1er septembre : annonce d’un atelier pour valider les termes de références des concertations

Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui avait renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) le 18 août, sous pression pour organiser une transition politique, après avoir reporté les premières concertations prévues fin août avec les partis politiques et le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), le CNSP a annoncé le 1er septembre que les concertations nationales se tiendraient du 10 au 12 septembre 2020. Pour les militaires, ces concertations visaient à valider les termes de référence des « journées de concertations nationales sur la gestion de la transition », c’est-à-dire à définir :
– La durée de la transition (proposée à 18 mois par le CNSP).
– La nature du gouvernement de transition (civil ou militaire).
– Une charte de transition pour encadrer les institutions et les réformes à venir.
Ces concertations devaient inclure des représentants des partis politiques, de la société civile, du M5-RFP, des syndicats et d’autres acteurs clés pour établir une feuille de route consensuelle. L’armée cherchait à légitimer son rôle tout en répondant aux exigences de la CEDEAO, qui insistait sur une transition civile rapide. Le CNSP avait prévu des concertations à plusieurs niveaux : d’abord à Bamako, puis dans les régions, pour garantir une large participation. Les termes de référence devaient inclure des discussions sur la nomination d’un président et d’un Premier ministre de transition, ainsi que sur les réformes institutionnelles (notamment la révision de la Constitution et des lois électorales).

En annonçant les concertations nationales pour les 10-12 septembre, le CNSP cherchait à gagner du temps face aux sanctions de la CEDEAO tout en consolidant son autorité. L’annonce des dates et des termes de référence montrait une tentative de structurer la transition, mais le CNSP restait ambigu sur son intention de céder le pouvoir à des civils, ce qui suscitait des inquiétudes parmi les acteurs politiques et internationaux.
L’Armée devait composer avec des attentes divergentes : le M5-RFP et la société civile voulaient une transition inclusive et des réformes profondes (contre la corruption et les dysfonctionnements institutionnels), tandis que la CEDEAO et l’ONU exigeaient un retour rapide à l’ordre constitutionnel. L’annonce des concertations était donc un compromis pour une transition civile.
L’annonce des concertations nationales le 1er septembre 2020 était un moment clé pour définir l’avenir du Mali post-coup d’État. Elle reflétait la tentative du CNSP de structurer une transition tout en répondant aux pressions internationales et internes. Cependant, le CNSP faisait face à un défi de légitimité : le M5-RFP et la société civile poussaient pour une transition inclusive avec des réformes profondes (contre la corruption et les dysfonctionnements institutionnels), tandis que la CEDEAO et la communauté internationale (ONU, France via l’opération Barkhane, MINUSMA) exigeaient un retour rapide à un gouvernement civil. L’annonce des concertations était donc une tentative de compromis, mais la préférence initiale du CNSP pour une transition militaire suscitait des tensions.
L’hospitalisation d’IBK le même jour (1er septembre 2020) ajoutait une dimension humanitaire à la crise. Sa détention récente (du 18 au 27 août) par la junte et son état affaibli, visible dans des images circulant sur les réseaux sociaux, ont amplifié les préoccupations. La décision du CNSP d’autoriser en principe une évacuation médicale (vers Abu Dhabi ou la France) visait à désamorcer les critiques potentielles, tant de la part des partisans d’IBK que de la communauté internationale, tout en maintenant l’accent sur l’organisation des concertations.

1er septembre : les propositions de la CODEM
Le parti Convergence pour la démocratie au Mali (CODEM) a tenu le mardi matin 1er septembre 2020 à la Maison de la presse une conférence de presse pour rendre public sa position et ses propositions sur la future Transition.
Le président de la CODEM, Housseini Amion Guindo dit Poulo, ancien député et ancien ministre, soucieux de la préservation des acquis démocratiques consacrés par la Constitution du 25 février 1992 et de la stabilité du Mali, propose que la transition soit la plus courte possible (entre 9 et 12 mois au plus).
Selon Poulo, la transition ne doit avoir que deux missions essentielles : le retour de la sécurité et l’organisation de l’élection présidentielle afin de doter le pays d’Institutions légitimes, capables de faire face aux immenses défis auxquels le Mali reste confronté depuis une décennie.
Bref, la CODEM de Housseini Amion Guindo propose un schéma entre deux points essentiels :
1. Une transition de 9 à 12 mois tout au plus.
2. Deux priorités essentielles : Sécurité et organisation d’élections libres et transparentes pour des autorités légitimes à travers l’élection d’un président démocratiquement élu par les urnes.
3. Report des réformes après la brève transition pour qu’elles soient menées par des autorités légitimes.

1er septembre :
IBK, du palais à l’hôpital
Le lundi 1e septembre 2020, le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK, paix à son âme) a été admis en urgence à la clinique Pasteur de Bamako, un établissement médical privé, dans la soirée. Selon des sources médicales et diplomatiques, il aurait souffert d’un malaise potentiellement lié à un accident ischémique transitoire (AIT), une forme d’attaque cérébrale mineure, bien que son état ait été stabilisé et qualifié de « non grave » par une source diplomatique. IBK a été choqué par le décès de son ancien conseiller économique, Ibrahim Bocar Ba, décédé le dimanche 30 septembre 2020 »
Cette hospitalisation faisait suite à une période de forte tension : après le coup d’État du 18 août 2020, IBK avait été détenu pendant 10 jours par la junte militaire (Comité national pour le salut du peuple, CNSP) dans la base de Kati, avant d’être libéré le jeudi 27 août 2020 et placé en résidence surveillée à Bamako. Pendant sa détention, IBK, alors âgé de 75 ans, avait été privé de moyens de communication et isolé, ce qui, combiné au stress du coup d’État et à sa destitution, aurait contribué à la détérioration de sa santé. Des photos circulant sur les réseaux sociaux montraient un IBK visiblement affaibli, suscitant des inquiétudes parmi ses proches et certains observateurs internationaux. Son historique médical, incluant des soins réguliers à l’étranger (notamment à Abu Dhabi), rendait sa situation préoccupante.
Dès le lundi 1er septembre, des discussions ont émergé entre la famille d’IBK, les médecins de la clinique Pasteur et le CNSP pour une possible évacuation médicale à l’étranger. Abu Dhabi était une destination probable en raison des liens d’IBK avec les Émirats arabes unis, où il avait déjà été soigné. La France était également évoquée comme option. Les militaires avaient donné un accord de principe pour une évacuation, à condition que son état de santé le permette. Cette décision reflétait une volonté de l’armée d’éviter une crise humanitaire autour de la figure d’IBK, qui restait populaire dans certains cercles malgré les critiques.

L’hospitalisation du président IBK a attiré l’attention internationale, notamment de la France. Paris, tout en condamnant le coup d’État, surveillait la situation clinique d’IBK pour éviter une escalade des tensions. L’ONU, via la MINUSMA, et l’Union africaine appelaient à une transition rapide et à la libération des autres responsables encore détenus (comme le Premier ministre Boubou Cissé).
Cette hospitalisation d’IBK a ravivé les divisions. Ses partisans dénoncent les conditions de sa détention comme une cause de son malaise, tandis que ses détracteurs, y compris au sein du M5-RFP, estimaient que son sort personnel ne devait pas détourner l’attention de la nécessité de réformes profondes. Le CNSP, en autorisant une éventuelle évacuation, cherchait à apaiser les critiques tout en consolidant son image de gestion responsable.

L’hospitalisation d’IBK le 1er septembre 2020 n’était pas seulement un événement médical, mais un moment clé dans la crise politique que notre pays a connue. Elle mettait en lumière :
D’une part, la fragilité de la transition avec la santé d’IBK, icône centrale du régime déchu, risquait de polariser davantage les débats entre ceux qui voyaient en lui une victime du coup d’État et ceux qui exigeaient une rupture totale avec l’ancien régime. D’autre part, elle étalait les défis humanitaires et diplomatiques car une aggravation de son état ou un refus d’évacuation aurait pu compliquer les relations entre la junte et la communauté internationale, déjà tendues par les sanctions. Enfin, elle mettait en lumière l’urgence sécuritaire à travers l’occupation de Douentza le même jour, ce qui rappelait que la crise politique aggravait l’insécurité, rendant cruciale une stabilisation rapide du pouvoir.

La Rédaction

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