa propre production.
Les déficits déclarés par l’État ne traduisent pas une incapacité structurelle, mais des déséquilibres d’accès et de distribution, corrigibles par l’investissement dans les infrastructures. Notre pays, malgré ses difficultés, illustre qu’un pays sous transition politique peut être à la fois résilient, productif et porteur d’espoir pour l’Afrique.
Certes, le Mali connaît encore des déficits alimentaires ponctuels qui justifient les appels à la solidarité internationale. Mais il faut être clair : ces déficits concernent principalement des produits spécifiques (lait, viande, riz importé, blé) ou des zones vulnérables (régions frappées par l’insécurité, déplacés internes, zones en sécheresse). Ils n’invalident en rien le constat global : le Mali est capable de produire assez pour nourrir sa population.
Ce que nous vivons n’est pas une incapacité structurelle à produire, mais une difficulté à transformer, stocker et redistribuer équitablement nos excédents.
Autrement dit : le problème n’est pas l’absence de denrées, mais le manque d’infrastructures et de logistique pour les acheminer aux plus fragiles.
Ce constat met en lumière une contradiction que certains commentateurs préfèrent ignorer : comment un pays qualifié d’« arriéré » par ses détracteurs peut-il se hisser parmi les leaders africains en autosuffisance alimentaire ?
La vérité est simple : le Mali a su préserver une agriculture vivrière solide, adaptée à son environnement, là où d’autres ont cédé à la dépendance totale aux importations. Cette capacité de résistance face aux crises mondiales (hausse des prix du blé, perturbations logistiques liées aux conflits internationaux) devrait être reconnue comme une force et non travestie en faiblesse.
Transformer l’acquis en modèle continental
Plutôt que de s’enfermer dans une vision misérabiliste, il est temps de considérer le potentiel. En investissant dans l’irrigation, le stockage, la transformation agroalimentaire et l’élevage moderne, notre pays pourrait transformer son autosuffisance relative en véritable sécurité alimentaire durable.
Au-delà de nourrir sa population, il pourrait faire de son agriculture un levier de développement économique et d’exportation, inspirant le continent africain.
Répondre aux narratifs négatifs ne consiste pas à nier nos difficultés. Elles sont réelles : insécurité persistante, sécheresses récurrentes, faiblesse des infrastructures.
Mais il est essentiel de rappeler que le Mali n’est pas condamné à l’image d’un éternel assisté. Nous avons déjà prouvé, chiffres à l’appui, que nous pouvons nourrir notre peuple par nos propres moyens. C’est cela, la vérité qui dérange.
Aux caricatures d’un Mali « en ruine » sous transition militaire, opposons la réalité d’un pays qui figure parmi les plus autosuffisants d’Afrique. Nos défis sont réels, mais nos acquis sont incontestables. Plutôt que de s’apitoyer sur un Mali imaginé par d’autres, appuyons-nous sur ce que nous avons déjà construit : une résilience agricole qui peut devenir la clé de notre indépendance économique et politique.
En somme, face aux discours pessimistes, on peut rétorquer que notre pays, sous sa gouvernance militaire, incarne une Afrique émergente et résiliente, capable de briller sur la scène mondiale en autosuffisance alimentaire. Cela invite à une lecture plus équilibrée : plutôt qu’un État sous joug, c’est un pays en pleine affirmation de sa souveraineté, offrant un contre-exemple inspirant pour le continent. Pour consolider cela, des investissements stratégiques en infrastructures et technologies pourraient propulser notre pays vers une autosuffisance totale, transformant ses défis en opportunités de leadership régional.
El Hadj Sambi TOURÉ