Le Conseil des droits de l’homme a ouvert hier matin les travaux de sa 61e session, qui se tiennent à Genève jusqu’au 31 mars prochain sous la présidence de Sidharto Reza Suryodipuro. Cette session qui se tient dans un contexte où la force tend à supplanter le droit, l’ONU appelle à préserver un espace de dialogue et d’affirmer l’universalité des libertés fondamentales.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par de nombreuses interventions, notamment celle du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres ; du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk; de la Présidente de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock; et du Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, Ignazio Cassis.
Lors de son speech, le Secrétaire général a d’emblée mis en garde contre le fait que les droits humains soient la cible d’une attaque de grande envergure partout dans le monde et que l’état de droit soit écrasé par la loi du plus fort.
« Quand les droits humains s’effritent, tout le reste s’écroule : la paix, le développement, la cohésion sociale, la confiance et la stabilité », a souligné M. Guterres, en ajoutant que les instruments du Conseil des droits de l’homme, notamment les procédures spéciales, les rapporteurs spéciaux et rapporteuses spéciales, les mécanismes d’enquête et l’Examen périodique universel sont aussi indispensables.
M. Guterres a évoqué le quatrième anniversaire de « l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Fédération de Russie », « une invasion qui a entraîné la mort de plus de 15 000 civils », et a estimé qu’il était « plus que grand temps de mettre fin à l’effusion de sang ». Évoquant les « violations flagrantes des droits humains, de la dignité humaine et du droit international dans le Territoire palestinien occupé », le secrétaire général a déclaré que la trajectoire actuelle est sombre, claire et réfléchie : « la solution des deux États est ouvertement rendue inapplicable », a-t-il déploré.
Selon António Guterres, le problème n’est pas l’absence d’institutions ou d’outils juridiques, mais le résultat de « choix politiques ». En d’autres termes, la fragilisation du système international procède moins d’un vide normatif que d’un déficit de volonté.
D’où son appel à réformer les grandes instances mondiales. « Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui reflète le monde d’aujourd’hui, pas celui de 1945 », a-t-il déclaré, élargissant la réflexion à l’architecture financière internationale afin d’assurer une représentation plus équitable des pays en développement.
« Il en va de même pour l’architecture financière internationale, afin de garantir aux pays en développement une participation réelle et une voix qui compte », a-t-il soutenu.
Prenant la parole, M. Türk a estimé que certains dirigeants se considèrent désormais « au-dessus du droit et au-dessus de la Charte des Nations Unies », remettant en cause l’équilibre même du système multilatéral.
Il a rappelé que des menaces incendiaires sont proférées contre des nations souveraines, sans égard pour l’embrasement qu’elles pourraient provoquer, tandis que les lois de la guerre sont brutalement violées et que des souffrances massives sont infligées aux civils, du Soudan à Gaza, de l’Ukraine au Myanmar, a déploré le Haut-Commissaire.
Quant à Mme Baerbock, elle a demandé aux États de protéger les principes interdépendants de la Charte des Nations Unies, à savoir la paix et la sécurité, le développement, et les droits de l’homme. Elle a insisté sur la nécessité d’un engagement clair de la part de tous les États Membres pour faire respecter les droits des réfugiés, interdire les mariages d’enfants, et faire face aux « propagandes antisémites, racistes ou islamophobes qui entendent rédiger notre droit civil et notre droit pénal ».
Le travail autour des droits de l’homme n’est pas statique et doit évoluer en même temps que les nouvelles menaces à la dignité humaine, a ajouté Mme Baerbock.
Enfin, M. Cassis a fait observer que « les droits de l’homme ne sont pas un luxe mais une nécessité, une boussole ». Il a souligné l’importance de faire preuve de clarté et de discipline et, alors qu’il n’est pas possible de tout faire, de concentrer les efforts là où les droits sont le plus menacés et de viser un impact réel. Il a précisé qu’il s’agissait de l’approche retenue par la Suisse : se recentrer sur l’essentiel, la protection de l’individu et de ses libertés fondamentales, tout en réaffirmant l’universalité et l’indivisibilité des droits.
Dans un monde fragmenté, il est essentiel de préserver des lieux où le dialogue reste possible, surtout lorsque les positions divergent profondément, a rappelé M. Cassis, avant de souligner que Genève est l’un de ces lieux.
PAR SIKOU BAH