Profitant de l’ouverture de la session d’avril du Conseil national de Transition (CNT), son président, Malick Diaw, a lancé une offensive contre certains responsables de partis politiques. Les accusant d’être animés par des appétits personnels, claniques et partisans au lieu de servir leur pays, il a déclaré que la démocratie qu’ils réclament à cor et à cri ne « rime pas avec les votes bâclés, surfacturés et inopportuns ».
La session d’avril a donc débuté sur un ton ferme, donné par le président de l’organe législatif de la transition, Malick Diaw, en présence des membres du gouvernement et des missions diplomatiques accréditées dans le pays.
Dans un discours de plus d’une trentaine de minutes, le président Malick Diaw a passé en revue les sujets d’actualité nationale, sous-régionale et internationale.
Fait rare, il a consacré un long chapitre à régler ses comptes avec des partis politiques dont les prises de position ne lui laissent visiblement pas indifférent. Cette fois-ci, le président lui-même est monté au créneau et, sans ménagement, s’est attaqué aux détracteurs de la transition et de son organe.
Manque de sagesse politique
Si récemment plusieurs responsables politiques ont critiqué la gestion de la transition, Malick Diaw leur reconnaît certes un certain « courage politique », mais leur dénie visiblement toute ‘’sagesse politique’’. Pire, ajoutant une couche supplémentaire à ses accusations, il a affirmé que « ces fils du Mali, loin de servir leur pays, ne pensent qu’à leurs intérêts personnels, claniques et partisans ».
Sous l’égide des partis politiques, a-t-il rappelé, le peuple malien assistent impuissamment à une mascarade honteuse face aux hordes de barbares sans foi ni loi qui semaient partout la terreur, imposant leurs diktats.
Selon lui, certains responsables politiques du pays devraient faire profil bas avant d’émettre des critiques sur la gestion de la transition, grâce à laquelle l’État est de retour à Kidal après dix ans d’absence.
Il faut, selon lui, être atteint de myopie politique, manquer de lucidité et de raisonnement, être nostalgique des temps d’égarements, de désillusions et de désenchantement pour faire abstraction de certaines situations. Or, a-t-il accusé, « Ils avaient promis la montée au ciel, mais les Maliens avaient connu la descente aux enfers », ajoutant que leurs promesses n’étaient que poudre aux yeux.
« La démocratie ne rime pas avec les votes bâclés, surfacturés et inopportuns. La transparence dans les urnes est une exigence démocratique, mais que ne reconnaissent pas certains pseudos démocrates », a répliqué le président du CNT aux appels des partis politiques à organiser des élections pour un retour à l’ordre constitutionnel.
« Faire prêcher la tenue des élections, vantant une certaine alternance dont l’ultime but est le partage de l’intérêt commun. Faire de la République une tontine politique avec le patrimoine national qui devient alors l’héritage de certains aventuriers politiques », a poursuivi Malick Diaw.
Les taxes ne sont pas des mesures coercitives
Revenant sur les polémiques concernant les nouvelles taxes de contribution des citoyens qui ont polarisé l’opinion nationale ces dernier temps, il a affirmé que les critiques contre ces mesures prouvent « tout le désarroi et le manque d’arguments de certains ‘’mercenaires politiques’’ voulant en découdre, coûte que coûte, avec cette Transition et son épine dorsale, le Conseil national de Transition».
Qu’ils sachent, a-t-il prévenu, que la refondation du pays est en marche et se fera avec le peuple, et non par des manipulations à travers les réseaux sociaux.
Ces taxes, a-t-il défendu, loin d’être des mesures coercitives comme le spéculent certains nostalgiques, ont déjà porté leurs fruits en permettant d’améliorer considérablement la fourniture de l’électricité, même si, admet-il, tout n’est pas encore parfait.
« À cet effet, je salue le patriotisme des Maliennes et des Maliens qui ont accepté avec courage et sagesse ces taxations qui seront des palliatifs pour renforcer notre économie et, au-delà, déclencher une croissance économique », a indiqué M. Diaw, convaincu qu’aucun État ne peut se développer sans ses citoyens qui sont à la base de toutes les réformes.
Diaw demande au CNT de renoncer à certains avantages
Alors que certains membres, face aux polémiques sur la réduction des charges du CNT, affirmaient qu’un kopeck ne serait déduit de ce qu’ils perçoivent, le président Malick Diaw a déclaré que son organe a volontairement consenti à l’abandon de certains avantages.
Il s’agit, a-t-il cité, entre autres : de l’indemnité d’installation ; des cartes téléphoniques ; de la réduction substantielle du budget des assurances ; du maintien de l’indice salarial à 1200 au lieu de 1350 ; des indemnités de restitution ; de la réduction du nombre et de la taille des missions ; et de la réduction de 30 pour cent de la dotation en carburant.
« Ces mesures ont permis de réduire les charges du Conseil national de Transition dans le budget d’État », a affirmé le président Diaw, tout en demandant aux « membres du Conseil national de Transition de voir dans la mesure du possible » de renoncer à certains avantages pour s’inscrire davantage dans les actions de réduction du train de vie de l’État.
Par ailleurs, dans son discours, il a évoqué la création de la Confédération des États du Sahel, dont le collège des chefs d’État est dirigé par le président Assimi Goïta. Cette organisation « n’est pas et ne sera jamais isolée », a souligné Malick Diaw en réponse à ceux qui estiment que l’AES est en train de s’isoler après avoir quitté des regroupements et chassé des partenaires. Disposant d’immenses potentialités agricoles, énergétiques, minières et minéralogiques, elle va attirer les investisseurs, est-il persuadé.
PAR SIKOU BAH