Des centaines de magasins, boutiques et kiosques du marché de Médine ont pris feu dans la nuit du 15 au 16, réduisant en cendres des marchandises dont les valeurs sont estimées à des centaines de millions de francs CFA. À ce stade, aucune raison officielle n’est avancée.
«Tout serait parti d’un court-circuit dans un magasin à 23 heures. Ensuite, la flamme s’est propagée dans d’autres boutiques sur plusieurs mètres », a témoigné un riverain du marché arrêté sur des décombres des magasins calcinés par le feu. Sur l’espace, outre les produits alimentaires, il y avait des boutiques de vente d’habits, de parures pour les femmes, etc.
La scène de désolation
La grande majorité des boutiques a tout perdu, à l’image de M. COULIBALY qui venait de s’approvisionner en hijab en prélude au mois de ramadan.
“J’ai acheté des habits à hauteur de 6 millions de FCFA. Ce sont des hijabs. Ils sont très sollicités par les femmes pendant le ramadan. Tout est parti en fumée. Il ne reste plus rien dans la boutique, affirme le jeune commerçant, la gorge nouée. Il redoute un nouveau départ dans un contexte de crise financière. Mais en croyant, il dit espérer.
“Nous traversons tous à partir de maintenant un moment très difficile. Nous demandons aux autorités de nous aider. Sans cela, la situation serait catastrophique”, sollicite M. COULIBALY. Lui qui a acheté une partie de ses marchandises avec un emprunt.
A côté, une dame assise par terre, le visage pensif, peine à contenir ses larmes. Sous le choc, elle laisse sa fille d’une trentaine d’années témoigner.
“Ma mère vend des friperies depuis très longtemps sur cette place. Très tard dans la nuit de ce lundi, elle a été informée de l’incendie au marché qui a touché sa boutique. Je suis au regret de dire : il n’y a rien à récupérer”, raconte la jeune fille.
Selon elle, les bénéfices de ce commerce représentent un appui substantiel pour la famille. ‘’Ce n’est pas seulement une boutique et les marchandises qui ont pris feu, mais c’est en partie le quotidien d’une famille qui pourrait être bouleversé”, affirme-t-elle, ajoutant ‘’cette boutique est le résultat des années de sacrifice de notre maman.”
À notre passage, les ruines et les cendres décrivent l’ampleur de l’incendie qui n’a pas pu être maîtrisé à temps par la protection civile dépêchée sur le lieu. “Toute la nuit, les agents de la protection civile étaient mobilisés. Jusqu’à ce matin, il y avait de petites poches de feu. Ils étaient ralentis à cause de l’inaccessibilité des véhicules d’eau au foyer d’incendie’’, indiquent plusieurs personnes venues en renfort et au secours des victimes qui se débattaient pour sauver ce qui peut l’être.
Pour elles, les dégâts seraient limités, si l’accès aux boutiques et étals était facile. Comme d’habitude, cette situation rend compliquées les opérations de secours et d’extinction de l’incendie.
Outre les dégâts matériels très considérables, il n’y a aucune perte en vie humaine.
La compassion de l’Etat
Ce lundi 16 février 2026, le ministre du commerce et de l’Industrie, Moussa Alassane DIALLO, accompagné de celui de la Sécurité intérieure et de la protection civile, s’est rendu sur le site pour exprimer la solidarité du gouvernement aux victimes de l’incendie.
Le ministre Moussa Alassane DIALLO a déploré que cet incendie arrive à la veille du mois de ramadan qui démarre très bien tôt dans notre pays. Donc, selon lui, c’est un évènement qui aura un impact sur la morale des acteurs du marché.
« Un marché brûlé, c’est la disparition des produits de nécessité. Parce que le marché de Médine Coura est connu pour sa capacité à assurer l’approvisionnement correct de Bamako en produits. C’est aussi de la perte de chiffre d’affaires. Cela est extrêmement important pour les autorités. Parce que le marché crée la valeur et de la richesse. Le marché est un centre économique et financier. Aussi, un marché qui prend feu, c’est aussi une perte d’emploi », a déclaré le ministre Moussa Alassane DIALLO.
Loin des cadres d’échanges conviviaux, pour cette visite, le ministre reconnaît être en face des opérateurs économiques désemparés ayant « perdu la totalité de leurs chiffres d’affaires, mais aussi de leurs fonds de commerce. »
La scène attriste, selon le ministre Moussa Alassane DIALLO, qui présenté à l’ensemble des acteurs du marché de Médine, les compassions du gouvernement avant de les assurer de l’accompagnement et du soutien du gouvernement pour la gestion de cette épreuve douloureuse.
Plusieurs fois, ce marché enregistre des cas d’incendie. Le caractère cyclique prouve que c’est un problème structurel, pour le ministre du Commerce. Cette situation appelle une véritable réflexion sur la question.
Proposant des mesures idoines pour éviter le drame, le ministre Moussa Alassane DIALLO a parlé d’abord d’un changement de comportement. Car, selon lui, un marché, ça se gère avec des aspects de sécurité, d’organisation, de management et avec une responsabilité.
« Il faudrait tirer toutes les leçons de ces incendies répétitifs de nos différents marchés pour qu’ensemble, nous puissions mettre en place des dispositifs pour assurer l’intégrité et la sécurité des marchés afin d’éviter des drames et des sinistres de cette nature », a exhorté le ministre du Commerce.
80% du marché sont partis en fumée
Quant au président du Collectif national des acteurs des marchés du Mali (CNAM-Mali) Abdoulaye CISSE non moins membre du Conseil national de Transition (CNT), il a affirmé que des centaines de kiosques et de magasins de tous leurs contenus sont partis en fumée.
À ce stade, il serait très difficile d’annoncer le nombre exact des victimes du drame. Ce qui est sûr et certain, a affirmé le président du CNAM-Mali, les 80% du marché sont partis en fumée, avant de signaler que les acteurs du marché de Médine sont estimés à plus de 20 000 personnes.
Le président Abdoulaye CISSE a cité les parties du marché qui ont été touchées par le feu. Il s’agit entre autres : la place des tailleurs, Sikasso- Place, des prêts-à-porter, les friperies, la place des vendeurs de légumes, des bouchers, etc.
Il a promis qu’une commission sera mise en place pour identifier les victimes tout en évaluant les valeurs des marchandises calcinées.
Le président du CNAM-Mali a fait savoir qu’un recensement sera fait pour identifier toutes les victimes de cet incendie. Par ailleurs, il a vraiment félicité les éléments de la protection civile pour leur engagement et détermination à éteindre le feu.
Cependant, le président CISSE a rappelé que le 27 juillet 2021, un document a été élaboré par le CNAM-Mali et signé par onze ministres pour que tous les marchés du Mali soient érigés en titre foncier. Il a également souligné l’aménagement et la sécurisation des marchés du Mali en cas de ce genre de drame.
Selon lui, le CNAM-Mali n’est pas impliqué dans la gestion ainsi que l’aménagement des marchés. Le président du CNAM-Mali a déploré que ses doléances ne soient pas prises en compte, jusqu’à preuve du contraire par les autorités compétentes.
PAR SABA BALLO ET SIKOU BAH