Dix ans après leur adoption, les Objectifs de Développement Durable (ODD) censés transformer le monde peinent à tenir leurs promesses. Depuis New York, l’Organisation des Nations Unies a appelé à une mobilisation urgente afin d’éviter un échec collectif à la faveur d’un forum qui s’est ouvert ce lundi 14 juillet et s’étend sur plusieurs jours.
À l’heure où l’Agenda 2030 entre dans sa dernière ligne droite, les objectifs fixés en 2015 apparaissent encore hors de portée. Pour tenter de raviver l’élan international, un forum politique de haut niveau s’est ouvert lundi dernier au siège des Nations Unies, pour deux semaines de travaux consacrés à l’évaluation des progrès accomplis et à la recherche de solutions concrètes.
Dès l’ouverture des travaux, le Secrétaire général de l’ONU, António GUTERRES, a présenté un rapport d’étape qui servira de feuille de route aux délégations présentes.
Le constat en est sans appel : « Nous faisons face à une véritable urgence mondiale en matière de développement », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, entouré de la Vice-Secrétaire générale, Amina Mohammed, et du Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, Li Junhua.
Des progrès et des reculs remarquables
Sur les 17 objectifs fixés, un peu plus d’un tiers à peine sont aujourd’hui en bonne voie ou progressent modérément. Près de la moitié stagnent, et 18 % ont même régressé. Le monde, autrement dit, n’avance ni assez vite, ni dans la bonne direction.
Toutefois, le rapport ne se veut pas uniquement alarmiste. Il met également en lumière des progrès significatifs : l’accès à l’électricité a atteint désormais 92 % de la population mondiale, le recul des mariages précoces se poursuit, davantage de filles sont scolarisées, et plus de la moitié des habitants de la planète bénéficient aujourd’hui d’une forme de protection sociale.
L’expansion du numérique a permis de porter le taux d’accès à Internet de 40 % à 68 % depuis 2015, facilitant l’accès à l’emploi pour des millions de personnes.
Depuis 2015, 110 millions d’enfants et de jeunes ont été scolarisés, tandis que 54 pays ont éradiqué au moins une maladie tropicale négligée. Ces progrès, a souligné António GUTERRES, « démontrent que les investissements en faveur du développement et de l’inclusion produisent des résultats tangibles ».
Mme Amina Mohammed a, quant à elle, salué les avancées en matière de santé maternelle et infantile, ainsi que le développement de l’accès des filles aux filières scientifiques.
Elle a également salué les investissements dans les énergies renouvelables, essentielles pour « atteindre les plus éloignés ».
Mais ces résultats positifs ne doivent pas masquer la réalité de la pauvreté persistante, des inégalités croissantes et de la crise climatique.
En 2024, l’année la plus chaude jamais enregistrée, plus de 800 millions de personnes vivaient encore dans l’extrême pauvreté. Près de 38 millions étaient réfugiées, et 1,12 milliard d’habitants résidaient dans des bidonvilles privés de services de base. Des milliards de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable.
Le montant de la dette des pays pauvres à revenu intermédiaire a atteint un niveau record de 1.400 milliards de dollars en 2023.
Le forum de l’espoir
« Nous sommes réunis ici non seulement pour évaluer les progrès, mais pour raviver notre engagement commun », a déclaré Lok Bahadur Thapa, vice-président du Conseil économique et social de l’ONU, à l’ouverture du forum.
Au total, a-t-il rappelé, 4.000 milliards de dollars manquent chaque année pour atteindre les objectifs de développement durable.
Organisé sous le thème « Promouvoir des solutions durables, inclusives, fondées sur la science et les données factuelles », le forum examinera, du 14 au 23 juillet, en détail 5 objectifs de développement durable : santé, égalité entre les sexes, travail décent, protection des océans, et partenariats mondiaux.
Les discussions s’appuieront sur plusieurs rapports clés, notamment celui présenté par le Secrétaire général, ainsi que sur les bilans de mise en œuvre des objectifs présentés par 37 pays sous la forme d’«examens nationaux volontaires».
Amina Mohammed a souligné que ces examens, menés dans près de 190 pays depuis 2016, « sont devenus un exercice universel, un signe encourageant de l’appropriation nationale des objectifs de développement durable ».
L’objectif est-il réalisable ?
Pour tenter de redresser la trajectoire, le rapport publié lundi identifie six domaines où davantage d’efforts peuvent produire des effets systémiques : les systèmes alimentaires, l’énergie, le numérique, l’éducation, l’emploi et l’action climatique.
« Des transformations structurelles constituent notre feuille de route », a fait valoir M. Guterres, soulignant que des progrès « dans un domaine peuvent en accélérer d’autres ».
Mais ces transformations nécessitent une condition préalable : un financement massif.
« Sans financement à grande échelle, aucun progrès n’est possible », a martelé le Secrétaire général.
Il a salué, à ce titre, l’Engagement de Séville, adopté début juillet dans la ville espagnole lors de la quatrième Conférence sur le financement du développement.
Ce texte prévoit notamment la réforme de l’architecture financière internationale, des allègements de dette, et un triplement de la capacité de prêt des banques multilatérales.
En filigrane du forum se profile une question fondamentale : l’Agenda 2030 est-il encore réalisable ?
Pour l’ONU, la réponse est oui, à condition de s’engager sans délai.
« Ce n’est pas le moment de céder au découragement, mais de passer à l’action avec détermination », a lancé à cette occasion Li Junhua, du département onusien des affaires économiques et sociales.
Il appelle à un « multilatéralisme d’urgence » fondé sur la responsabilité partagée et l’investissement collectif.
La route est donc étroite, mais elle reste ouverte.
« Les objectifs de développement durable sont encore à portée de main », a conclu António Guterres.
« Mais seulement si nous agissons – avec urgence, unité et détermination », a-t-il conclu.
PAR SIKOU BAH