Une proposition de Donald Trump à l’Alliance des États du Sahel (AES) secoue la scène diplomatique africaine : un soutien militaire contre accès aux minerais stratégiques. Entre promesse de sécurité et enjeux de souveraineté, ce que l’on présente comme un “deal pragmatique” recèle de risques géopolitiques, moraux et économiques majeurs.

Selon plusieurs grandes agences d’informations (AFP, Arab News, Majalla), l’administration Trump aurait offert aux États membres de l’AES un appui militaire direct pour lutter contre les groupes jihadistes, en échange d’un accès privilégié à leurs ressources minières : lithium, or, uranium. La proposition quoiqu’indécente, résume la doctrine américaine en matière de diplomatie : « Trade, not aid », comme le résume Troy Fitrell, responsable américain aux affaires africaines, soulignant que la nouvelle approche privilégie l’échange économique plutôt que l’assistance traditionnelle.
Si cette offre prospère contre tout bon sens et toute morale, elle marquera une rupture radicale avec les logiques classiques d’aide au Sahel. Grâce à Dieu, et au patriotisme du Trio à la tête de l’AES, aucune chance qu’elle passe.
Portée diplomatique : un nouvel axe américano-sahélien
Washington tente d’afficher un retour au Sahel après le retrait français et le désengagement partiel de la CEDEAO. La logique est transactionnelle : les États-Unis échangent sécurité contre accès aux ressources stratégiques (lithium, or, uranium). Si l’AES accepte, cela crée un nouvel axe américano-sahélien, distinct de la CEDEAO et des initiatives françaises, renforçant l’autonomie politique perçue, mais en pratique dépendant de Washington.
Dans cette hypothèse presqu’impensable, la proposition pourrait redessiner les alliances régionales : la France et la CEDEAO risquent d’être marginalisées dans les décisions sécuritaires du Sahel, fragilisant les équilibres régionaux. Comme s’il y avait fondamentalement une différence entre les USA et la France. La Russie, déjà présente via Africa Corps et ses relais, pourrait renforcer son implantation si elle se sent concurrencée. Les États voisins pourraient voir dans ce deal une menace pour leur souveraineté ou pour l’équilibre régional, en particulier si l’accès aux minerais devient un enjeu stratégique transfrontalier.
Dans le narratif de Binadjan, l’AES pourrait voir dans ce partenariat un moyen de redéfinir ses alliances stratégiques. Washington sécuriserait un accès stratégique à des ressources critiques, en concurrence directe avec la Russie et la Chine. Opinant au nom de l’AES, il pense que c’est un levier pour renforcer les capacités militaires, en particulier les forces locales et les unités anti-terroristes.
Mais, la vérité est que, la portée diplomatique de l’offre américaine est double : elle renforce la dépendance des États sahéliens à une puissance extérieure et risque d’alimenter la concurrence avec Moscou.
Portée morale : souveraineté et éthique en jeu
La proposition met en tension le principe de souveraineté : échanger des ressources nationales contre une assistance militaire pourrait être perçu comme une “cession partielle de souveraineté”. Échanger des ressources nationales contre une assistance militaire pose plusieurs questions éthiques :
1. Souveraineté : le troc “sécurité contre minerais” pourrait être perçu comme une cession partielle de souveraineté, fragilisant le discours panafricaniste de l’AES au moment où les gouvernements de l’Alliance sont vent-debout pour défendre les panafricanistes ostracisés par l’Union européenne.
2. Perception sahélienne : la population de l’AES, avec le sang chaud sahélien, pourrait très vite considérer ce deal condescendant des USA comme un nouveau néocolonialisme, surtout si les bénéfices économiques restent concentrés entre les mains de quelques élites. Le risque moral inclut la légitimation de violences ou d’opérations militaires locales dirigées par des forces étrangères, avec des impacts civils possibles.
3. Responsabilité humanitaire : l’appui militaire américain pourrait inclure des frappes ou des opérations conjointes, avec un impact potentiel sur les civils, comme le cas de Bounti. Ce serait chasser des troupes étrangères pour déballer un tapis rouge pour d’autres forces étrangères. Ce qui est une inconséquence stratégique sans compter les conséquences d’un lâchage en plein vol des Russes. D’où un dilemme moral : un accord transactionnel peut sécuriser des zones, mais il transforme les ressources nationales en monnaie d’échange, exposant les États à des critiques internes et internationales.
Il s’agit d’un commerce de sécurité contre ressources stratégiques. Même si légal au niveau international, il pose des questions éthiques : un État peut-il “vendre” ses minerais pour financer sa sécurité ? Les critiques pourraient parler d’une instrumentalisation des crises humanitaires et sécuritaires pour des gains économiques étrangers.
Atouts et angles morts
La proposition du troc sécurité contre minerais de Donald Trump, dépouillée de toute portée morale, renforce l’arsenal AES contre le terrorisme ; crée des revenus miniers pour financer des infrastructures et services publics ; offre un levier diplomatique face à la France et à la CEDEAO. Mais ses risques majeurs pourraient être : la dépendance stratégique à Washington ; l’opacité dans l’exploitation minière et corruption ; les réactions négatives de la communauté internationale, des acteurs régionaux et des populations sahéliennes ; et le risque de polarisation interne et de contestation populaire.
La proposition Trump, si elle se concrétisait, pourrait être une épée à double tranchant. En effet, si elle peut stabiliser certaines zones du Sahel et fournir des ressources pour le développement, elle risque également de remplacer une dépendance coloniale par une dépendance stratégique, tout en posant de sérieux défis moraux et diplomatiques. La question centrale reste : l’AES peut-elle tirer profit de ce deal sans perdre son âme, pardon son autonomie et sa souveraineté, ni compromettre sa légitimité morale et politique ?

EL HADJ SAMBI TOURÉ

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