Après une garde à vue de 8 jours, l’ancien Premier ministre, le Dr Choguel Kokalla MAÏGA, a été arrêté ce mardi 19 août 2025, officiellement pour « atteinte aux biens publics ». Le Nil est au Caire, pour une affaire qui aura tenu en haleine l’opinion publique nationale et africaine une semaine. C’est le contraire qui aurait surpris.
Le vieux dinosaure, qui a donné à la transition ses lettres de noblesse et de légitimité, dit rester serein. Convaincu des voix insondables du Seigneur, le second ancien Premier ministre en prison sous la transition ‘‘se dit serein et estime qu’un homme politique doit s’attendre à tout, y compris la prison et la mort’’. S’il ‘‘se réjouit très fortement du fait que son ancien directeur de cabinet, le Professeur Issiaka Ahmadou SINGARE, âgé de 80 ans, soit poursuivi non détenu dans le même dossier’’, Choguel Kokalla MAÏGA se console aussi qu’il laisse dehors une armée de patriotes maliens qui ne se trompe pas et qui n’a jamais douté de son innocence. Comme Moussa MARA, depuis ses sorties successives sur des sujets d’intérêt national où il estimait être en devoir de réagir, un lynchage médiatique d’envergure avait été orchestré au plan national et international pour saper sa réputation et sa probité avant de l’humilier dans un enfermement qui interroge. Qu’est-ce qui vaut à Choguel Kokalla MAÏGA d’être emprisonné ?
Au-delà de l’objectif de faire peur à tout le monde, de faire comprendre à tous que désormais, après l’emprisonnement de MARA et la garde à vue de Choguel pendant 8 jours sans qu’aucune poule ne soit incommodée, que rien n’est impossible au Mali, on reproche à l’ancien Premier ministre d’avoir attenté aux biens publics.
Concrètement le rapport final de vérification financière et de conformité du Bureau du Vérificateur Général (BVG) du Mali, publié le 30 décembre 2024, concernant la Gestion de l’Agence de Gestion du Fonds d’Accès Universel (AGEFAU) et celle de la Primature pour les exercices 2021, 2022, 2023 et jusqu’au 30 novembre 2024, à la base de son enfermement, pointe plusieurs irrégularités.

De quoi s’agit-il exactement ?
Sur le filet social
Le rapport croit avoir épinglé sur des décisions de mandatement signées par le directeur de cabinet de l’exécution de dépenses non éligibles. Or, dans la loi malienne, nulle part, il n’existe une liste règlementaire (nomenclature) de dépenses liées au filet social. En conséquence, les dépenses sur le filet social sont faites à la discrétion du Premier ministre. C’est ainsi qu’il en a été sous tous les Premiers ministres qui se sont succédé au Mali. De surcroit, aucune loi ou texte n’encadre la gestion du filet social. Chaque Premier ministre avant Choguel Kokalla Maïga a géré le filet social à sa discrétion.
Au demeurant, dit-elle, quand une dépense est inéligible, ce sont les spécialistes en la matière (comptable, trésorier payeur) qui rejettent les mandatements. Or, aucun mandat n’a fait l’objet de refus de paiement de leur part. Pour qu’un constat soit pertinent, explique la communication de l’ancien Premier ministre, il faut qu’il viole un texte de loi ou une norme qu’il faut préciser. Est-ce la raison pour laquelle, dans la conclusion du Rapport final, le Vérificateur général (page 22) recommande que : « … Le Filet social gagnerait aussi à être mieux encadré », relève l’équipe de communication de l’ancien Premier ministre.
Sur les fonds de souveraineté
Le rapport du vérificateur général reproche le fait d’avoir fait un paiement irrégulier de dépenses de souveraineté au Premier ministre lors de certaines de ses missions. Selon les spécialistes, l’article 5 du Décret n°2016-001/P-RM du 15 janvier 2016 fixant les conditions et les modalités d’octroi de l’indemnité de déplacement et de mission stipule : « les missions effectuées à l’intérieur et à l’extérieur par le chef de l’État et le Premier ministre font l’objet d’une prise en charge totale sur la base d’un budget présenté au ministre chargé du Budget ». Or, explique la communication de Choguel, toutes les missions qui ont été effectuées par le Premier ministre Choguel Kokalla Maiga et même par les autres Premiers ministres, avant et après lui, ont été effectuées sur la base de cet article 5.
Pour ceux qui savent, le cadre juridique des dépenses de souveraineté du Premier ministre, basé sur le Décret N°0001/P-RM et la Loi N° 2013-028, justifie l’engagement des dépenses, sans limitation explicite. Le rôle du ministre de l’Economie et des Finances (MEF) est central dans la régularisation budgétaire, tandis que la DAF de la Primature n’a qu’un rôle d’exécution.
C’est plus qu’une conviction chez Choguel, c’est une foi immuable : « il y a des plats qu’on ne mange pas, même quand on a faim ! ». En tant Premier ministre, Choguel ne s’occupait pas des détails de la gestion financière de la Primature. Tout ce que ses collaborateurs ont posé comme actes de gestion s’est fait exclusivement en conformité avec ses instructions, les lois et règlements de notre pays. Républicain jusqu’à l’os, l’ancien Premier ministre Choguel Kohalla Maïga fait foi en ses collaborateurs et totalement confiance en la justice du Mali, comme il l’a lui-même rappelé dans une vidéo publiée sur ses comptes des réseaux sociaux.
Instrumentalisation politique :
L’AVC dont a été victime l’ancien PM en août 2022, suivi d’un intérim par Abdoulaye Maïga (alors ministre de l’Administration territoriale), a marqué le début de la marginalisation de l’ancien Premier ministre. Après son retour en décembre 2022, il a été progressivement écarté des décisions clés, ce qui l’aurait conduit à critiquer publiquement la trajectoire de la transition lors de son meeting de clarification du 16 novembre 2024. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été limogé.
L’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a le sentiment net que chercher des poux sur une tête rasée se révèle être une tâche très compliquée. Sinon, pour plusieurs de ses proches, Choguel Kokalla Maïga, bien que Premier ministre, n’avait pas voix au chapitre… au point que même certains des membres de son gouvernement refuseraient de prendre ses appels.
Aussi, qualifie-t-il cette affaire de « chantage politique » et accuse ses ex-alliés d’utiliser le BVG pour tenter de le discréditer et de le faire taire. Il argue que les services de contrôle de l’État, comme le BVG, sont instrumentalisés depuis 1991 pour cibler les opposants politiques tout en soulignant le timing de la saisine, survenue juste avant son limogeage et l’absence de transparence sur l’identité du plaignant, ce qui renforce l’idée d’une démarche orchestrée.
En dépit de l’outrancière persécution politique, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga est resté d’une constance déroutante sur ses positions quand il s’agit de la nation et de la République.
Il a toujours appelé à la tolérance et à la compréhension entre fils d’un même pays, entre acteurs politiques, entre démocrates et patriotes pour le sursaut national dans l’intérêt de notre cher pays. Souverainiste, il a toujours défendu une armée forte, bien équipée et bien formée à laquelle les Maliens doivent soutien à tous les instants et à toutes les occasions. Plus que tous les autres, les ‘‘Moninbo denw’’ ont mérité de la patrie.
Constamment, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga revendique son rôle, à travers le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) dans l’avènement de la transition malienne. Aujourd’hui encore, pour Choguel même en prison, la transition, c’est « notre bébé », et il justifie ses critiques comme un devoir patriotique et de loyauté pour corriger ses dérives. N’teri ŋe a fo i ye, o ye horon ya yé. N’ka n’teri ne tun be a kalama, o ye jafan ye. Il se dit serein face aux épreuves que le sort lui impose, affirmant n’avoir peur que de Dieu et avoir confiance en la justice malienne pour faire la différence entre le vrai et l’ivraie.

PAR ABDOULAYE OUATTARA

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