Le Groupe Régional d’Analyse Intersectorielle (GRANIT) a, récemment, publié son rapport analytique intitulé « Impact de la dégradation sécuritaire au Mali sur les zones frontalières : Mauritanie, Sénégal, Mali et Guinée ». Ce document fait une évaluation de la situation dans ces pays concernés.

Ce rapport analytique de GRANIT vise à assurer un suivi de l’évolution de la situation dans les 4 pays avec une approche multirisques. Pour ce faire, 15 indicateurs ont été sélectionnés par le groupe régional d’experts en préparation et réponse aux urgences et les membres du GRANIT.
L’évaluation de la situation est élaborée par le groupe d’experts qui collaborent au GRANIT.
Les questions de l’insécurité, de l’éducation, de la sécurité alimentaire, des déplacements à l’interne sont entre autres évoquées dans ce rapport publié sur le site OCHA qui dresse un bilan de la situation dans ces pays frontaliers.
Il ressort du document que notre pays est particulièrement affecté par l’insécurité, contrairement aux 3 autres pays.
Entre janvier 2022 et mai 2025, un total de 2 261 incidents ont été recensés dans les zones frontalières partagées par la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Parmi ceux-ci, 827 étaient des troubles sociaux et 1 434 des épisodes violents.
La période de décembre 2024 à mai 2025 a été particulièrement préoccupante, enregistrant 253 incidents sécuritaires, soit une hausse significative de 69 % par rapport aux six mois précédents (juin à novembre 2024). Notre pays demeure l’épicentre de cette insécurité, concentrant la majorité des incidents, suivi de la Guinée. En revanche, la Mauritanie et le Sénégal ont maintenu une stabilité puisque n’ayant signalé aucun incident sur cette dernière période.
« Cependant, cette augmentation n’est pas exceptionnelle, car des pics similaires ont déjà été enregistrés depuis 2022 à la même période », a précisé le rapport.
Le rapport détaille que la majorité de ces incidents sont des attaques ou affrontements armés, impliquant une diversité d’acteurs : les Forces armées maliennes, des groupes paramilitaires, des milices communautaires et des groupes armés non étatiques.
De surcroît, les enlèvements et disparitions forcées ont malheureusement persisté durant cette période, exacerbant le climat de peur et d’incertitude pour les populations locales.
Face à plusieurs de ces incidents, les Forces armées maliennes ont réagi en mettant en déroute les groupes terroristes. En effet, d’après de nombreux rapports sur la sécurité, la posture offensive et pro-active des FAMa a perturbé des actions des terroristes qui opéraient quelques années plutôt sans pression.
Quant à la Guinée, entre décembre 2024 et mai 2025, elle a enregistré 6 incidents violents dans ses régions orientales, soit un niveau similaire à celui observé entre juin et novembre 2024.
« Parmi ces incidents, trois impliquent des groupes armés non étatiques, engagés dans des affrontements avec les chasseurs Dozo et les forces armées », précise GRANIT.
Des conséquences de ces incidents ont provoqué des déplacements massifs internes. Notre pays, étant le plus affecté par la situation, détient le funeste chiffre.
Ainsi, au 31 décembre 2024, le Mali comptait un total de 361 000 personnes déplacées internes (PDI) en raison des conflits ou des violences, dont 131 000 déplacées au cours de la seule année 2024.
Le Sénégal, bien que moins impacté, dénombre tout de même 5 900 personnes déplacées pour les mêmes raisons.
De plus, le rapport note également une hausse de 3 % des flux migratoires sortants du Mali au premier trimestre 2025, notamment au point de Gogui, à la frontière mauritanienne.
Des retours forcés de Mauritanie sont également signalés, avec près de 1 262 retours enregistrés entre le 1ᵉʳ janvier et le 15 mars, via les axes passant par la ville de Gogui.
L’impact de l’insécurité se fait cruellement sentir sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, souligne le rapport se référant à l’analyse du Cadre Harmonisé de mars 2025 qui dépeint une situation critique et multifactorielle. En effet, comme GRANIT, les conflits armés entravent l’accès aux moyens de subsistance, perturbent l’acheminement de l’aide humanitaire et restreignent l’accès aux ressources pastorales pour les éleveurs.
La vulnérabilité des personnes déplacées est particulièrement préoccupante, comme en témoigne la situation des réfugiés en Mauritanie, qui devraient atteindre la Phase 4 (Urgence) de l’insécurité alimentaire durant la période de soudure.
Par ailleurs, notre pays, bien que soit l’épicentre de la violence parmi les 4 pays, n’est pas le seul affecté par la crise alimentaire.
Ils sont tous touchés par cette situation. Pour la période actuelle (mars à mai 2025), la préfecture de Faranah en Guinée était déjà classifiée en Phase 3 (Crise), affectant 325 852 personnes.
Les projections pour juin à août 2025 sont également sombres, avec plusieurs régions classifiées en Phase 3 : Tombouctou au Mali (137 266 personnes concernées), Assaba (58 112) et Hoch Ech Chargui (102 791) en Mauritanie, ainsi que Kedougou (55 192) et Tambacounda (241 368) au Sénégal.

PAR SIKOU BAH

 

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