Le procureur Koné Braman Oumar, nommé en juillet 2023 comme procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan, a adopté ce dimanche 10 août 2025 sur NCI360 une posture particulièrement ferme, contexte de l’élection présidentielle de 2025 oblige en insistant comme tout bon Procureur sur la nécessité de préserver l’ordre public, la sécurité de l’État, la tranquillité des citoyens ivoiriens à vaquer tranquillement à leurs occupations face à toute action subversive.

La fermeté sans concession de la Justice …
Pour lui, « la qualité d’homme politique ne constitue pas une immunité » lorsqu’il s’agit de menaces contre la sécurité de l’État et la paix publique. Il a réitéré à travers des exemples l’engagement du Ministère public à poursuivre toute infraction pénale, peu importe le statut des individus impliqués. Rappelant sa conférence de presse tenue le jeudi 13 février 2025, il a déclaré que son parquet était « prêt, physiquement et psychologiquement, à apporter la réponse judiciaire appropriée à toute action subversive ». Toutes choses qui suggèrent une approche proactive et intransigeante face aux menaces perçues, notamment dans le contexte préélectoral.
Balayant les accusations de politisation judiciaire, notamment la traque effrénée aux opposants qui font l’objet d’un acharnement politique, le Procureur Koné Braman Oumar a fermement nié toute motivation partisane, et a insisté sur le fait que « le temps de la justice n’est pas celui des politiciens » et que les décisions judiciaires ne sont pas dictées par des calculs politiques.
Toutefois, la soudaine fermeté par le Procureur d’Abidjan pour beaucoup est apparue pour beaucoup comme une réponse « arrogante » aux questionnement légitimes et une assurance excessive du régime en place à l’égard des enjeux et contexte. Ce qui nourrit un sentiment d’intimidation dans les rangs de ses cibles politiques, qui pourraient voir dans cette fermeté affichée une tentative de limiter leur espace d’expression et leur droit constitutionnel de marcher.

… dans une Côte d’Ivoire tolérante et respectueuse des droits
La Côte d’Ivoire, sous la présidence d’Alassane Dramane Ouattara, cherche à projeter une image de stabilité, de démocratie et de respect des droits constitutionnels, à côté et par défiance à ses voisins jugés peu aimablement de trio de putschistes particulièrement à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Dans son adresse à la nation à l’occasion du nouvel an 2025, le président ivoirien a promis un scrutin « apaisé, transparent et démocratique ». Cet engagement vise à renforcer la légitimité du processus électoral et à rassurer les partenaires internationaux sur la maturité démocratique du pays. Les débats politiques qui accueillent des représentants du pouvoir (RHDP) et de l’opposition, ainsi que des analystes indépendants, témoignent d’un certain pluralisme dans le débat public.
Dans ces conditions, la fermeté du procureur Koné Braman Oumar et l’image d’une Côte d’Ivoire tolérante et démocratique font hiatus entre deux objectifs : la préservation de la stabilité et la promotion d’un espace démocratique inclusif. Elle peut être vue comme un moyen de garantir la stabilité nécessaire à un processus électoral apaisé. En mettant en avant la primauté de la loi, Koné Braman Oumar cherche à dissuader les actes qui pourraient déstabiliser le pays, ce qui est cohérent avec l’objectif d’un scrutin transparent et sécurisé. Les actions du procureur s’inscrivent dans le cadre du code pénal et de la justice constitutionnelle, qui sont des piliers de l’État de droit. En ce sens, sa fermeté peut être interprétée comme un effort pour renforcer les institutions démocratiques.
Toutefois, la rhétorique musclée et va-t-en guerre du procureur, qualifiée d’« arrogante » par certains, risque de donner l’impression que la justice est utilisée pour museler l’opposition qui a réussi ce samedi 9 août une démonstration de force historique. Les condamnations de figures comme Damana Pickass, proche de Laurent Gbagbo, alimentent les accusations d’acharnement politique, ce qui nuit à l’image de tolérance et d’ouverture.
Par ailleurs, la fermeté du procureur, bien qu’ancrée dans la loi, peut être aussi perçue comme limitant l’espace d’expression politique, surtout dans un contexte préélectoral où les tensions sont vives. Cela contraste avec l’idéal d’une démocratie pluraliste où toutes les voix, y compris celles de l’opposition, devraient être librement exprimées. Bien que le Procureur rejette les accusations de politisation, le fait qu’il ait été nommé par décret présidentiel et que ses interventions coïncident avec une période électorale sensible peuvent alimenter les doutes sur l’indépendance de la justice, un élément crucial pour une démocratie respectueuse des droits.

Jusqu’où devrait-t-on concilier ?
Les dynamiques sous-jacentes, les implications politiques et sociales, ainsi que les perceptions nationales et internationales de la fermeté du procureur Koné Braman Oumar, en contraste avec l’image d’une Côte d’Ivoire tolérante et respectueuse des droits et libertés démocratiques peuvent être analysés en trois volets : le contexte politique et judiciaire, les perceptions et impacts sur la société ivoirienne, et les implications pour l’image internationale de la Côte d’Ivoire.

Contexte politique et judiciaire
La fermeté affichée par le procureur Koné Braman Oumar s’inscrit dans un contexte politique tendu à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Comme chacun le sait, la Côte d’Ivoire a une histoire de crises électorales violentes, notamment en 2010-2011, qui ont conduit à des milliers de morts et à une intervention internationale. Cette mémoire collective rend la période préélectorale particulièrement sensible. La rhétorique ferme du procureur, qui insiste sur la répression des actes subversifs, peut être interprétée comme une tentative de prévenir des troubles similaires. Cependant, elle intervient dans un climat où l’opposition, notamment le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PD-CI) de Tidiane Thima, dénoncent une instrumentalisation de la justice qui a avalisé leur exclusion de la présidentielle.
Nommé par décret présidentiel en juillet 2023, le Procureur Koné incarne une justice alignée sur l’exécutif dans un contexte où le parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), cherche à consolider sa mainmise sur le pouvoir. Ses interventions publiques, où il adopte un ton direct et sans concessions, renforcent l’image d’une justice proactive. Cette perception est exacerbée par le fait que des figures de l’opposition, comme celles liées au PPA-CI, sont souvent ciblées, tandis que les infractions imputées à des proches du pouvoir semblent moins poursuivies.

La Perception de la société
La fermeté du procureur et l’image d’une Côte d’Ivoire démocratique ont des répercussions différentes selon les groupes sociaux et politiques.
La rhétorique de Koné Braman, bien qu’ancrée dans un habillage légaliste, accentue la polarisation entre le pouvoir et l’opposition. Les débats récents montrent une fracture nette : les représentants du RHDP soutiennent la fermeté comme nécessaire à la stabilité, tandis que les opposants et certains analystes y voient une menace à la démocratie. Cette polarisation est visible sur les réseaux sociaux qui critiquent le procureur pour son ton perçu comme intimidant, tandis que d’autres saluent son engagement à faire respecter la loi. Cette division risque de creuser le fossé entre les pro-RHDP et les pro-oppositions, rendant difficile un consensus national sur les priorités démocratiques.
La fermeté du procureur d’Abidjan, notamment ses mises en garde contre les « agissements subversifs », peut avoir un effet dissuasif sur la liberté d’expression et de mobilisation comme ici chez nous au Mali. Les porte-plumes et les porte-voix de l’opposition, craignant des poursuites, pourraient hésiter à critiquer ouvertement le gouvernement. Cela contraste avec l’image d’une Côte d’Ivoire pluraliste, les opposants, dit-on, marchent sans crainte de répression.
En Côte d’Ivoire, les gens ayant la perception d’une justice à deux vitesses, où les opposants sont plus souvent ciblés, érode leur confiance dans les institutions judiciaires. Bien que le procureur insiste sur l’indépendance de ses actions, le contexte de sa nomination et la coïncidence de ses interventions avec la grande marche du Front commun de l’opposition ivoirienne alimentent les doutes. Une justice perçue comme partiale risque de fragiliser l’image d’une Côte d’Ivoire respectueuse des droits constitutionnels comme le chantent les relais anti-transition.

L’image de la Côte d’Ivoire
Enfin, l’image internationale d’une Côte d’Ivoire conciliante et inclusive dépend de sa capacité à concilier la fermeté sécuritaire avec le respect des normes démocratiques. La Côte d’Ivoire, membre actif de la CEDEAO, de l’Union européenne et des Nations Unies, est sous le regard des organisations internationales. Or, la fermeté judiciaire, si elle est perçue comme une répression ciblée de l’opposition, pourrait nuire à l’image du pays de PRADO. En revanche, une justice ferme mais transparente pourrait renforcer la crédibilité du pays comme modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest.
Dans la région ouest-africaine, où des coups d’État et des crises politiques sont légions (Mali, Burkina Faso, Niger), la Côte d’Ivoire du président Alassane Dramane Ouattara se positionne comme un îlot de stabilité et de tolérance démocratique qui accueille la plupart des fuyards du Mali. La fermeté du procureur peut être vue comme un effort pour éviter le scénario de ces voisins, même si elle doit être équilibrée pour ne pas ressembler à une dérive autoritaire, comme celle observée dans certains pays de la sous-région. Une Côte d’Ivoire qui parvient à organiser des élections transparentes tout en maintenant l’ordre public renforcerait cette image de leadership régional.

Quelles solutions préconisées ?
Pour y parvenir, la fermeté du Ministère public reflète une volonté de garantir la stabilité dans un contexte préélectoral tendu, mais elle entre en conflit avec l’image d’une Côte d’Ivoire tolérante et respectueuse des droits. Cette contradiction révèle un défi fondamental : comment maintenir l’ordre public tout en préservant un espace démocratique inclusif ?
Nous avons la faiblesse d’esprit de croire que le parquet devrait communiquer de manière plus détaillée sur les bases légales des poursuites pour dissiper les accusations de politisation. Une communication sur les affaires en cours pourrait renforcer la confiance.
Partisans indécrottables du dialogue, nous sommes aussi de ceux qui estiment que le gouvernement pourrait encourager un dialogue inclusif avec le Front commun pour apaiser les tensions et démontrer son engagement pour une démocratie pluraliste. De la même manière, nous prônons comme beaucoup, des réformes pour garantir une plus grande autonomie du parquet vis-à-vis de l’exécutif, comme des mécanismes de nomination plus indépendants, pourraient améliorer la perception de la justice. Pour ce qui est du rôle des médias et singulièrement des réseaux sociaux, ils se devraient de veiller à équilibrer les voix pour éviter d’être perçues comme des relais du pouvoir, renforçant ainsi leur crédibilité comme espace de débat démocratique.

Conclusion
La fermeté prônée par le procureur d’Abidjan Koné Braman Oumar qui reflète une volonté de protéger la stabilité de l’État contraste avec l’image d’une Côte d’Ivoire tolérante et respectueuse des droits démocratiques comme on le voit sur les réseaux sociaux. Si la sécurité est un prérequis pour des élections apaisées, une application trop rigide ou perçue comme partisane de la justice risque de fragiliser la confiance dans les institutions et de polariser davantage le paysage politique. Pour concilier ces deux aspects, il serait essentiel que les actions judiciaires soient perçues comme transparentes, impartiales et proportionnées, afin de renforcer la légitimité de l’État de droit tout en préservant l’espace pour un débat politique pluraliste.

El Hadj Sambi Touré

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