Gagner le pari de l’assainissement de la ville de Bamako enveloppée dans des nuages de poussière et de déchets de toute sorte nécessite de véritables volontés politiques capables de régler les problèmes structurels (créer les infrastructures adéquates et mettre en place un système de financement pérenne de la propreté de Bamako) pour sortir des opérations de Com de coup de balai. Puisqu’elles n’ont jusque-là fait que déplacer le problème pour quelques instants. Donc les autorités compétentes sont appelées à changer de stratégie en réglant les problèmes structurels afin que Bamako retrouve son lustre d’antan.
Sous les projecteurs des médias, le ministre d’État chargé de la décentralisation, Abdoulaye MAÏGA, a lancé la croisade contre l’insalubrité à Bamako submergée par des tonnes d’ordures. L’objectif de cette opération lancée en décembre dernier est de redorer l’image d’antan de la capitale malienne : « Bamako la coquette ». Une ville qui tristement présentée depuis des années sous les clichés d’un bidon ville envahie par les déchets. Constat : les ordures bordent les rues principales et les artères sont couvertes de poussière. Un look déshonorant qui est loin de refléter l’image d’une capitale, vitrine d’une nation.
L’initiative du ministre d’État qui associe des collectivités risque de subir le même sort funeste des opérations précédentes sans une réelle volonté politique d’assainissement pour s’attaquer aux problèmes structurels. Il s’agit notamment de la construction des infrastructures adéquates, la mise en place d’un système de financement pérenne de l’assainissement. Et enfin, responsabiliser une seule structure pour mener le travail. En tout cas, vaincre l’insalubrité exige ces préalables.
En effet, selon les données de la voirie du District, Bamako produit plus de 3 000 tonnes de déchets par jour. Malheureusement, il n’y a aucun dépôt de transit digne de ce nom capable de les contenir. La ville ne compte plus qu’un seul dépôt de transit (Lafiabougou) après la fermeture de celui de Médina Coura par la population. Aussi, le seul dépôt de transit qui reste dans la ville est situé à la rive gauche de Bamako.
À côté de ces problèmes, il y a celui de la décharge finale anarchiquement créée et qui ne prend pas en compte les besoins de production de déchets de notre capitale. De toute la chaine de collecte des déchets jusqu’à la décharge finale, aucun maillon n’est à hauteur de souhait. Comment gagner l’assainissement alors qu’il n’y a pas des dépôts de transit et au moins une vraie décharge finale ?
Le financement pérenne de l’assainissement est l’autre défi majeur pour les autorités. L’absence de ce mécanisme a eu raison du contrat de la société Ozone Mali qui n’a pas pu atteindre ses objectifs à cause l’insolvabilité de l’État. À ce jour, le gouvernement doit 14 milliards de FCFA à cette société marocaine. Plus grave, de toute l’année 2022, l’État n’a versé un seul kopeck à la mairie dans le cadre de l’assainissement. Or, le défi de l’assainissement ne saurait être lié aux humeurs du pouvoir en place qui donne l’argent quand et comme il veut.
Notre pays doit innover en mettant en place un mécanisme de financement durable afin d’éviter toute rupture de prestation. À défaut de ces mesures, il est difficile d’espérer sur une réussite dans le domaine de l’assainissement de la ville de Bamako. Ainsi les opérations initiées s’apparenteraient au sysiphisme ou à un éternel recommencement. Chaque année, des opérations spéciales sont lancées dans lesquelles des millions sont injectés pour peu de résultats. Quel dommage !
PAR SIKOU BAH