Âgé de 70 ans, Tiébilé Dramé était une figure emblématique de la politique dans notre pays. Il était souvent qualifié de « combattant de la démocratie » et de « Gardien du Mouvement démocratique » pour son engagement indéfectible en faveur des libertés et des droits humains. Né le 9 juin 1955 à Nioro-du-Sahel, il était marié à Kadiatou Konaré (fille de l’ancien président Alpha Oumar Konaré) et père de neuf enfants. Sa disparition a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias, avec des hommages pour son rôle dans la première transition démocratique du Mali et ses combats pour une Afrique libre et démocratique.

Parcours politique
Tiébilé Dramé a commencé son engagement politique dès ses années estudiantines à l’École normale supérieure de Bamako, où il a été entre 1977 et 1980 secrétaire général de l’Association des Élèves et Étudiants de l’École Normale Supérieure (ADEENSUP) et de l’Union nationale des Élèves et Étudiants du Mali (UNEEM). Il s’est opposé farouchement au régime dictatorial du général Moussa Traoré, organisant grèves et manifestations, ce qui lui a valu plusieurs emprisonnements dans des camps comme Bougheïssa, Ménaka et Talataye. Exilé en France et en Angleterre de 1981 à 1991, il a milité au sein de la diaspora malienne, où il figure parmi les fondateurs des associations comme le Comité de défense des libertés démocratiques au Mali (CDLDM) et où il a soutenu les luttes contre l’apartheid et pour les droits des migrants.

De retour au Mali après le coup d’État de 1991 contre GMT, il a été nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de transition (1991-1992), sous le Lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré. Membre fondateur du Congrès national d’initiative démocratique (CNID), qu’il a quitté en 1995 pour fonder le Parti pour la renaissance nationale (PARENA), Tiébilé est élu député à l’Assemblée nationale en 1997. Là, il a présidé le Comité interparlementaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de 2001 à 2002.

Candidat à l’élection présidentielle en 2002 (où il occupa la 4e place) et 2007 (3e place), avec le slogan « Un autre Mali est possible », Tiébilé a défendu des priorités comme l’éducation, la sécurité alimentaire, la santé et les droits des Maliens de l’extérieur. A la présidentielle de 2013, il s’est retiré de la course estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour des élections justes et crédibles, particulièrement dans le Nord du Mali.
En 1996, il a été ministre des Zones arides et semi-arides sous Ibrahim Boubacar Keïta. Plus récemment, il a réoccupé à nouveau le poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de mai 2019 à août 2020, sous le gouvernement de Boubou Cissé. Il a également joué un rôle de médiateur dans la crise malgache et a été consultant pour l’ONU. Tout au long de sa carrière, il a été un artisan du dialogue et de la paix, dénonçant les violences et les politiques hasardeuses.

Parcours professionnel
Historien de formation, Tiébilé Dramé a obtenu un DEA en histoire de l’Afrique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne après ses études à l’École normale supérieure de Bamako. Pendant son exil, il a travaillé au Secrétariat international d’Amnesty International à Londres, enquêtant sur les violations des droits humains en Afrique de l’Ouest francophone (Bénin, Guinée-Conakry, Mauritanie, Niger, Sénégal). Il a été adopté comme « prisonnier d’opinion » par Amnesty. Il a dirigé l’Association pour la promotion des cultures minoritaires en France (Promoculture) et la radio Diaspora 2000 (Tropic FM), tout en soutenant les travailleurs migrants. Il a également été impliqué dans des organisations clandestines comme l’Union de lutte Tiémoko Garan Kouyaté (ULTGK). Plus tard, il a organisé le sommet Afrique-France à Bamako en 2003 et a servi comme consultant pour les Nations unies.

Sa vie a été marquée par un engagement constant pour la démocratie, les droits humains et le développement du Mali, comme l’ont souligné de nombreux hommages aujourd’hui. En effet, si le Mouvement démocratique avait une force spéciale qui veille sur elle, Tibilé Dramé en était le commandant. Mais chaque chose a une fin, sauf le règne de l’Intemporel, Allah soubahana wat’Allah. L’éternel combattant de la démocratie s’en est allé laissant orphelin le Mouvement démocratique du Mali.
Le Groupe de presse Info-Matin/Ikafm présente ses condoléances les plus attristées à la famille notamment à sa veuve, à ses enfants et à ses compagnons de lutte politique et prie pour que son âme repose en paix.

LA RÉDACTION

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *