Comment les chiffres peuvent-ils sauver des vies ? Dans trois districts du centre du Mali sujets au paludisme, un enregistrement régulier des cas aide les responsables sanitaires locaux à garder un œil sur les tendances de l’infection, mais surtout, ils peuvent désormais déclencher une intervention d’urgence lorsque le seuil d’infection est atteint, afin d’enrayer les épidémies potentielles.

Grâce à une formation organisée en 2021, 62 agents de santé chargés de la surveillance épidémiologique dans trois districts sanitaires pilotes à potentiel épidémique (Diema, Koutiala et Kenieba) ont perfectionné leurs compétences en matière de surveillance du paludisme, apprenant principalement à calculer le seuil d’épidémie à partir des données relatives aux infections palustres.
Pour pouvoir détecter précocement et contrôler tous les cas d’épidémie détectés au niveau du district, les personnels formés analysent les données de surveillance épidémiologique de routine mises à disposition au niveau des services de santé.
« Ainsi les agents ne peuvent plus être surpris par une épidémie de paludisme pouvant créer une urgence sanitaire de grande ampleur car à la fin de chaque mois, ils tracent la courbe d’évolution de la maladie. Ce travail bénéficie aux populations car si l’on évite les épidémies, on évite les risques de santé et les désagréments pour elles », explique le Dr Christian Itama Mayikuli, représentant de l’OMS dans notre pays.
Au Mali, 27 districts ont été identifiés comme étant à potentiel d’épidémie de paludisme. Dans ces localités, les activités de prévention ont beaucoup souffert au début de la pandémie de Covid-19 qui a conduit les populations à éviter les structures de santé par peur des contaminations. Le contexte socio-politique marqué par l’insécurité des groupes armés non étatiques a également eu un impact négatif.
La formation organisée dans les districts pilotes de Diema, Koutiala et Kenieba portait entre autres sur la maitrise du calcul du seuil épidémique et l’importance de la qualité des données mais aussi sur comment élaborer le canevas de planification de la riposte et les fiches d’investigation des cas de paludisme. Pour monitorer la tendance des cas du paludisme, des rencontres régulières sont organisées pour analyser les informations sanitaires quotidiennes. On parle d’épidémie s’il y a une augmentation soudaine de l’incidence du paludisme dans l’aire de santé où la maladie est rare, sur la base du seuil obtenu précédemment.
Par exemple, dans le District de Diema, en juillet 2022, le Dr Traore, directeur technique du centre de santé communautaire (1er niveau) de Diéma s’attendait selon ses projections à 138 cas de paludisme (simples et graves) dans l’aire de santé. Mais seuls 66 cas ont été enregistrés. En octobre également, 1 004 cas de paludisme étaient anticipés, contre 965 cas de paludisme diagnostiqués et traités. En revanche, en août, 762 cas étaient attendus, mais 882 ont été pris en charge. Lorsque le seuil épidémique a été atteint au mois d’août 2022, une sensibilisation axée sur l’utilisation correcte des moustiquaires et l’évitement de la stagnation de l’eau a été menée dans les 20 villages de l’aire de santé en impliquant les relais communautaires, les agents de santé communautaires et les chefs des différents villages car les cas de paludisme étaient liés à la fréquence accrue des précipitations cette année-là.
« Quand le seuil est atteint, l’équipe d’intervention d’urgence se met en place en coordination au niveau de la région sanitaire et au niveau national. Avant la riposte, la prévention permet d’identifier les acteurs et les moyens nécessaires pour répondre à l’épidémie », souligne le Dr. Moussa Koné, Médecin Chef du district. Grâce à la formation organisée par l’OMS, les agents de santé sont désormais en mesure de détecter rapidement une épidémie et d’intervenir, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Pour les districts à fort potentiel d’épidémie de paludisme en particulier, la maitrise de la méthode de détermination du seuil épidémique et le renforcement des capacités des agents sur la prévention, le diagnostic et la prise en charge des cas sont essentiels pour améliorer la protection et la prise en charge des populations contre cette affection.
« La surveillance permet de déceler à temps tout évènement inhabituel lié au paludisme et de répondre rapidement aux présomptions d’épidémies afin de faciliter une riposte factuelle, tout en nous permettant de mesurer l’impact des interventions de lutte contre la maladie », explique Dr Aïssata Kone, Directrice Nationale du Programme National de Lutte contre le Paludisme.

Source : OMS
*Le titre est de la rédaction

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