L’actualité à la Primature, ce lundi 2 mars 2026, a été marquée par l’audience accordée par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye MAÏGA, à l’Ambassadrice des États-Unis au Mali, Rachna KORKONEN. Au cœur des échanges : la notification officielle de la levée des sanctions américaines visant certains militaires maliens.
Cette décision qui avait été annoncée par le Trésor américain le 27 février 2026, marque un virage diplomatique important. Elle intervient dans un contexte de reprise progressive des échanges entre Bamako et Washington.
A travers cette décision, Washington a officiellement retiré de sa liste noire trois figures clés de la transition malienne, à savoir le général de corps d’armée Sadio CAMARA, ministre de la Défense ; le général Alou Boi DIARRA, Chef d’état-major de l’armée de l’air et le commandant adjoint Adama Bagayoko.
Tous avaient été inscrits sur la liste des sanctions américaines en raison de leurs relations présumées avec Wagner, organisation aujourd’hui restructurée et intégrée dans le dispositif russe baptisé « Africa Corps ».
Cette décision intervient après les visites récentes de deux émissaires américains au Mali.
Au nom du Président de la Transition, le Premier ministre a salué cette décision des autorités américaines, estimant qu’elle constitue un signal positif dans la dynamique des relations bilatérales entre le Mali et les États-Unis.
Il a exprimé l’appréciation des Hautes Autorités maliennes pour cette mesure, soulignant qu’elle pourrait contribuer à renforcer la coopération et le dialogue politique, dans le respect strict de la souveraineté nationale.
Le Chef du Gouvernement s’est également félicité des avancées enregistrées ces derniers mois dans les domaines de la coopération bilatérale, tout en notant la nouvelle orientation américaine axée sur l’exploitation des opportunités économiques et commerciales, dans un esprit de partenariat gagnant-gagnant.
Vers un changement de cap diplomatique ?
Au-delà du protocole, cette visite est un pas de plus vers la normalisation des relations diplomatiques entre notre pays et les Etats unis.
Les relations entre les deux pays avaient connu une escalade au début de l’année. Les États-Unis avaient placé le Mali sur sa liste de pays soumis à des restrictions d’entrée et une suspension de l’émission de visas en décembre 2025.
Le Mali a alors riposté en janvier 2026 en imposant des restrictions équivalentes aux ressortissants américains, appliquant le principe de réciprocité. Cependant, depuis février 2026, les deux pays cherchent à relancer leur coopération bilatérale sur de nouvelles bases.
Le Mali insiste pour que tout partenariat respecte sa souveraineté, ses choix libres de partenaires et les intérêts des Maliens.
Mais, depuis plusieurs mois, Washington multiplie les initiatives pour une reprise de la coopération entre les deux pays.
Cette décision intervient après les visites récentes de deux émissaires américains au Mali.
Selon le département d’État, ces déplacements avaient pour objectif d’explorer les voies d’un renforcement de la coopération, notamment en matière de lutte contre le terrorisme.
Sous la présidence de Donald Trump, Washington semble privilégier une approche plus pragmatique vis-à-vis des autorités maliennes.
L’administration américaine met désormais l’accent sur les intérêts sécuritaires communs, dans un contexte marqué par l’expansion persistante des groupes terroristes au Sahel.
L’objectif est de ne plus laisser la politique étrangère américaine être «paralysée» par le refus de discuter avec des juntes militaires, surtout lorsque des intérêts stratégiques sont en jeu.
Dans un monde en pleine mutation, la survie et la prospérité d’une nation dépendent de son agilité diplomatique. Si les partenariats passés ont eu leur importance, le contexte actuel nous montre que compter sur un seul garant (comme la Russie) ne suffit plus à assurer une protection totale et durable.
Engager des pourparlers avec de nouveaux acteurs (ou renouer avec d’anciens) n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de réalisme géopolitique.
En tout cas, la visite des émissaires, et tout dernièrement, cette audience accordée à l’Ambassadrice américaine permet à notre pays de passer d’une logique d’assistance à un partenariat «gagnant-gagnant» axé sur le commerce et l’investissement.
Par Abdoulaye OUATTARA