L’appel lancé par l’Union des routiers du Sénégal à suspendre les trajets routiers entre Dakar et Bamako fait planer une lourde menace sur l’économie malienne. Dans un contexte sécuritaire déjà extrêmement tendu, cette décision pourrait avoir des conséquences majeures sur l’approvisionnement de notre pays, particulièrement à l’approche de la Tabaski.

Le Mali, pays enclavé sans accès à la mer, dépend fortement des corridors routiers et des ports de la sous-région, notamment celui de Dakar, pour l’importation de produits de première nécessité. Toute perturbation durable du trafic entre le Sénégal et le Mali risque ainsi d’aggraver une situation déjà marquée par les pénuries, la hausse des prix et les difficultés logistiques.
En effet, face à la multiplication des attaques armées visant les convois commerciaux, les transporteurs sénégalais tirent la sonnette d’alarme. Gora Khouma, secrétaire général de l’Union des routiers du Sénégal, a appelé les chauffeurs à ne plus emprunter les axes reliant Dakar à Bamako.
Selon lui, plusieurs camions sénégalais ont été incendiés ces dernières semaines lors d’attaques attribuées au JNIM. A en croire les transporteurs sénégalais, depuis l’attaque de Kati le 25 avril dernier, au moins onze camions sénégalais auraient été détruits.
C’est pourquoi le responsable syndical recommande aux chauffeurs déjà engagés sur les corridors maliens de rebrousser chemin lorsqu’ils le peuvent ou, à défaut, d’immobiliser leurs véhicules dans des zones jugées plus sûres.
Les transporteurs affirment ne pas vouloir se mêler des questions politiques, mais considèrent que les risques sécuritaires sont devenus trop importants pour poursuivre normalement les rotations commerciales vers notre pays.
L’axe Dakar-Bamako constitue l’un des principaux couloirs d’approvisionnement du Mali. Des milliers de tonnes de marchandises transitent chaque semaine par le port de Dakar avant d’être acheminées par route vers les villes maliennes. Selon plusieurs rapports, Dakar est le 2ᵉ client de notre pays, après la Côte d’Ivoire.
Cette liaison est stratégique pour un pays comme le nôtre qui ne dispose d’aucun débouché maritime. Une grande partie de nos importations, notamment le riz, le sucre, l’huile, la farine ou encore certains produits manufacturés, dépend directement de ce corridor régional.
Une interruption prolongée du trafic pourrait donc provoquer une raréfaction des denrées alimentaires ; une hausse brutale des prix sur les marchés ; des tensions sur les stocks ; des difficultés d’approvisionnement des commerces et industries ; une aggravation de l’inflation déjà ressentie par les ménages maliens.
La situation inquiète particulièrement à l’approche de la Tabaski, période durant laquelle la demande en produits alimentaires augmente fortement. Les commerçants redoutent des retards importants dans l’acheminement des marchandises transitant habituellement par le Sénégal. Le sucre, la farine, l’huile et le riz pourraient devenir plus rares sur les marchés bamakois dans les prochaines semaines si les convois restent bloqués.
Dans plusieurs quartiers de Bamako, les consommateurs commencent déjà à constater une hausse des prix de certains produits de première nécessité. Des inquiétudes grandissent également autour de la disponibilité du carburant et du gaz domestique.
Cette crise intervient alors que les groupes armés intensifient leurs actions contre les axes routiers maliens depuis la fin avril. Les djihadistes du JNIM ont décidé d’imposer un véritable blocus autour de Bamako. Depuis les attaques coordonnées des 25 et 26 avril contre des positions stratégiques des Forces armées maliennes, la circulation sur plusieurs corridors demeure fortement perturbée.
Une dizaine de compagnies de transport avaient suspendu leurs liaisons vers Bamako afin de limiter les pertes humaines et matérielles. Certaines entreprises disent avoir perdu plusieurs bus et camions dans les attaques menées sur les routes du centre, notamment dans la région de Ségou.
Parallèlement, les perturbations du réseau électrique se multiplient. Selon certaines sources, des actes de sabotage auraient affecté des installations énergétiques. Les coupures d’électricité entraînent également des difficultés d’accès à l’eau potable dans plusieurs communes de la capitale.
Dans les marchés, plusieurs denrées essentielles deviennent progressivement rares tandis que les prix poursuivent leur hausse, accentuant les difficultés des ménages déjà fragilisés par la conjoncture économique.
En attendant, les autorités compétentes sont à pied d’œuvre pour trouver des solutions afin de minimiser les effets de ces blocus djihadistes sur les populations.

PAR MODIBO KONÉ

 

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