Le mardi 1er mars 2022, lors d’un point de presse tenu au gouvernorat de Bamako, l’annonce de la naissance d’une Commission provisoire de la mise en place d’une faitière de la société civile a été faite conformément à une proposition faite lors des Assises nationales de la Refondation de fédérer toutes les organisations de la société civile. Le nom de la faitière : Haut Conseil National des Organisations de la Société Civile du Mali composé de plusieurs dizaines d’associations.
Il n’y a-t-il dans notre pays comme on le laisse entendre qu’un seul regroupement de la société civile ?
Si le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC), dirigé par Boureima Allaye Touré s’impose de fait comme l’interlocuteur des pouvoirs publics, force est de noter qu’à côté du CNSC, on note également d’autres encore plus crédibles, reconnues par l’État comme le Forum des Organisations de la Société Civile au Mali (FOSC) de Bakary Doumbia, la Coalition Citoyenne de la Société Civile pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale au Mali (CCSC-PURN) de l’ancien Premier ministre Ahmed Mohamed ag Hamani, Forum pour un autre Mali (FORAM) de Aminata Dramane Traoré…
C’est pourquoi lors des Assises nationales de la Refondation qui se sont déroulées fin décembre 2021, les participants avaient proposé la mise en place d’une structure unique fédérant toutes les organisations de la société civile au Mali.
Aussi, la question pertinente est : en dehors d’une faitière qui fédère toutes les organisations et associations de la société civile reconnues par l’État du Mali, qui peut légitimement et de manière crédible parler au nom de la société civile ?
Bien qu’ayant ce statut d’interface et de « creuset » putatif de la société civile auprès des pouvoirs publics, le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC) n’en est pas un.
En effet, si le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC) affirme avec grandiloquence que «la personne qui a parlé comme membre de la Société Civile du Mali à la réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies n’est associée ni de près ni de loin au Conseil National de la Société Civile du Mali », il admet que ses propos puissent engager « sa personne et son association et non la Société Civile du Mali ».
Le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC) se proclame-t-il pourtant «société civile du Mali» déniant par la même occasion la qualité de «société civile du Mali» à Mme Haidara Aminata Cheick Dicko ?
Dans son communiqué en date du 30 janvier 2023 relatif à l’affaire Aminata Cheick Dicko le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC) se refuse d’endosser le manteau de mandataire de la société civile, et reconnait d’ailleurs à celle qui a parlé devant le Conseil de sécurité la qualité d’« Association de la société civile du Mali » et donc l’appartenance à la « société civile du Mali ».
L’intitulé du communiqué du président Boureima Allaye Touré est à ce sujet sans équivoque : «Communiqué du Conseil national de la société civile sur la déclaration d’une représentante d’une Association de la société civile du Mali au Conseil de sécurité des Nations-Unies». Donc Aminata Dicko est bel et bien certifiée, pardon reconnu, « société civile du Mali » par le Conseil national de la société civile qu’on a sommé de désavouer la dame. Ce qu’il a fait, en divisant, en contentant toutes les parties. Si elle est de la société civile, donc sa représentativité et sa crédibilité ne devraient plus poser de problème. Car ce communiqué blanchit Mme Haïdara.
De ce fait, ce qu’on peut lui reprocher, s’est que le Conseil National de la Société Civile du Mali (CNSC) n’est pas dans le double-jeu et le double langage au point de vouloir diviser la poire en deux entre les partisans fieffés de la transition et Mme Haïdara Aminata Cheick Dicko qu’ils réclament la tête pour haute trahison. Aminata Dicko peut-elle être passible de la haute trahison, des informations faisant état d’une future procédure à son encontre ?
«Haute trahison» désigne, dans le domaine de la justice, un crime qui est considéré comme mettant en danger la sûreté de l’état ; il s’agit d’une très grande déloyauté à l’égard de son état, du chef d’état, du gouvernement, etc. Pour Maurice Duverger, il s’agit d’« un crime politique consistant à abuser de sa fonction pour une action contraire à la Constitution ou aux intérêts supérieurs du pays ».
Georges Vedel estimait quant à lui que la haute trahison était « un manquement d’ordre politique aux obligations de la fonction : c’est une violation grave des devoirs de la charge. […] La haute trahison est donc une notion d’ordre politique non légalement définie. Elle peut d’ailleurs (mais non pas toujours) se doubler d’infractions pénales légalement définies».
Comme on le voit, il faudrait pour ses accusateurs ne pas se contenter de dénonciations passionnelles, aux relents patriotiques, sur les réseaux sociaux, il faut bien prouver qu’elle a été instrumentalisée et qu’elle a tenu un discours sous la dictée et dans l’intérêt de la junte française et non du peuple malien. En d’autres termes, prouver que Mme Haïdara Aminata Cheick Dicko a été utilisée comme moyen par la Junte française dans le but funeste de déstabiliser la transition malienne.
Si notre pays n’a jamais craint la comparaison depuis l’avènement de la démocratisation avec d’autres pays africains en matière de libertés publiques et de droits de l’homme, la prolifération d’organisations politiques et de la «société civile» (souvent plus politisée que les partis politiques) n’a pas toujours été garante à elle seule d’un fonctionnement plus démocratique. La corruption, le clientélisme et le patrimonialise continuent à travers cette société civile et les partis politiques à ordonner et réguler le quotidien des populations, et constituent les principaux modes de légitimité tant sur le plan social que politique et économique. L’instrumentalisation de la société civile depuis le depuis des années 1990 a aujourd’hui ses limites objectives : si le mécontentement social des populations peine à trouver écho dans l’espace public à cause de la non-étanchéité entre les politiques et la société civile (Aminata Dicko est mariée au président d’un parti politique) et entre celle-ci et l’État. Par exemple nul n’est là pour porter les aspirations des populations quant aux prix des denrées de premières nécessités et la vie chère si ce n’est des petites associations à peine audibles… Alors qu’il se trouve, d’autres à avoir les moyens et les relations sont allés baver sur les autorités de la transition à New-York ! Même si la Constitution dit que chacun est libre de ses opinions.
PAR SIKOU BAH