L’ONG Human Rights Watch, dans un communiqué publié ce mardi 10 mars, a affirmé qu’un groupe armé affilié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a exécuté sommairement dix chauffeurs routiers et deux apprentis adolescents, fin janvier 2026 dans la région de Kayes.
Selon l’ONG, les faits remontent au 29 janvier. Ce jour-là, des combattants du GSIM ont attaqué un convoi d’au moins quarante camions-citernes escorté par l’armée et se dirigeant vers la ville de Kayes.
Des témoins interrogés par Human Rights Watch indiquent que les assaillants ont ouvert le feu sur le convoi, provoquant une riposte des soldats qui l’escortaient. Au cours de l’attaque, au moins douze camions-citernes ont été incendiés. Plusieurs chauffeurs et leurs apprentis ont été capturés par les combattants du GSIM avant d’être exécutés, indique le communiqué de Human Rights Watch.
Les corps des victimes ont été retrouvés environ deux semaines plus tard au bord de la route, près du village d’Ambidédi. Selon les témoignages recueillis, les victimes avaient les yeux bandés, les mains attachées derrière le dos et la gorge tranchée.
« L’exécution sommaire de 12 chauffeurs de camions par le GSIM est le dernier exemple en date de la dépravation de ce groupe armé et de son mépris pour les principes juridiques de base », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Tous les groupes armés sont tenus de protéger les civils en vertu du droit international», a-t-il ajouté.
Entre le 30 janvier et le 28 février, Human Rights Watch indique avoir mené des entretiens à distance avec douze personnes, dont trois témoins directs de l’attaque, un proche d’une victime et plusieurs journalistes, responsables syndicaux et habitants de la zone.
L’organisation affirme également avoir géolocalisé une vidéo diffusée sur internet le jour de l’attaque montrant au moins onze camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud d’Ambidédi.
Selon les témoignages recueillis, les chauffeurs situés en tête du convoi auraient suivi les consignes des militaires leur demandant de ne pas s’arrêter malgré l’attaque. D’autres conducteurs, plus en arrière, auraient abandonné leurs camions et tenté de fuir ou de faire demi-tour. Plusieurs d’entre eux ont alors été capturés par les combattants du GSIM.
Un chauffeur routier de 45 ans cité par l’ONG affirme que les corps des victimes sont restés plusieurs jours au bord de la route. « Personne n’a osé les récupérer par crainte d’une autre attaque », a-t-il déclaré.
Deux jours plus tard, le 11 février, des soldats maliens ont finalement récupéré les dépouilles. Selon un témoin, les victimes, dont deux adolescents, avaient les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Les corps ont été enterrés le lendemain au cimetière de Kayes.
Human Rights Watch indique également que plusieurs chauffeurs demeurent portés disparus depuis l’attaque. D’après une liste transmise à l’organisation, six transporteurs manquent toujours à l’appel : deux Sénégalais âgés de 39 et 49 ans, deux Maliens de 46 et 52 ans, un Burkinabè de 35 ans et un Ivoirien de 47 ans.
Frustré par la situation, le 9 février, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (SYNACOR) a appelé à une grève nationale afin d’exiger la récupération des corps et leur restitution aux familles ou leur inhumation.
PAR SIKOU BAH