Relayées par des sources sécuritaires anonymes, des activistes, des vidéomans, des blogueurs ou de médias classiques, ces rumeurs n’ont pas reçu à ce jour encore de confirmation officielle. Bien que des démentis émergent çà et là, les qualifiant de “fake news” ou de manipulation. Notre pays est un terrain fertile pour la désinformation depuis les coups d’État de 2020-2021, amplifiée par les réseaux sociaux et les tensions régionales. Dans ce contexte singulier, qui gagne de la propagation des rumeurs ?
La désinformation et la manipulation créent un brouillard qui profite souvent à ceux qui contrôlent l’information officielle, tout en permettant à leurs adversaires de semer le doute. Voici une décomposition équilibrée :
1. Les adversaires de la transition et leurs relais médiatiques (figures politiques exilées, activistes pro-démocratie, ou alliés internationaux comme certains médias occidentaux) pourraient profiter de ces rumeurs pour highlighter l’instabilité interne de la transition contre laquelle ils ne décolèrent pas d’avoir remis le retour à l’ordre constitutionnel à plus tard.
Ils espèrent ainsi mobiliser l’opinion internationale contre le Mali et ses autorités qui s’accrochent, en dépeignant celles-ci comme n’hésitant devant rien pour rester au pouvoir. Les adversaires de la transition soulignent que ces arrestations reflètent des “grondements” au sein de l’armée, dus à des frustrations sur le traitement préférentiel des partenaires russes par rapport aux FAMa. Certains accusent même la transition de “manœuvres manipulatrices” pour consolider son pouvoir, suggérant que les rumeurs servent de prétexte à des purges plutôt qu’à une réelle menace. Toutes choses qui, espèrent-ils, renforceraient leur narratif d’un régime autoritaire, affaiblissant la légitimité de la transition et attirant des pressions extérieures sur le Mali. Comme si cela faisait peur.

2. Les autorités maliennes et l’armée peuvent exploiter ces rumeurs pour justifier des arrestations internes, éliminer des rivaux potentiels (comme des officiers proches d’anciens ministres) et consolider leur emprise sur l’armée. En accusant des “traîtres” ou des influences étrangères (France, USA), ils pourraient renforcer le narratif souverainiste anti-impérialiste, unifiant les soutiens pro-AES (Alliance des États du Sahel). Mais jusqu’ici, que nenni, que nenni.
Pour beaucoup de partisans éclairés de la transition (comme le parlementaire Makan Tounkara) ces rumeurs sont des “fake news” orchestrées par des relais “blogueurs et journalistes pro-français”. Ce qui victimise le régime de la transition et blâme l’Occident tout en détournant l’attention des problèmes réels que vivent les Maliens (terrorisme, insécurité, conjoncture économique, déficit alimentaire avant même la période de soudure) et légitimant une répression accrue contre les voix divergentes.
En laissant les rumeurs circuler avant de démentir, l’armée et le gouvernement, jusqu’à ce lundi matin silencieux, pourraient stratégiquement laisser créer une atmosphère de peur bénéfique pour le contrôle du pouvoir. Cependant, si les rumeurs s’amplifient sans contrôle, elles pourraient engendrer de réels problèmes comme révéler de vraies fissures internes, encourager de réels complots ou affaiblir la confiance des populations dans l’armée.

Qui gagne vraiment ?
À court terme, les autorités maliennes et l’armée pourraient tirer leur épingle du jeu avec plus d’avantages, car elles contrôlent les leviers du pouvoir (arrestations, médias d’État) et pourraient transformer les rumeurs en outil de consolidation. Dans un contexte autoritaire, la désinformation sert souvent à justifier la répression et à blâmer des ennemis extérieurs, comme la France accusée de “provocation”. Cependant, les adversaires pourraient gagner à long terme en érodant la légitimité internationale de la transition.
Au finish, à notre humble analyse, personne ne gagne véritablement à ce jeu : la désinformation exacerbe les divisions, affaiblit la cohésion nationale et détourne l’attention des défis réels (sécuritaires, économiques, sociaux, alimentaires). Dans notre pays, comme ailleurs au Sahel, elle menace la stabilité. Les perdants ultimes ne pourraient être que les Maliens, pris en étau entre manipulation et diverses.
El Hadj Sambi Touré

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