Le discours de nouvel an 2026 du Président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, de cette année s’inscrit dans une séquence politique charnière où le verbe présidentiel ne peut plus se limiter à l’incantation ou au simple exercice rituel. Il se veut à la fois bilan assumé de l’année 2025 et acte de projection stratégique dans un contexte national, sous-régional et international profondément recomposé. À travers cette adresse à la nation, le chef de l’État engage non seulement sa parole, mais également la crédibilité de la trajectoire de la Transition face à une opinion publique éprouvée, exigeante et en attente de résultats tangibles.
Le discours intervient dans un Mali soumis à des tensions multiples : insécurité persistante, vulnérabilités économiques, crise énergétique aiguë, pressions diplomatiques et informationnelles, mais aussi dans un espace sahélien en pleine reconfiguration avec l’affirmation de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le propos présidentiel se distingue par une volonté affichée de rompre avec la gestion conjoncturelle des crises pour inscrire l’action publique dans une vision stratégique de long terme, structurée autour de la refondation de l’État, de la souveraineté assumée et de la reconstruction du contrat social.
L’exercice est cependant périlleux. Car si le discours se veut lucide, mobilisateur et structurant, il est également confronté à une réalité sociale marquée par la fatigue sociale, la précarité et une patience citoyenne mise à rude épreuve. L’enjeu central n’est donc plus seulement de convaincre par les mots, mais de démontrer par les actes que les sacrifices consentis produiront des dividendes visibles.
Le décryptage du discours présidentiel que le Quotidien des sans voix propose se veut une lecture analytique, sans complaisance ni procès d’intention : ses constats, ses promesses, ses cohérences mais aussi ses zones de fragilité. Il s’agit d’interroger, au-delà du discours, la capacité réelle de l’État de transition à transformer l’ambition proclamée en progrès concret pour les Maliens.

1. Quelle a été la réponse aux défis et épreuves affrontés par la Nation en 2025 ?

Le discours d’Assimi Goïta dresse un tableau sans complaisance des plaies béantes qui ont saigné le Mali en 2025, révélant une nation aux prises avec des crises interconnectées qui mettent à nu les faiblesses structurelles héritées de décennies de gouvernance défaillante.
Dans son allocution, le chef de l’État a dressé un constat lucide des difficultés traversées par le Mali au cours de l’année 2025.
Sur le plan énergétique, le pays a été confronté à de graves perturbations de l’approvisionnement en carburant, consécutives à des attaques répétées contre des convois vitaux. Cette situation a mis à rude épreuve l’économie nationale, la mobilité des populations et le fonctionnement normal des services.
Sur le plan sécuritaire, la poursuite de la guerre asymétrique contre le terrorisme et le crime organisé a constitué une épreuve permanente. Le président Assimi a rappelé le lourd tribut payé par les Forces armées et de sécurité ainsi que par les civils, rendant hommage aux martyrs tombés pour la défense de la patrie.
Sur le plan informationnel et politique, notre pays a fait face à des campagnes de désinformation, à des tentatives de déstabilisation, d’isolement diplomatique et à des pressions multiformes visant à fragiliser les choix souverains du pays.
Enfin, sur le plan économique, malgré les sanctions persistantes et un environnement régional tendu, l’État a dû maintenir les équilibres macroéconomiques, soutenir les populations par des subventions ciblées et préserver la stabilité sociale.
Ces épreuves, loin d’affaiblir la Nation, ont selon le président Goïta révélé la résilience, le patriotisme et la dignité de notre peuple.

2. Quelles sont les perspectives, stratégies et projets annoncés?

Le président Goïta ne se contente pas de diagnostiquer ; il déploie une vision ambitieuse, ancrée dans «Mali Kura», un cadre prospectif de 2025 à 2033, avec un regard vers 2063, qui rompt avec l’improvisation chronique des régimes passés. Cette stratégie nationale, articulée autour de 12 axes, marque un tournant : du conjoncturel au structurel, de la dépendance à l’autonomie. Elle expose les limites d’un Mali postcolonial, où la souveraineté n’était qu’un slogan vide, et propose une refondation engagée, mais risquée si mal exécutée.
Le discours de Goïta infuse un espoir mesuré, mais l’objectivité commande de le jauger à l’aune des faits, non des mots. Cohérent, il lie diagnostic (crises 2025) à vision (Mali Kura) et solutions (axes structurants), rompant avec les rustines passées. Inscrit dans le long terme, jusqu’à 2063, il priorise le peuple, la jeunesse et la souveraineté, reconnaissant sans fard les souffrances : deuils sécuritaires, précarité énergétique, isolement diplomatique. Le général Assimi Goïta mobilise : patience, unité, persévérance, posant l’État comme garant de résultats.
Pourtant, cet espoir est conditionnel. Les Maliens, las des promesses vaines depuis l’indépendance, scrutent les actes : améliorations tangibles en énergie (fin des pénuries ?), emploi (créations via mines transformées ?), sécurité (réduction des attaques ?), gouvernance (condamnations anticorruptions ?)
Face à ces défis, le président Assimi Goïta a présenté une vision structurante de long terme, articulée autour de la Vision prospective « Mali Kura », adossée à une stratégie nationale de mise en œuvre couvrant la période 2025–2033, avec une ambition clairement projetée à l’horizon 2063.
Cette vision repose sur 12 axes majeurs :
– La souveraineté assumée, rompant avec l’improvisation et la dépendance, tant sur les plans politique, sécuritaire qu’économique.
– La consolidation de la sécurité, à travers la montée en puissance des Forces armées et de sécurité, le renforcement de la coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’opérationnalisation de la force unifiée Mali–Burkina Faso–Niger.
– Un processus de paix endogène, fondé sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, le dialogue entre Maliens, la relance du programme DDR-I et la création d’un Observatoire pour la paix.
– La souveraineté économique, avec la poursuite des réformes dans le secteur minier, la renégociation des contrats, la transformation locale des ressources, la création d’emplois et la modernisation de l’administration financière par la digitalisation.
– La souveraineté énergétique, reposant sur la diversification des sources, des investissements structurants et une meilleure gouvernance du secteur.
– La renaissance culturelle et éducative, marquée par l’officialisation des langues nationales, la valorisation des légitimités traditionnelles et l’éducation aux valeurs patriotiques.
– La gouvernance vertueuse, avec une lutte affirmée contre la corruption, l’impunité et la délinquance économique, notamment par le renforcement des institutions judiciaires spécialisées.
– La refondation du paysage politique, avec l’ouverture de concertations en 2026 autour d’un nouveau cadre légal régissant les partis politiques.
Ces chantiers traduisent une volonté de transformation structurelle plutôt qu’une simple gestion conjoncturelle des crises.

3. Les Maliens peuvent-ils y croire ?

Au regard du discours présidentiel, les Maliens peuvent raisonnablement fonder espoir et confiance prudente sur la trajectoire annoncée. En effet, le discours à la nation à l’occasion du nouvel an 2026 se distingue par : une cohérence stratégique entre diagnostic, vision et solutions proposées ; une inscription dans le long terme, rompant avec les réponses ponctuelles ; une centralité accordée au peuple, à la jeunesse, au capital humain et à la souveraineté nationale ; une reconnaissance explicite des souffrances endurées, sans minimisation des difficultés.
Cependant, cet espoir demeure conditionné à la concrétisation effective des engagements annoncés : amélioration tangible du quotidien, résultats visibles sur l’énergie, l’emploi, la sécurité et la gouvernance. En définitive, ce discours apparaît comme un acte politique de clarification et de mobilisation nationale, appelant les Maliens à la patience, à l’unité et à la persévérance, tout en plaçant l’État face à l’exigence de résultats.

El Hadj Sambi Assa Touré

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