Fidèle à la tradition, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accordé ce samedi 7 février 2026 un entretien aux médias sur les principaux dossiers politiques, économiques et sociaux du pays, y compris les projets stratégiques et la situation internationale. Lors de son entretien périodique avec les représentants de la presse algérienne, Abdelmadjid Tebboune, est revenu sur les relations de son pays avec chacun de ses voisins (la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et la Libye). Il a insisté sur l’importance du respect de la souveraineté, du dialogue fraternel et de la coopération dans des secteurs-clés comme la santé et l’éducation, tout en soulignant l’existence d’un passé commun avec plusieurs pays de la région.
Les déclarations sur notre pays du président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de son entretien périodique de ce samedi 7 février 2026 ont ravivé une blessure diplomatique jamais totalement refermée entre nos deux pays. En affirmant que la crise « vient d’eux », en évoquant une réconciliation « entre le nord et le sud » et en mettant en garde le Mali contre ceux qui « viennent par derrière, arment, séduisent et prennent les richesses », le chef de l’État algérien adopte un ton qui interroge autant sur le fond que sur l’intention. Derrière la rhétorique apaisante, perce une vision paternaliste qui heurte notre souveraineté.
La question centrale est simple : le Mali a-t-il tort d’alléguer une immixtion algérienne dans ses affaires intérieures ? Lorsqu’un voisin se permet de qualifier la crise d’un État souverain en termes géopolitiques réducteurs (« nord » contre « sud »), lorsqu’il s’érige en arbitre moral des choix sécuritaires et des partenariats stratégiques de notre pays, il dépasse le cadre de la simple opinion. Il suggère une lecture imposée, sans consultation, et une solution décrétée d’en haut. C’est précisément ce que conteste le Mali : le droit d’un tiers à décider à sa place.
Le paternalisme est d’autant plus manifeste que l’avertissement adressé à notre pays ( de ne pas se laisser « séduire » par ceux qui fournissent des armes et prennent des richesses) n’est étayé par aucune preuve publique. En diplomatie, l’allusion vaut souvent accusation. Ici, elle fonctionne comme une mise en garde condescendante, insinuant que notre pays serait manipulé, incapable de discernement stratégique. Or, qui peut sérieusement prétendre choisir à la place de notre peuple ses alliances, ses priorités sécuritaires et économiques ? La souveraineté n’est pas négociable ; elle se vit, se défend et s’exerce.
Cette posture renvoie à un malaise plus ancien : la tentation, chez certains cercles algériens, de considérer le Mali comme un espace d’influence naturelle, sinon comme une extension périphérique. D’où la question qui fâche : l’Algérie n’entretient-elle pas, consciemment ou non, une vision qui phagocyte la souveraineté malienne ? Les mots ont un poids. Parler d’un accord « entre le nord et le sud » n’est pas neutre ; cela entérine une partition symbolique que le Mali n’a jamais reconnue, que le Mali ne reconnaitra jamais.
Sur ce point, la rupture par notre pays de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger doit être analysée sans caricature. Le Mali a-t-il tort de rompre avec des groupes armés alliés à des terroristes, surtout lorsque certains de leurs cadres trouvent asile, gîte et couvert de l’autre côté de la frontière après la reprise de Kidal ? La souveraineté implique la capacité de rompre des arrangements devenus incompatibles avec l’intégrité territoriale et la sécurité nationale. Un accord n’est pas un fétiche, pardon une sourate du Coran ; il vaut tant qu’il sert la paix et l’unité, pas lorsqu’il fige des rapports de force au détriment de l’État.
L’ambiguïté algérienne est d’autant plus problématique que l’Accord d’Alger n’a jamais opposé un « nord » à un « sud ». Les parties signataires étaient la République du Mali et des mouvements armés. En reformulant a posteriori la nature du conflit, Alger réécrit l’histoire récente et accrédite une lecture binaire dangereuse. Comment un ex-médiateur peut-il prétendre arbitrer un conflit qu’il contribue, par ses mots, à segmenter ? La neutralité exige la précision, pas l’approximation.
Dès lors, que cherche réellement le président Tebboune en affirmant avoir arbitré entre le « nord » et le « sud » du Mali ? La question mérite d’être posée sans invective. Est-ce une maladresse lexicale, un lapsus révélateur, ou l’aveu d’une vision stratégique où la partition serait une variable de stabilisation régionale ? Qu’à Dieu ne plaise. Mais l’histoire enseigne que les partitions commencent souvent par des mots.
Pour l’avenir, le Mali doit adopter une ligne claire : dialogue franc avec l’Algérie, sans naïveté ni complaisance ; coopération sécuritaire lorsque les intérêts convergent ; fermeté absolue sur l’unité nationale et le choix souverain des partenariats. La paix durable au Sahel ne se construira ni par l’injonction ni par la tutelle, mais par le respect mutuel des États.
Le Mali n’a pas à se justifier d’exister pleinement comme État souverain. Il n’a pas à demander permission pour se défendre, ni à se voir dicter ses alliances. La stabilité régionale passe par un principe simple : aucun voisin n’est fondé à parler à la place du Mali, encore moins à découper symboliquement son territoire. L’histoire jugera. Mais dès aujourd’hui, la clarté s’impose : l’unité du Mali n’est pas négociable, et sa souveraineté ne se partage pas.
Barakallahou fikoum

El Hadj Sambi Assa Touré

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *