Un nouveau rapport conjoint des Nations Unies classe le Mali, rendu public ce lundi 16 juin, parmi les zones dites « d’extrême préoccupation » en compagnie du Soudan, de la Palestine, du Soudan du Sud et de l’Haïti confrontées à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire aiguë, susceptibles de basculer vers la famine si une action urgente et coordonnée n’est pas mise en œuvre.

Le rapport semestriel « Points chauds de la faim », élaboré avec le soutien financier de l’Union européenne via le Réseau mondial contre les crises alimentaires (GNAFC), dresse un constat alarmant : plusieurs foyers de la faim à travers le monde sont au bord de l’effondrement humanitaire. Ce document périodique alerte sur la dégradation imminente de la sécurité alimentaire dans treize pays. Parmi lesquels, notre pays est cité comme un cas préoccupant, où la conjugaison des violences armées, des chocs climatiques et des pressions économiques compromettent sérieusement la survie de milliers de familles.
Selon le rapport, au Mali, entre juin et août 2025, près de 1,5 million de personnes, soit 6 % de la population, sont attendues en situation de crise alimentaire aiguë (Phase 3 ou plus de l’IPC). Les régions de Mopti, Gao, Tombouctou et Kidal avec 64 000 personnes se trouvent déjà en situation d’urgence (Phase 4), tandis qu’à Ménaka, 2 600 personnes risquent de sombrer dans une situation de catastrophe alimentaire (Phase 5) si aucune assistance n’est rapidement déployée.
Le document explique cette situation par les conséquences du conflit armé, les catastrophes naturelles et le prix élevé des denrées. Ainsi, l’insécurité dans plusieurs localités du pays a affecté l’accès de la population aux assistances humanitaires, tout en provoquant des déplacements massifs. De plus, elle a permis de désorganiser les activités agricoles, l’un des moyens de subsistance de la population. Dans le pays, environ 80% de la population vit de l’agriculture.
Entre juillet et septembre 2024, relève le document, le nombre de personnes déplacées internes a augmenté de 14 % pour atteindre plus de 378 000 personnes, tandis que les réfugiés accueillis au Mali dépassaient 135 000 en mars 2025, en hausse de 53 % sur un an.
Parallèlement, selon le rapport, l’accès aux marchés reste sévèrement restreint, limitant la disponibilité des denrées et faisant grimper les prix, notamment dans les régions de Kidal, Gao, Ménaka et Tombouctou, où les paniers alimentaires atteignent des niveaux inédits.
À cette précarité structurelle s’ajoute un risque climatique élevé. Après les graves inondations de 2024, la saison des pluies à venir s’annonce encore plus intense, avec des épisodes de sécheresse localisée qui menacent davantage la production agricole.
Les conséquences de cette insécurité alimentaire se traduisent aussi par une crise nutritionnelle aiguë : entre juin 2024 et mai 2025, 1,6 million d’enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë, soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente. Les cas de malnutrition aiguë sévère ont, quant à eux, bondi de 26 %, affectant plus de 424 000 enfants.
Le rapport appelle à une mobilisation immédiate, à travers un appui humanitaire massif, une facilitation de l’accès aux populations, et des efforts concertés pour désamorcer les conflits et renforcer la résilience des communautés les plus exposées.

PAR SIKOU BAH

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