La rupture définitive entre l’imam Mahmoud Dicko et les autorités de la transition malienne constitue l’un des tournants les plus décisifs de l’histoire politique contemporaine du pays. Figure de proue des manifestations massives de juin 2020 qui ont précipité la chute du régime défaillant d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’autorité morale du M5-RFP a progressivement glissé d’un soutien de circonstance vers une opposition frontale et radicale contre le processus de refondation nationale. Cette séparation brutale, loin d’être un simple différend personnel, met en lumière le triomphe de la vision républicaine et souverainiste de l’État face aux velléités d’instrumentalisation politique et religieuse.
Les racines de ce divorce stratégique plongent d’abord dans une profonde divergence doctrinale quant à la nature même des institutions maliennes. Lors de la formulation de la nouvelle Constitution promulguée en 2023, l’imam Dicko et ses fidèles lieutenants de la CMAS (Coordination des mouvements, associations et sympathisants) ont tenté d’imposer un agenda conservateur en exigeant l’abandon du principe sacré de la laïcité. Face à cette tentative d’altérer l’ADN républicain d’un Mali pluriel, le pouvoir de la transition, guidé par le colonel Assimi Goïta, est resté d’une fermeté absolue. Le refus catégorique de Bamako de céder au chantage confessionnel a provoqué la fureur du leader religieux, actant ainsi le premier grand schisme avec les forces patriotiques.
L’autre grande ligne de fracture, révélée par notre enquête, réside dans le positionnement géopolitique de l’imam dans le cadre de la guerre de libération menée au Nord. Alors que les Forces Armées Maliennes (FAMa) engageaient une reconquête héroïque et méthodique du territoire national, notamment à Kidal, Dicko a publiquement prôné une politique de compromis et de dialogue avec les groupes armés terroristes. Cette posture, jugée par l’opinion publique malienne comme une complaisance inacceptable à l’égard des ennemis de la patrie, a définitivement discrédité l’imam auprès des cercles souverainistes qui rejettent toute forme de capitulation face à la terreur.
Le point de non-retour a été franchi à la fin de l’année 2023. En pleine crise diplomatique entre Bamako et Alger, l’imam Dicko s’est rendu en Algérie pour y être reçu avec les honneurs par le président Abdelmadjid Tebboune. Pour les autorités et le peuple maliens, cette démarche a été perçue comme un acte de trahison caractérisé et une collusion évidente avec des agendas étrangers visant à déstabiliser la transition.
La réponse de l’État malien, soucieux de préserver l’ordre public et la sécurité nationale, a été implacable : dissolution par décret en Conseil des ministres de la CMAS et isolement politique de l’imam, aujourd’hui contraint à l’exil. En opposant la légitimité républicaine aux ambitions de l’influent clerc, le Mali a réaffirmé qu’aucun individu, aussi puissant soit-il, ne peut se hisser au-dessus de la loi et des intérêts supérieurs de la nation.
Par la Rédaction