« 26 mars 1991-26 mars 3023 ; 32 ans de démocratie : acquis, défis et perspective » était, ce dimanche 26 mars 2023, le thème d’une causerie organisée par le Comité exécutif de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ), au siège du parti à Bamako-Coura. Cette rencontre qui a regroupé les membres du Mouvement national de la jeunesse de l’Adéma-PASJ autour des responsables du bureau exécutif se voulait un cadre d’échange intergénérationnel sur les 32 ans de l’avènement de la démocratie en République du Mali.
Cette causerie-débat était animée par le Pr Ali Nouhoum DIALLO ; qui avait à ses côtés les anciens ministres, Moustapha DICKO ; Adama Tiemoko DIARRA ; Yaya SANGARE. On notait également la présence du président du bureau national des jeunes du parti, Mohamed Cherif COULIBALY ; de Mme Touré Rokiatou BAH ; ainsi que Tiébilé DRAMÉ et Me Hamidou DIABATÉ, du PARENA.
Dans son mot de bienvenue, le Président du BNJ, Mohamed Cherif COULIBALY, a déclaré que le choix de la thématique n’était pas fortuit car, dit-il, elle permet aux militants jeunes du Parti-Africain pour la Solidarité et la Justice d’être informés et outillés sur les acquis, les défis et les perspectives de la démocratie malienne soumise, de nos jours, à de rudes épreuves.
Hier à l’avant-garde de toutes les luttes pour l’instauration de la démocratie au Mali, de l’avis de M. COULIBALY, l’Adema-PASJ et la quasi-totalité des acteurs du mouvement démocratique assistent aujourd’hui passivement à la violation flagrante, incompréhensive et inadmissible des libertés pour lesquelles ils se sont battus, souvent au prix de leur liberté et vie.
A la suite de ce dernier, le président du parti, Marimantia DIARRA, a souligné que la démocratie n’était pas un acquis. Pour lui, elle est une construction permanente qui se consolide et se renforce.
Pour ce faire, il a invité les jeunes à s’impliquer davantage aux activités du parti.
«La politique ce n’est pas de l’agitation, c’est la construction», a-t-il lancé.
«Ce n’est pas passionnée, elle doit être raisonnée et bien comprise», a-t-il insisté.
Ce qui fait dire à l’ancien ministre, Yaya SANGARÉ, secrétaire politique du parti, que la démocratie n’est pas un acquis irréversible. Selon lui, c’est un processus permanent qui invite chacun à y mettre du sien, notamment la jeunesse.
Alors que les préoccupations des participants ont porté sur le rôle et la responsabilité des jeunes au sein du parti, le Pr Ali Nouhoum DIALLO a souligné qu’il appartenait aux jeunes de se mobiliser pour arracher et assurer cette responsabilité.
Nouvelle constitution, l’Adema dans le mutisme
Au cours de cette rencontre, la question du projet de nouvelle Constitution initié par le Président de la transition, le Colonel Assimi GOITA, s’est invité dans les débats.
Me Kassoum TAPO, l’un des vice-présidents du parti ADEMA, a saisi cette tribune pour dénoncer ce qu’il qualifie de ‘’mutisme’’ du parti face aux débats sur la nouvelle Constitution.
«Je suis étonné de voir qu’un parti comme le nôtre n’a toujours pas réagit face à l’assassinat de sa fille ; c’est-à-dire, la Constitution de 92. C’est la fille de l’ADEMA», s’est insurgé Me TAPO.
Pour lui, l’actuelle transition est en train de tuer la constitution de 92 devant ses pères fondateurs médusés.
«Ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal que jusqu’à présent on ne vous ait pas entendu », a-t-il critiqué.
«Qu’est qui nous empêche de dire qu’on n’est pas d’accord à défaut d’être le leader de cette classe politique qui rejette cette Constitution pour des raisons qu’il faut simplement expliqué», a-t-il poursuivi.
«Je pense que nous devons assumer notre responsabilité à cet égard», a-t-il préconisé.
Avant lui, Moustapha DICKO, un autre vice-président de l’ADEMA avait abondé dans le même sens.
«Moi, ma Constitution, c’est celle de 92. C’est le sang de nos martyrs qui est à la base de cette Constitution. Et ce n’est pas une pâle copie de quoi que ce soit. On ne peut pas faire ex-nihilo un travail qui a été fait ailleurs sous d’autres cieux. On prend ce qui existe, et on le met à nos propres normes, à nos propres attentes. C’est les meilleurs esprits qui sont à la base de cette Constitution de 1992», a-t-il tranché.
Selon lui, la Constitution n’est pas là pour gérer une situation ponctuelle.
«J’ai entendu dire que la transition a fait sa Constitution en 91 et que cette transition aussi pourrait faire la sienne. Mais, en 91, il n’y avait plus de Constitution. Aujourd’hui, la Constitution existe, c’est la Constitution de 92. Comment faire la relecture de cette Constitution, comment faire le changement, tout est dans la Constitution».
De son avis, ce que l’ADEMA a fait au temps de Alpha Oumar KONARE, ce qui a été proposer au temps de ATT et IBK par rapport à maintenant, ce n’est absolument pas la même chose.
Le parti dans un accompagnement sincère et franc
A la suite de ces deux intervenants qui sonnent comme des appels au rejet de l’initiative présidentielle, l’ancien ministre Yaya SANGARE, secrétaire général du parti, se montre beaucoup plus conciliant.
«Nous sommes dans l’accompagnement, un accompagnement sincère et franc. Chaque fois que des événements surviennent et qui nécessitent que l’ADEMA s’exprime, l’ADEMA le fera. Aujourd’hui, nous nous en tenons à ce que les autorités de la transition ont dit, l’engagement qu’ils ont pris, c’est de pouvoir organiser les élections à la date qui été prévue, c’est-à-dire le 24 février 2024. Si ce n’est pas le cas, l’ADEMA va apprécier» a fait savoir M. SANGARE.
Aujourd’hui, a-t-il expliqué, il y a un cadre de concertation qui a été créé, où tout se discute.
«Pour nous une transition, par essence, c’est de courte durée. Et cela est mieux pour ceux qui sont au pouvoir et pour le pays», a-t-il estimé.
Sur la question de la nouvelle Constitution, l’ancien ministre Yaya SANGARE a tout d’abord souligné que l’ADEMA était un parti démocratique où chacun s’exprime selon ses convictions.
Il a rappelé que l’ADEMA s’est prononcé sur l’avant-projet.
«On a fait une déclaration pour ressortir toutes les réserves que l’ADEMA a et tous les commentaires liés à certains articles. Nous avons même proposé un Projet de texte que nous avons fait parvenir, non seulement au Président de la transition, au ministre de l’Administration territoriale et au président du CNT. Et nous avons partagé ses réserves avec l’ensemble de la classe politique », a-t-il précisé.
Il ressort de son propos que la commission de finalisation qui a été mise en place par le Président de la transition a pris en compte certaines propositions de l’ADEMA. Mais également, elle a ignoré superbement d’autres.
«Nous sommes en train de faire le débat en notre sein. Et ces débats qui sont là, prouvent à suffisance que l’ADEMA est un grand parti. Mais nous allons arriver à un consensus où nous allons tenir compte, non seulement de l’aspect politique, mais aussi de l’aspect technique, sans nous écarter de la Constitution de 92, nous allons apprécier, en son temps, ce que l’ADEMA va proposer et ce que l’ADEMA va prendre comme position par rapport à cette Constitution», a-t-il conclu.
Par Abdoulaye OUATTARA