À l’approche du Ramadan 1447 et du Carême 2026, le gouvernement du général de division Abdoulaye Maïga a voulu envoyer un signal clair : l’État anticipe, contrôle et sécurise l’approvisionnement des marchés. La visite effectuée le 16 février 2026 par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, sur instruction du président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, s’inscrit dans cette logique de démonstration de vigilance.

La visite répond à une double logique : le contrôle et la communication. Contrôle, parce qu’il s’agit de vérifier physiquement l’état des stocks ; communication, parce que la présence du chef du gouvernement envoie un message de vigilance à l’opinion.
Les chiffres communiqués sont substantiels : 94 641 tonnes de riz, 50 152 tonnes de sucre, près de 8 000 tonnes de farine, 4 877 tonnes d’huile et 3 773 tonnes de lait en poudre disponibles chez les grossistes à la date du 14 février. À cela s’ajoutent les volumes constatés dans les entrepôts visités : 45 000 tonnes de riz et 15 000 tonnes de sucre dans une seule société. Sur le plan strictement quantitatif, ces données traduisent une capacité d’anticipation non négligeable.
Disponibilité : un indicateur rassurant mais partiel
La disponibilité des stocks constitue le premier niveau d’analyse. Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et les tentatives de perturbation des axes logistiques, le fait que les marchés de Bamako et d’autres centres urbains demeurent approvisionnés mérite d’être souligné. Les autorités affirment que le blocus imposé par le JNIM n’a pas significativement affecté l’acheminement des denrées stratégiques. Si cette affirmation se vérifie dans la durée, elle témoigne d’une résilience logistique appuyée par les Forces armées et les opérateurs économiques.
Cependant, l’évaluation de la disponibilité ne saurait se limiter aux grossistes. Les stocks dans les réseaux de distribution secondaires et dans les zones rurales, souvent plus vulnérables aux ruptures d’approvisionnement, ne sont pas intégrés dans les chiffres officiels. Or, c’est précisément dans ces zones périphériques que les tensions apparaissent en premier.
Accessibilité : le véritable test social
La seconde dimension (l’accessibilité) est plus complexe. Les autorités affirment que les prix pratiqués sont inférieurs aux plafonds fixés et même en deçà de ceux de l’année précédente. Si cette tendance se confirme sur l’ensemble du territoire, elle constituerait une performance notable dans un environnement régional marqué par l’inflation alimentaire.
Mais l’accessibilité ne dépend pas uniquement du prix affiché. Elle repose aussi sur le pouvoir d’achat réel des ménages. Or, le Mali traverse une période de contraction économique, marquée par la pression sécuritaire, la baisse de certains flux commerciaux et les incertitudes liées aux sanctions et aux reconfigurations régionales passées. Dans ce contexte, même des prix stabilisés peuvent rester difficiles à supporter pour les foyers à revenus fixes ou informels.
L’effort gouvernemental (facilités douanières, allègement de la TCI, suivi des circuits de distribution) contribue indéniablement à limiter la spéculation. Mais le contrôle des prix nécessite une surveillance continue, notamment dans les marchés de quartier où les marges peuvent varier sensiblement.
Une dimension politique claire
Au-delà de l’économie, cette séquence revêt une portée politique. À l’approche de deux périodes spirituelles majeures, la stabilité des marchés est un facteur clé de paix sociale. En période de jeûne, toute flambée des prix peut rapidement devenir un catalyseur de tensions.
La communication officielle insiste sur la résilience nationale face aux « attaques injustes et injustifiées ». Le message est clair : l’État tient, malgré les pressions sécuritaires et les tentatives de déstabilisation. La visite des magasins témoins n’est donc pas seulement une opération technique ; elle est aussi un acte de pédagogie politique, destiné à rassurer et à affirmer l’autorité publique.
Un élément notable réside dans la coopération entre l’État et les opérateurs économiques. Les importateurs, commerçants et transporteurs apparaissent comme des partenaires essentiels du dispositif. Cette synergie public-privé constitue l’un des piliers de la résilience économique actuelle.
La reconnaissance officielle de leur rôle traduit une compréhension réaliste : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas uniquement par des mesures administratives, elle repose sur une chaîne logistique fonctionnelle.
Au-delà des chiffres, la gestion de l’approvisionnement durant le Ramadan et le Carême représente un test politique. Dans un pays confronté à des défis sécuritaires et économiques multiples, garantir la disponibilité des denrées symbolise la continuité de l’État.
Si les stocks se maintiennent et si les prix restent effectivement maîtrisés, le gouvernement consolidera un capital de confiance. En revanche, toute rupture ou flambée des prix serait immédiatement perçue comme un dysfonctionnement.

Entre vigilance et responsabilité collective
Les indicateurs disponibles suggèrent que le pays aborde le Ramadan et le Carême dans des conditions plus stables que certains scénarios pessimistes ne l’annonçaient. Les stocks sont conséquents, les prix officiellement contenus, et la chaîne logistique semble opérationnelle. Mais la vigilance reste de mise. La sécurité des corridors, la fluidité des transports intérieurs et la lutte contre la spéculation détermineront la solidité de cette dynamique. L’État peut impulser, contrôler et réguler ; il ne peut réussir sans la discipline des commerçants, la responsabilité des transporteurs et la confiance des consommateurs.
En définitive, la question « disponibilité et accessibilité » appelle une réponse nuancée : la disponibilité paraît assurée à court terme ; l’accessibilité dépendra de la constance des contrôles et de la capacité des ménages à absorber les coûts résiduels. Dans le Mali d’aujourd’hui, maintenir l’équilibre des marchés pendant le Ramadan et le Carême n’est pas un simple enjeu économique : c’est un impératif social et un test de gouvernance.

PAR EL HADJ SAMBI TOURE

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