L’international Crisis Group, dans les perspectives de 2026, classe les crises au Mali et au Burkina parmi les 10 conflits à surveiller compte tenu de leur implication.
Pour l’organisation indépendante dont la mission est de prévenir les conflits, 2025 a été une année sanglante. Cependant, alerte-t-elle, 2026 ne s’annonce guère meilleure. Dans son analyse sur la situation sécuritaire et politique du monde, Crisis Group rappelle qu’au cours de l’année écoulée, les combats ont fait rage en Ukraine, au Soudan, au Myanmar et au Sahel, tout comme les affrontements entre gangs à Haïti.
Dans ce contexte de situation sécuritaire volatile dans le monde, Crisis Group a dressé une liste de 10 conflits qui, selon elle, méritent d’être surveillés alors que l’année dernière s’est soldée par de nombreux foyers de tension en Afrique, en Asie, en Europe.
La crise dans notre pays, marquée par plus d’une décennie d’insécurité, est classée par ces conflits à surveiller comme du lait sur le feu au regard de leur implication et au risque de leur aggravation. Et surtout, 2025 a été une année particulièrement éprouvante pour le Mali où les groupes terroristes ont intensifié la pression sur les autorités, par ricochet sur la population, en général.
L’un de ces moyens, rappelle Crisis Group, est la perturbation de l’approvisionnement en carburant, l’imposition de la ségrégation des sexes parmi les voyageurs, ainsi que le port du voile aux femmes se rendant dans la capitale ou en revenant.
En réponse au chaos, les forces armées maliennes et leurs alliés ont tenté de sécuriser les principaux axes routiers, précise l’International Crisis Group. Des escortes militaires accompagnent les longs convois de camions-citernes, tandis que des offensives aériennes et terrestres frappent les positions des groupes armés.
Résultat : fin novembre, plusieurs convois parvenaient à passer sous protection militaire, ce qui a permis de réduire les files d’attente aux pompes à essence et d’améliorer légèrement l’approvisionnement en électricité, notamment à Bamako.
Les objectifs du JNIM sont probablement doubles, analyse Crisis Group. Premièrement, il souhaite enliser les forces maliennes dans les villes et le long des grands axes routiers afin d’étendre son influence en milieu rural.
Deuxièmement, il espère que la pression exercée sur le pouvoir pourrait le renverser. Les djihadistes semblent peu enclins à se battre pour le contrôle de la capitale. Mais si le mécontentement envers les autorités se traduit par des manifestations, l’instabilité qui en résulterait affaiblirait Bamako et pourrait même aboutir à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement moins hostile et plus disposé à reconnaître l’influence du JNIM.
Au même moment, les enlèvements, source traditionnelle de financement, ont atteint des montants record.
« Les enlèvements constituent depuis longtemps une source de revenus pour les militants du Sahel, mais la rançon estimée à 50 millions de dollars qui aurait été versée pour la libération de deux Émiratis a particulièrement enrichi le JNIM », affirme l’organisation indépendante qui déplore l’enlisement de la situation avant de proposer des pistes de réflexions aux autorités.
Pour l’International Crisis Group, l’absence de changement radical rend les perspectives particulièrement sombres. Les autorités militaires sont appelées à ouvrir un dialogue inclusif avec les forces sociales et politiques, à restaurer les relations avec les pays voisins.
D’ailleurs, dans son vœu de nouvel an à la nation, le président de la transition, Assimi GOITA, a annoncé que : « l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques, prévu à l’article 39 de la Constitution. »
S’agissant de l’ouverture du dialogue avec les terroristes, une option validée par différentes rencontres des forces vives de la nation depuis IBK, mais peinant à se concrétiser, Crisis Group invite l’Etat à envisager, malgré les risques, une forme de dialogue avec les insurgés
« Par le passé, les djihadistes ont profité des cessez-le-feu pour consolider leur emprise sur les régions conquises, et des négociations exigeraient des compromis douloureux de la part du gouvernement. Mais il ne reste guère d’autres options. La fenêtre diplomatique se rétrécit, mais elle n’est pas encore fermée », conclut l’analyse.
PAR SIKOU BAH