Selon les résultats d’une enquête Afrobaromètre, l’accès à l’Internet et aux médias sociaux pourrait être en train de révolutionner la manière dont les citoyens africains s’engagent en politique. A travers les 28 pays déjà sondés dans le cadre du Round 10 d’Afrobarometer (2024/2025), 49% des répondants disent avoir fréquemment recours à l’Internet (« quelques fois par semaine » ou « tous les jours »), et autant disent se tenir régulièrement informés par le biais des médias sociaux.
En effet, ladite enquête dévoile que le taux d’utilisation de l’Internet atteint 57% chez les jeunes de 18 à 35 ans. Mais les disparités continentales sont considérables : 99% des jeunes adultes ont régulièrement accès à l’Internet à Maurice, contre seulement 19% à Madagascar. Néanmoins, dans 18 pays sur 28, au moins la moitié des jeunes utilisent l’Internet et les médias sociaux.
Les témoignages abondent sur le rôle essentiel que les médias sociaux ont joué dans les actions de mobilisation des citoyens, notamment dans des mouvements tels que #FeesMustFall en Afrique du Sud (Nhedzi & Azionya, 2025), #RejectFinanceBill au Kenya (Munga, 2024), #OccupyGhana (Nartey, 2022) et #EndSARS au Nigéria (Ekoh & George, 2021).
Les médias sociaux constituent un outil essentiel pendant les manifestations, partageant des informations en temps réel sur les lieux, les actions, les événements et les ripostes des gouvernements. Ils ont même servi d’outil de protection à travers lequel les activistes affichent leur propre arrestation. L’organisation via les médias sociaux a permis l’émergence de mouvements « ascensionnels », apparemment sans leader, révolutionnant la méthode de protestation dans certains pays (Nyamweya, 2024).
Mais les médias sociaux ne servent pas qu’à organiser des manifestations. Avant de descendre dans la rue au Kenya, par exemple, les médias sociaux ont permis aux opposants au projet de loi de finances de partager et de traduire des documents, de répondre à des questions (notamment grâce à l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle (IA)), d’éduquer, de coordonner, de discuter et de faire pression sur les dirigeants (Mwaura, 2024).
Bien entendu, les médias sociaux peuvent avoir leurs revers : Il est aussi facile de partager de la désinformation que de l’information. Et les gouvernements ont utilisé les mêmes outils pour surveiller et contrôler les citoyens, ou ont même complètement coupé l’accès. L’année 2024 a été une année record pour les coupures d’Internet par les gouvernements sur le continent, avec 21 coupures dans 15 pays, dont l’Ethiopie, la Guinée, le Kenya, le Mozambique, le Nigéria, le Sénégal et l’Ouganda ; généralement suite à des manifestations, à l’instabilité ou à des élections (Egbejule, 2025 ; Access Now, 2025).
Les médias sociaux devenant un outil d’engagement, Afrobarometer a ajouté une nouvelle question à ses enquêtes les plus récentes (Round 10), demandant aux répondants spécifiquement s’ils utilisent les médias sociaux pour « poster du contenu en lien avec la politique ou les affaires communautaires ».
Les résultats montrent que seulement 6% de tous les adultes déclarent avoir publié des articles au cours de l’année précédente, et même chez les 18-35 ans, ils ne sont que 7%.
A travers tous les pays, seulement une petite proportion des utilisateurs d’Internet s’en sont servie pour aborder des questions politiques ou communautaires, les Marocains (16%), les Angolais (16%), les Kenyans (14%) et les Libériens (12%) occupant les premiers rangs à cet égard. Mais si peu de personnes publient du contenu, leur audience s’élargit et l’impact des médias sociaux comme outil d’engagement citoyen ne manquera pas de croître.
“Les médias sociaux constituent un outil essentiel pendant les manifestations, partageant des informations en temps réel sur les lieux, les actions, les événements et les ripostes des gouvernements’’, souligne le rapport.
PAR MODIBO KONÉ