our avoir été spoliée de la présidence tournante de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui revenait au Burkina Faso, l’Alliance des États du Sahel (AES) monte les enchères géostratégiques. En annonçant suite à son retrait de la 2ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres que « toutes les options (étaient) désormais sur la table, y compris une sortie définitive de l’UEMOA », l’AES dénonce non seulement la violation des textes et la mainmise de l’impérialisme sur l’institution d’inspiration néocoloniale. Une crise ouverte au sein de l’espace sous-régional ? Faut-il s’inquiéter du putsch institutionnel contre le Burkina sur l’instigation de la Côte d’Ivoire qui pourrait ouvrir la porte à une potentielle désintégration historique de l’UEMOA, déjà fragilisée par des tensions politiques et une gestion inéquitable ?

Pour beaucoup d’observateurs, la menace va plus loin : face à cette impasse, l’AES pèserait sérieusement sur la création d’un système monétaire alternatif, rompant avec le franc CFA. Le projet en gestation viserait à établir une monnaie souveraine propre à l’AES, avec une politique monétaire indépendante, un contrôle total sur l’émission monétaire, et une architecture financière adaptée aux réalités du Sahel. Cette nouvelle monnaie, conçue pour renforcer la souveraineté économique, mettrait fin à la garantie de convertibilité du franc CFA assurée par le Trésor français.
Pour d’autres, l’on s’achemine vers la fin des haricots, car sans accord respectueux des règles et des droits des membres, l’UEMOA pourrait connaître sa plus grave crise, avec une possible désintégration et la naissance d’une nouvelle zone monétaire sahélienne.
Est-ce la raison pour laquelle le président de la Conférence des chefs d’Etat de l’Union, l’Ivoirien Alassane Dramane OUATTARA craindrait qu’un exécutif tenu par le Burkina Faso puisse compliquer la coordination ? Car si la confiance politique est rompue, cela crée le risque de provoquer le blocage des décisions ou la remise en question de certaines orientations. Or, chacun sait que l’AES prône une rupture géopolitique, y compris la souveraineté monétaire. Une présidence de l’UEMOA tenue par le Burkina Faso pourrait donner une tribune pour « semer » des idées de rupture, ce que d’autres membres veulent éviter, notamment la Côte d’Ivoire.
Les trois pays membres de la sainte et souveraine Alliance sont-ils pour autant prêts à claquer la porte de l’institution monétaire ? Il est raisonnable de penser qu’en l’état actuel des choses, ils pourraient suspendre leur participation ou geler certaines obligations. Mais partir, que nenni. En effet, la monnaie AES, c’est une idée séduisante, mais ce n’est pas pour demain, techniquement et économiquement. Alors s’agit-il de simples agitations diplomatiques ? Il se pourrait…
À travers cette tempête dans un verre, l’on a découvert comme un scoop que certains de nos pays, pour ne pas nommer ceux de l’AES, renouent avec une passion ardente pour le respect des textes, comme s’ils en avaient toujours été les gardiens fidèles.
Or, ce sont pourtant eux qui, sans sourciller, avaient piétiné leur Constitution en s’emparant du pouvoir, avaient ordonné des Chartes de transition par pure forme, violant la durée de la transition prescrite et principes fondamentaux inscrits… au nom de la « souveraineté retrouvée » qui ne garantit ni à manger ni la sûreté. Ils n’ont pas dribblé en gardant le ballon, ils ont réécrit les règles du jeu en plein match, fait disparaitre le ballon… comme la fumeuse démocratie dissoute avec les partis politiques.
Puis, comme dans un cauchemar, l’AES dénonce la pratique coutumière de violation systématique de règles par l’UEMOA. Dia, dia les violations de textes font très mal sous nos tropiques. On aurait pu en rire, si ce n’était pas si compliqué et si problématique. En effet, sans exagération aucune, on se rappelle le 9 janvier 2022 que c’était en violation de ses textes fondateurs qu’elle s’était associée à la CEDEAO pour sanctionner notre pays. C’était encore en violation de ses propres textes qu’elle s’était torchée avec la décision de sa propre cour de justice pour refuser la levée de ces sanctions iniques et inhumaines contre le Mali.
Toutefois, le double standard en matière de violation de texte ça ne marche pas que dans un seul sens et au détriment de la souveraine et sainte Alliance des États du Sahel (AES). Il leur sert aussi d’alibi pour renforcer les positions dans le rapport de force au sein des institutions internationales à décoloniser. Mais le leurre ne semble pas surprendre la vigilance du Vieux Niamakoudji qui a mis son véto à l’accession du Faso à la présidence du conseil des ministres de l’UEMOA. Et l’agitation diplomatique de nos représentants qui ont claqué la porte de la session ne parait pas émouvoir grand monde. Car contrairement à la CEDEAO, la souveraine AES n’est pas encore prête à partir de l’UEMOA, en d’autres termes à renoncer au franc colonial.
Leçon de l’histoire : Nemo auditur propriam turpitudinem allegans en français simple ‘‘nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude’’.

El Hadj Sambi Touré

 

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