Dans un communiqué en date de ce mercredi 4 février, Human Rights Watch (HRW) s’est une nouvelle fois illustrée par une prise de position à charge contre le Mali et ses alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES). En cause, selon l’ONG : le retrait acté le 29 janvier 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger de la CEDEAO, décision qui, d’après HRW, « saperait l’obligation de rendre des comptes pour les violations des droits humains ». Une lecture biaisée, sélective et profondément hypocrite, qui confirme la dérive militante d’une organisation se posant en arbitre universel, mais pratiquant une indignation à géométrie variable.
HRW feint de découvrir une crise de la justice et des droits humains au Sahel dès lors que les États de l’AES affirment leur souveraineté. L’ONG met sur le même plan des condamnations internationales souvent instrumentalisées, des accusations non établies, et la décision souveraine de quitter une organisation régionale dont les principes fondateurs ont été ouvertement trahis. Car c’est bien là le cœur du problème : la CEDEAO n’est plus perçue par les peuples sahéliens comme un cadre neutre de coopération, mais comme une structure sous influence de puissances extérieures, prompte à sanctionner certains États tout en fermant les yeux sur d’autres violations manifestes.
Ce que Human Rights Watch (HRW) choisit soigneusement d’ignorer, c’est que le retrait de la CEDEAO ne signifie ni abandon de la justice, ni renoncement à la protection des droits humains. Bien au contraire. L’AES a engagé un processus inédit de refondation judiciaire régionale avec la création de la Cour Pénale Sahélienne et des Droits de l’Homme (CPS-DH). Lors de la deuxième réunion tenue en septembre dernier à Niamey, consacrée au suivi de la feuille de route adoptée en mai, cette juridiction a été actée et opérationnalisée. Sa mission est claire : connaître des crimes graves, des violations des droits humains et des crimes transfrontaliers, harmoniser les législations pénales des États membres, renforcer la coopération judiciaire et permettre aux pays de l’AES de poursuivre eux-mêmes les crimes les plus graves, sans dépendre de juridictions extérieures souvent politisées.
Dès lors, une question s’impose : qu’a encore le Mali à faire au sein d’une organisation régionale qui, en violation de ses propres textes, a imposé des sanctions illégales, injustes et inhumaines à des populations déjà éprouvées ? Le verdict de la Cour de justice de l’UEMOA, qui a clairement établi l’illégalité de ces mesures, ne suffit-il pas à démontrer l’injustice structurelle du système CEDEAO ? Mais ces réalités juridiques semblent sans importance pour HRW, plus soucieuse de défendre une architecture régionale défaillante que la justice qu’elle prétend promouvoir.
Dans le Sahel, chacun sait pourtant où se situent les responsabilités réelles en matière de violences et de violations des droits humains. Qui tue impunément des civils ? Qui incendie des usines, détruit des camions-citernes, impose des blocus inhumains à des localités paisibles ? Ces crimes, le fait de groupes armés terroristes et de leurs soutiens connus, sont rarement dénoncés avec la même vigueur par les donneurs de leçons internationaux, dont HRW. Le véritable problème de HRW n’est pas la justice, mais ce qu’elle appelle les « juntes », et les discours haineux relayés par certaines gourgandines « exilées », promptes à dénigrer la transition patriotique et souveraine engagée par notre pays et ses alliés.
Rappelons une évidence trop souvent occultée : la justice est une prérogative régalienne de l’État. Elle est l’un des piliers de la souveraineté nationale, garante de l’ordre public, de l’égalité devant la loi et de la protection des citoyens. L’État structure l’ordre judiciaire, assure l’indépendance des magistrats et rend la justice au nom du peuple. Les mécanismes supranationaux, lorsqu’ils existent, ne sont légitimes que parce que les États y consentent librement, en y déléguant une part limitée de souveraineté dans un cadre équitable et respectueux.
La justice supranationale, telle que celle portée par la future CPS-DH de l’AES, s’inscrit précisément dans cette logique de coopération choisie, et non subie. Elle vise à construire un ordre juridique régional cohérent, adapté aux réalités sahéliennes, et affranchi des doubles standards. Pourquoi, dès lors, l’AES devrait-elle rester soumise à la compétence de la Cour de justice de la CEDEAO, pour continuer à subir ce que beaucoup perçoivent comme des décisions injustes et politiquement orientées, au nom d’une vision que HRW érige en dogme ?
La sortie de la CEDEAO et la mise en place d’institutions propres ne constituent pas un recul, mais une recomposition. Une tentative de reprendre la main sur le destin collectif des peuples sahéliens, dans un contexte où l’ingérence se pare trop souvent du langage des droits humains pour masquer des intérêts géopolitiques. HRW peut bien s’en offusquer : la dynamique est lancée.
Bachi tè. Don Kadjan ; n’ka a sebali tè. Autrement dit: on ne nous trompe plus, on ne se laisse plus faire. Le Mali et ses alliés ont choisi la voie de la souveraineté assumée, y compris dans le champ de la justice. Et cela, manifestement, dérange.

El Hadj Sambi Assa Touré

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