Lancé en septembre 2023, le Projet DRL MLI/19/01/États-Unis « Lutte contre l’esclavage et les discriminations basées sur l’esclavage au Mali », phase II, dont l’objectif était de combattre l’esclavage et la discrimination fondée sur l’ascendance au Mali, prend fin le 31 août 2025. Dans cette perspective, les responsables dudit projet ont organisé, ce jeudi 28 août 2025, une conférence de presse consacrée au bilan et aux perspectives.
Financé par les États-Unis à hauteur de 1 million 234 567 dollars, soit 700 millions de francs CFA environ, ce projet a été mis en œuvre pendant la période de septembre 2023 à août 2025 dans les régions de Kayes, Gao, Tombouctou et dans le district de Bamako. Il a été mis en œuvre par l’ONG Anti-Slavery International (ASI) en partenariat avec le BIT et l’Association TEMEDT.
Le projet a exercé une influence significative dans la lutte contre l’esclavage, tant au niveau national que régional, en posant les bases d’un plaidoyer pérenne et en renforçant les mécanismes communautaires et institutionnels existants.
Dans son exposé liminaire, le coordinateur national du projet de lutte contre l’esclavage au Mali, Ibrahima CISSE, a souligné que depuis sa mise en œuvre à ce jour, le projet a enregistré de nombreux acquis, dont la pérennisation nécessite un suivi.
La mobilisation
Il ressort de son propos que le projet a suscité une mobilisation multisectorielle significative, impliquant à la fois des institutions étatiques, des organisations de la société civile et des acteurs communautaires, traduisant une appropriation croissante de la lutte contre l’esclavage par ascendance à différents niveaux.
Sur le plan national et international, le projet a développé et diffusé des supports de plaidoyer fondés sur des interviews de victimes et des expériences vécues.
Anti-Slavery International, l’un des acteurs dudit projet, a, quant à elle, renforcé ses actions de plaidoyer sur la scène internationale.
À Genève, des rencontres ont été menées avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) et l’Organisation internationale du travail (OIT), afin de plaider pour la reconnaissance de la nature structurelle et systémique de l’esclavage par ascendance.
Une campagne de sensibilisation ciblant les missions diplomatiques de la région sahélienne a également été conduite entre septembre et décembre 2024.
Le projet a par ailleurs transmis ses recommandations à l’Expert indépendant des Nations unies sur la situation des Droits de l’Homme au Mali.
27 magistrats formés
Sur le plan du renforcement des capacités des institutions chargées de l’application des lois et politiques existantes sur l’esclavage, un symposium des magistrats a été organisé en juillet 2024, réunissant 27 participants issus de plusieurs localités du Mali (Kayes, Diéma, Kéniéba, Bafoulabé, Mopti, Kati, Koulikoro, Bamako).
« Les participants ont également exprimé avoir amélioré leurs compétences sur les mécanismes judiciaires de lutte contre l’esclavage », a fait savoir M. CISSE.
S’agissant de l’impact sur les victimes de l’esclavage fondé sur l’ascendance, les données font état de 1 300 bénéficiaires atteints, dont 615 femmes. Parmi elles, 295 (dont 205 femmes) victimes directes d’esclavage par ascendance à Kayes, Mopti et Ménaka ont pu s’approprier les démarches administratives et exprimer une plus grande confiance pour revendiquer leurs droits.
Un changement de mentalité
Selon les responsables de ce projet, le changement le plus significatif, unanimement reconnu par tous les groupes interrogés, est une transformation profonde des mentalités et des comportements au sein des communautés.
Les bénéficiaires, toutes catégories confondues (hommes, femmes, jeunes), affirment ne plus se sentir au service d’autrui et avoir retrouvé leur autonomie, comme en témoigne ce propos : «Tout le monde sait ici qu’on ne vit pas au service d’une autre personne».
Parmi les acquis, on note le processus de réparation, l’élaboration d’un avant-projet de loi contre l’esclavage.
À ce niveau, les acteurs se réjouissent de constater que la nouvelle Constitution de 2023 condamne singulièrement l’esclavage ainsi que le nouveau Code pénal et de procédure pénale.
Par Abdoulaye OUATTARA