Menée en mai 2025 auprès de près de 4 000 ménages déplacés à Ansongo, Bandiagara, Bla, Bourem, Djenné, Goundam, Macina, Niafunké et Ténenkou, l’enquête conjointe de la Direction Nationale du Développement Social (DNDS) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) révèle une précarité généralisée des personnes déplacées. Elles souffrent du manque d’engrais, d’aliments pour bétail, de soins de santé et d’une forte insécurité alimentaire. A cet effet, l’enquête recommande que certaines zones doivent être « priorisées pour les interventions humanitaires ».

La Direction nationale du Développement social (DNDS), en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a rendu public ce 12 août un rapport sur la situation socioéconomique des ménages déplacés internes de notre pays. L’enquête a été menée du 19 au 31 mai 2025 dans neuf cercles touchés par la crise et évalue des besoins urgents et persistants en matière de subsistance, d’accès aux services essentiels et de sécurité alimentaire.
Ce rapport sur les besoins socioéconomiques des ménages déplacés sera une base solide pour guider la recherche de solutions durables pour la réintégration des PDI et des retournés.
Cette étude a ciblé les ménages des personnes déplacées vivant dans les sites formels, informels et dans les familles ou communautés d’accueil.
L’enquête, qui a porté sur 3 996 ménages à Ansongo, Bandiagara, Bla, Bourem, Djenné, Goundam, Macina, Niafunké et Ténenkou, révèle que l’agriculture reste l’activité principale des déplacés, sauf à Bourem et Ténenkou. Elle se pratique surtout en saison hivernale, parfois complétée par du maraîchage.
Partout, les besoins en intrants sont criards.
« Les besoins en engrais et en semences sont les plus exprimés dans tous les cercles », souligne le rapport, pointant que cette demande reflète « l’importance de ces intrants pour la productivité agricole ».
Les ménages de Bourem (100 %), Bla (98 %), Djenné (79 %) et Bandiagara (62 %) expriment aussi un fort besoin en matériels de culture.
À côté, ils font également de l’élevage, activité vitale dans plusieurs cercles qui souffre d’un manque d’aliments pour bétail et de points d’eau aménagés.
À Bourem, 96 % des ménages éleveurs citent la nourriture animale comme besoin urgent, tandis qu’à Ansongo, ce chiffre atteint 99 %.
« Les besoins en aliment pour le bétail et en appui financier pour l’activité d’élevage sont prioritaires », indique l’étude.
En somme, dans tous les cercles, excepté Ansongo, la majorité des ménages affirmait exercer au moins une activité génératrice de revenus.
« La majorité des ménages du cercle d’Ansongo qui n’exerçaient pas d’activités dans leur localité de déplacement, vivait principalement des dons du gouvernement (63%) et de personnes de bonne volonté (25%) », précise le rapport.
Aussi, cette évaluation a permis de faire ressortir que la majorité des ménages dans tous les cercles évalués a affirmé l’inexistence d’AGR regroupant la communauté des déplacés et celle de la communauté hôte (56% Ansongo, 56% à Bandiagara, 58% à Bla, 56% à Bourem, 62% à Djenné, 82% à Goundam, 99% à Goundam, 61% Niafunké et 72% à Ténenkou).
Si la majorité des ménages se sentent en sécurité dans leur lieu d’accueil, l’accès aux services de base reste limité. Dans le cercle de Bourem, 77 % des ménages évoquent le manque de moyens financiers pour se soigner, 55 % la distance du centre de santé et 44 % le manque d’équipements.
À Bandiagara, le manque de moyens financiers est cité par 79 % des ménages, et le manque d’équipements dans les services de santé par 17 %.
L’accès à l’eau potable est très inégal : il concerne 94 % des ménages à Goundam mais seulement 34 % à Ansongo et Bandiagara. L’accès au marché, essentiel pour la vente et l’achat de produits, reste également limité dans plusieurs cercles.
Les données sur la consommation alimentaire sont particulièrement alarmantes dans les cercles de Bourem (82,6 % de ménages avec une consommation pauvre) et Ansongo (81,2 %), suivis par Ténenkou (69,1 %), Djenné (52,2 %) et Bandiagara (51,5 %).
« Ces zones devraient être priorisées pour les interventions humanitaires », recommande le rapport.
En revanche, poursuit le document, les cercles dans la région de Ségou, notamment Macina et Bla, présentent des résultats nettement meilleurs, avec une majorité des ménages ayant une consommation alimentaire acceptable (respectivement, 76% et 74%).
De même, ajoute le rapport, dans la région de Tombouctou, Niafunké (49,8%) et Goundam (51,6%) présentent également des niveaux de consommation alimentaire acceptables.
Face aux contraintes alimentaires ou financières, 75 % des ménages adoptent des stratégies d’adaptation, parfois au prix de leur avenir : recours à l’endettement, réduction des dépenses de santé, vente d’animaux reproducteurs ou retrait des enfants de l’école. Dans certains cas, les mesures sont radicales :
« Les stratégies d’urgence, indicateurs critiques d’effondrement des moyens d’existence, concernent 18 % des ménages », note l’étude, citant la migration forcée, la vente totale du cheptel ou la cession de la maison.
« Le retrait d’enfants de l’école, qui atteint jusqu’à 34% à Niafunké, constitue un indicateur de stress social majeur entraînant des répercussions à long terme sur le capital humain », affirme le rapport.
De manière générale, 18% des ménages déplacés ont totalement migré, tandis que 17% ont vendu l’ensemble de leur cheptel et 12% ont vendu leur maison. Au niveau cercle, les cas les plus alarmants sont recensés à Goundam (46% de ménages ayant migré, 44% ayant vendu leur logement ou terrain) et à Niafounké (41% ayant liquidé leur cheptel).

PAR SIKOU BAH

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