Par tribunes interposées, la question de la position de l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga sur la vision, la mémoire et l’héritage du premier président de la République a été largement évoquée sur les réseaux sociaux. De manière presque unanime, les ‘‘démocrates’’ qui refusent toute évaluation de l’héritage du père de l’indépendant ont dressé un échafaud pour pendre celui qui a osé critiquer Modibo Keïta. La question est : comment mettre en parallèle la vision de l’héritier de Moussa Traoré et celle de Modibo Keita pour le rétablissement de l’honneur et de la souveraineté historique de notre nation ?
A priori, ceux qui tirent profit en faisant fonds de commerce de la mémoire de Modibo Keita n’accepteront jamais qu’on parle de Choguel Kokalla Maïga à côté de celui qui a été renversé par le mentor de ce dernier. Pour cette seule et unique raison : le coup d’Etat du 19 novembre 1968. Sauf que le Mali n’est pas resté figé à cette date fatidique. Mais qu’est-ce qui s’est passé depuis ?
Le dimanche 1e mai 2022, la communauté musulmane de notre pays, à l’instar de la Oumma célèbre l’Aïd El Fitr, jour de pardon, de solidarité, de partage, mais aussi de réconciliation. C’est ce jour plein de symboles que Choguel Kokalla Maïga, alors Premier ministre de notre pays, a choisi pour rendre visite aux familles de nos illustres personnalités disparues qui ont marqué l’histoire contemporaine de notre pays. Il s’est successivement rendu chez les descendants des dirigeants du Parti de la solidarité et du progrès (PSP), dans la grande famille Daba Keïtala et chez la veuve de feu le Président Modibo Keita, dans les familles de feu Mamadou Konaté, d’Abdoul Karim Camara, dit Cabral et chez les veuves des Présidents Moussa Traoré, Amadou Toumani Toure et Ibrahim Boubacar Keïta ainsi que chez la veuve de feu Soumaila Cissé.
À Daba-Keïtala en ce jour de l’Aïd El Fitr, cette initiative, première du genre, d’un Chef du gouvernement, est vivement appréciée et saluée. Les descendants du président Modibo Keïta ont salué la visite de Choguel Kokalla Maïga en témoignant pour l’histoire que de 1968 à aujourd’hui, aucune autorité n’a foulé le sol de cette famille. C’est Choguel qui a été la première autorité qui a officiellement rendu visite à cette famille pour lui présenter ses respects et s’enquérir de ses nouvelles. Selon le porte-parole de la famille, ni un Premier ministre, ni un président, ni un responsable politique, ni aucun de ceux qui s’agitent sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux de télévision ne sont venus les voir, ne serait-ce que pour savoir ce qu’ils vivent.
Quel enseignement tiré de ce témoignage public ? Une nation ne se construit pas dans l’oubli (l’oubli de ceux qui ont forgé son destin) ni dans la confrontation de ceux qui doivent construire ensemble l’avenir.
Elle est le fondement du rassemblement et de la construction d’une union sacrée afin de poser les jalons du Mali Koura. Pour lui, le Mali d’aujourd’hui doit se servir du parcours des héros de notre histoire pour réconcilier les Maliens, en se servant de ce qu’ils ont fait de positif. En 1999, il avait proposé sa philosophie de la réconciliation nationale, dans un mémorandum intitulé « La Réconciliation nationale : pourquoi maintenant et comment ? » qu’il a envoyé à tous les acteurs politiques de l’époque : la réconciliation sur la base de la VÉRITÉ. Le problème, au Mali, est que la vérité n’arrange pas tout le monde, notamment ceux qui font des figures historiques de notre pays des fonds de commerce politique pour exister. Sinon, pourquoi s’opposer à la vérité ? Pourquoi empêcher que la jeunesse malienne connaisse la vraie histoire de notre pays, de l’US-RDA, de Modibo Keïta, des vrais rapports entre Modibo Keïta et Mamadou Konaté, au-delà de la propagande et de la manipulation médiatique ?
Tous ceux qui demandent aujourd’hui le bucher pour Choguel qui a osé parler des accords franco-maliens sont-ils tous des partisans de Modibo ou des braconniers politiques ? Défenseur de Modibo, c’est indémodable et ça rapporte. Sauf que des gens ont appris à faire du commerce de la mémoire de Simbo et à continuer d’exister à travers sa mémoire sans jamais passer par la porte de Daba Keïtala à Ouolofobougou.
Aussi longtemps que la vérité blessera dans notre pays, des sujets de polémiques politiques ou politiciennes occuperont toujours le quotidien des Maliens. Pourquoi, ces faux propriétaires de Modibo ne veulent pas de débat contradictoire sur la vie et le parcours de cet homme d’Etat qui n’appartient plus au Mali seulement ? Comme Mao, qui disait «que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent», Choguel dit qu’une nation est comme un jardin ; c’est la variété des fleurs qui fait sa beauté ; une nation, c’est la diversité des figures, chacune avec sa particularité’’.
PAR EL HADJI SAMBI TOURE